Ajouter un extrait
Liste des extraits
La porte de la chambre s’ouvre et un homme en sort. Je veux crier « Michel ! », mais je n’ai pas de voix. Aucun son ne sort de ma bouche. Je veux me lever, mes jambes aux genoux bien serrés ne bougent pas. L’homme, qui n’est pas Michel, s’approche :
« Voulez-vous le voir ? Rester quelques moments auprès de lui ? »
Comme un automate, je le suis. Il y a bien un lit dans cette chambre d’hôpital et un écran noir, et un homme allongé, avec sur le visage un masque mortuaire, le nez pincé, les pommettes tirées. Je pense à Dürer, à un dessin de Dürer.
Je fais « Non » de la tête, tourne les talons et retourne m’asseoir dans le couloir. L’homme me suit. Il a des yeux doux et tristes. Il me dit :
« Voulez-vous qu’on le rhabille ? »
Je remue à nouveau la tête pour dire « non ». Habiller qui ? Pas cet homme mort au masque de Dürer.
Recroquevillée sur la chaise blanche métallique, je continue à attendre Michel.
Devant moi, autour de moi, il y a ce couloir bleu qui s’étire à l’infini, tandis que la lumière me vrille les tempes. Je ne pleure pas. Je ne parle pas. J’attends Michel.
Afficher en entierNouvel extrait
C'était il y a bien longtemps. Quand le temps existait et qu'il ne comptait pas. Ettel Hannah, dans un récit poignant et intimiste, relate la mort de son mari, une nuit de juin, à l'hôpital : "Ce ne peut être la réalité, et Michel ne peut pas être mort. On ne meurt pas comme ça. Il faut des discours, des derniers mots, des cris, des larmes. Il n'y a là que le silence, ma tête dans un étau, mon estomac retourné".
Après le "temps arrêté", puis le "temps suspendu", après la catharsis régératrice, vient "le temps qui reste", car la vie est une sève qui vous porte, et il faut bien continuer à vivre puisque "la roue des saisons se poursuit".
Extrait du dos de couverture du livre.
Afficher en entier
