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Extrait ajouté par anonyme 2017-07-10T23:02:00+02:00

«... Laure lève ses yeux et contemple le ruban bleu de l'horizon. Sur le parapet rugueux et froid qui enserre le rocher elle pose ses mains fragiles, ses mains dont la peau si fine laisse transparaître les veines parcourant son corps comme le Rhône parcourt la Provence. Son foulard de cheveux longs bouclés et noirs comme l'ébène flotte au vent et son regard qui fixe l'horizon se perd au loin dans des pensées encore plus lointaines quand, de façon soudaine et étrange, le mistral s'arrête soudainement de souffler, laissant place à un silence des plus profonds. Seul le craquètement des cigales ose percer ce silence. Laure adore le chant des cigales. Elle ferme les yeux et se laisse bercer par cette énième symphonie, manifeste du beau temps et de la chaleur, oeuvre magistrale de la dénommée « Provence » qui sait donner du baume au coeur comme personne.

— Il est beau n'est-ce pas ?

Laure sursaute. Qui a donc osé l'extirper de ce concerto estival ? Elle ouvre les yeux et se tourne d'un quart de tour vers sa droite. Apparaît alors devant ses grands yeux noirs en amande, sorti d'on ne sait où, un vieillard légèrement plus petit qu'elle, tenant dans sa main droite un gros bâton de bois biscornu avec lequel il prend appui sur le sol terreux. Laure ne saurait dire quel âge a le vieil homme. Les rides profondes de son visage, rappelant à Laure les sillons des vignobles de Châteauneuf-du-Pape, contrastent avec la douceur angélique qui émerge de sa voix et de son regard. Laure est intriguée par la tenue atypique du vieil homme qui porte une chemise blanche en tissu léger aux manches retroussées jusqu'aux coudes, un pantalon en velours marron, un chapeau en feutre noir à larges bords, ainsi que des sabots en bois. Il est enveloppé dans une grande cape noire qui le protège de la tête aux pieds et porte une gourde suspendue à son épaule droite ; un santon de Provence grandeur nature. Laure ne peut s'empêcher de le dévisager, oubliant ainsi ses bonnes manières. C'est plus fort qu'elle, ce vieillard est si insolite ! ...»

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Extrait ajouté par anonyme 2017-07-10T23:00:55+02:00

«... En apercevant mon bel inconnu, un frisson parcourut ma colonne vertébrale. Mon coeur se mit à pulser dans mon corps fluet. Ma gorge se serra. Mes yeux diamant noir pétillaient de joie comme les bulles de champagne qui se trouvaient dans ces cartons. Grâce à sa présence, ma journée venait de se parer de très belles couleurs dont le rouge, couleur de l'amour et de la passion, était la couleur dominante. Je n'arrivais pas à m'expliquer comment, moi qui jusqu'à l'autre soir n'avait jamais été attirée par quiconque, je vivais à présent un tel tumulte de mes sens et de mes émotions. Ça m'était tombé dessus sans crier gare. Serait-ce cela que l'on appelle « coup de foudre » ? Sans doute ... comment comprendre l'amour ? Comment expliquer l'inexplicable ? L'amour, cette émotion si intense qui envahit tout notre être à la vue ou à la pensée de quelqu'un en particulier, est et restera un mystère. Un mystère pour ceux qui le vivent et pour ceux qui le regardent. Comme disait Oscar Wilde : « Le mystère de l'amour est plus grand que celui de la mort ».Voilà ce que je voyais quand je regardais mon bel inconnu : un être mystérieux qui avait su révélé en moi une part d'inconnu. Je le trouvais encore plus attirant que l'autre soir. Mon regard extatique se noyait dans ses yeux émeraude qui avaient le pouvoir de m'ensorceler. Les cheveux blonds chatoyant de mon apollon qui faisaient écho à la couleur des tournesols, du mimosa, des ocres du Colorado provençal de Rustrel, du sable fin des plages et des rayons du soleil qui réchauffent les corps et les coeurs, rendaient hommage malgré lui à la Provence ...»

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Extrait ajouté par anonyme 2017-07-10T22:58:13+02:00

«... Là, à l'ombre des ruines, nous nous assîmes. Le ciel bleu était parsemé de quelques nuages cotonneux. Je m'amusais à les analyser, les accoutrant de silhouettes d'animaux bizarres ou de visages aux contours écorchés. Enlacés amoureusement, nous contemplions la vallée du Rhône, le Luberon et Avignon avec son Palais des Papes qui se découpait en toile de fond. Sous les flammes du soleil d'été, le Rhône se paraît de sa plus belle robe bleue aux reflets scintillants. Samuel était subjugué par la beauté à couper le souffle de ce paysage tandis que moi j'étais subjugué par la beauté de Samuel. Je le dévorais des yeux. Mon regard insistant frôlait l'indécence. J'en étais consciente et cela m'inondait d'une grande gêne, mais la vérité c'était que je ne contrôlais plus rien. Mon attirance et mes sentiments pour lui prenaient le dessus. Il n'y avait plus rien de raisonné ni de raisonnable dans mon attitude ...»

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Extrait ajouté par anonyme 2017-07-10T22:57:05+02:00

«... J'écartais avec délicatesse le rideau d'un bleu aussi azuré que le ciel de Provence. De là où je me trouvais, je pouvais apercevoir les coupeurs et les porteurs qui foulaient du pied notre mer de galets blonds hors du temps. Pris d'assaut par les sécateurs, les grains de raisin désertaient peu à peu le vignoble et les vendanges, cette période cruciale qui marque l'aboutissement de toute une année de soins attentifs prodigués à la vigne, d'efforts et d'espoirs avec pour horizon le fruit précieux, allaient bientôt se terminer. La vie allait poursuivre son cours tandis que la mienne était en suspens ...»

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Extrait ajouté par anonyme 2017-07-10T22:56:17+02:00

«...Mon fils était ma plus grande fierté, l'oeuvre d'art de toute ma vie, et je pensais que le papier bulle dans lequel je l'avais enveloppé pouvait le protéger de tous les chocs. Je n'avais pas pris conscience de la fragilité de cette oeuvre d'art qui s'était détériorée au fil du temps à cause d'un manque de lumière sur l'histoire de sa création, de l'humidité de ses larmes déversées en secret, et de la pollution de ses idées noires sur l'histoire précédant sa naissance. N'ayant pas pris conscience de sa détérioration en temps voulu, une restauration de cette oeuvre d'art s'annonçait à présent difficile. Je n'avais pas pris conscience que mon fils vivait une situation tumultueuse maman solo-enfant bobo / papa absent-enfant tourment. Je n'ai malheureusement compris tout ceci qu'après avoir fini de lire son carnet des confidences.

Un long silence s'est installé sur le rocher. Même les cigales ont cessé de chanter ; comme si elles aussi avaient écouté le récit de Laure et qu'à présent elles étaient émues. Après quelques minutes interminables, Laure se hasarde à demander au vieil homme : ...»

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