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Courage ! Violette tournait et retournait ce mot dans sa tête, sans parvenir à s’en débarrasser, comme une hostie sèche qui reste attachée au palais quoiqu’on fasse pour déglutir.
Afficher en entierL’extase, la volupté, la pâmoison, le sourire certes, mais… la peur aussi peut être saisie par un portraitiste suffisamment aux aguets pour capter cet instant de panique où toute l’âme humaine passe, fugitive, dans un regard…
Afficher en entierJe veux voir la peur bleuir votre visage, le sang refluer dans vos veines, vos cheveux se dresser sur votre tête comme cela a dû être le cas quand ma mère a grillé dans sa maison fermée à double tour que vos soldats ont incendiée, quand elle a senti la morsure de la flamme sur sa peau, quand elle a dû s’arque-bouter pour essayer d’échapper aux tisons qui tombaient du plafond embrasé… Je veux que vous ayez peur…
Afficher en entierIl régnait un climat de fin de partie, comme si l’on allait passer à un nouveau chapitre. Cela se voyait dans les regards, se sentait dans les intonations de voix : la promenade était finie. Le peuple espagnol allait sortir les griffes. Partout où ils passaient, le tocsin faisait entendre son tintement lugubre. Chaque paysan qu’ils allaient croiser pouvait sortir une navaja des plis de son manteau et la planter dans le dos du plus proche. Chaque cri rauque des charrettes espagnoles aux roues pleines pourrait couvrir les cris de douleur d’un soldat agressé… Ils ne seraient plus jamais tranquilles.
Afficher en entierViolette avait besoin d’aimer. Si elle avait cherché la compagnie des hommes à certains moments de sa vie, ce n’était pas tant pour le plaisir charnel que pour son besoin de dévouement. Elle aimait voir son compagnon heureux. : lui permettre de se lécher les babines avec quelque bon plat de son invention, le voir glousser de plaisir quand elle lui tricotait un chandail. Violette avait besoin d’aimer : son fils, son chat — du temps qu’elle en avait un, autrefois — les soldats quand ils s’agglutinaient autour de la charrette en réclamant la gnôle, Pierre, Sébastien — Dieu que c’était loin — et cette petite Adèle maintenant.(…) — Donner du bonheur, voilà pourquoi je suis venue sur terre, songea Violette.
Afficher en entierLes soldats livrés à leurs pires instincts pillaient, après avoir égorgé les habitants et avant de livrer aux flammes les habitations. Des cris, des hurlements, des vociférations, des appels au secours, des jurons se mêlaient aux crépitements, au bruit sourd d’une poutre s’écroulant dévorée par le feu, aux claquements secs des balles qui fauchaient les condamnés, au piaffement des chevaux, au beuglement des ordres lancés par les officiers, dépassés par la folie meurtrière de leurs hommes.
Afficher en entierElle s’empressa d’ouvrir le gilet de l’officier qui était devenu écarlate. Le torse montrait une plaie béante où bouillonnait le sang. Sans plus réfléchir, elle se saisit du premier chiffon qui lui tomba sous la main et l’appliqua sur le buste pour essayer de contenir l’hémorragie. Violette était désemparée devant ce corps sanguinolent, le capitaine Dubois la suppliant à plusieurs reprises d’abréger ses souffrances. Elle paniquait, nullement préparée à un tel évènement… Le sang continuait de couler malgré l’emplâtre improvisé. La cantinière tournait la tête, cherchant à éviter le regard de l’homme blessé.
Afficher en entierLa guerre, la séparation puis le deuil avaient tout brisé. Ensuite — dépit, cafard — elle avait aligné les amours de passage, et les avait mal gérés, mal vécus, parce qu’à l’instar d’une majorité de femmes elle traînait à cette époque dans un baluchon, calé sur son épaule, son besoin de tendresse et son envie de stabilité affective et qu’elle était prête à les déposer aux pieds de celui qui arriverait à lui faire croire qu’il était le « bon ».
Afficher en entier« la guerre déchire le vernis de la civilisation et rend à l’homme sa vraie nature, bestiale, cruelle et sans pitié ».
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