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Extrait ajouté par feedesneige 2016-04-10T17:48:14+02:00

CHAPITRE PREMIER

Quand nous arrivons au troisième étage, le sergent Polnik souffle comme un phoque. Il s’arrête un moment pour se reposer et reprendre haleine et me regarde d’un air grincheux.

— Lieutenant, grommelle-t-il, c’est un quartier tranquille par ici, non ?

— Ça a l’air.

— Et cet immeuble est bien tranquille aussi, hein ?

— Rien ne vous échappe, sergent, dis-je d’un ton admiratif. Un cri de souris là-dedans résonnerait comme le rugissement d’un lion en rut.

— Alors, c’est un cinglé qui nous a appelés pour signaler un meurtre, grogne Polnik. Les gens ne pourraient pas appeler les pompiers de temps en temps et laisser un peu roupiller ces braves flics ?

— Maintenant qu’on est là, autant aller voir. On ne sait jamais. Peut-être même qu’on aura droit à un verre de limonade-maison.

Au dernier étage, il n’y a que deux appartements qu’un type débordant d’imagination a baptisés 4 A et 4 B. Je vais au 4 B et j’appuie sur la sonnette. Polnik s’est traîné à côté de moi. Il suit son idée :

— Un cinglé ! râle-t-il en s’épongeant. Une petite vieille avec une araignée au plafond : l’araignée l’a chatouillée, alors tout de suite…

Il s’arrête net, la mâchoire pendante, tandis qu’une expression d’extase tout à fait profane envahit lentement son visage simiesque.

— Vingt dieux !

Je suis le regard de ses yeux vitreux : la porte de l’appartement s’est ouverte et la locataire nous observe sans passion. C’est une brune aux yeux bleu-noir ; elle a l’air d’une fée des eaux. La brise marine a négligemment ébouriffé ses cheveux qui encadrent l’ovale parfait de son visage et cascadent sur ses épaules avec une assurance désinvolte.

Un négligé de soie blanche lui arrive à mi-cuisse, moulant avec une précision minutieuse ses seins provocants, et ses hanches rebondies. Le devant du négligé est généreusement éclaboussé de peinture et le nez retroussé de la fille s’orne d’une belle tâche verte.

D’une voix chancelante, je demande :

— Miss Bertrand ?

— Bella Bertrand, répond-elle.

Sa voix a la séduisante douceur du jusant qui vient caresser les sables dorés d’une île tropicale de rêve.

— Lieutenant Wheeler, du Bureau du shérif. Et voici le sergent Polnik.

— Comment allez-vous ? (Elle balance un sourire éclatant à Polnik dont la pomme d’Adam monte et descend comme un ascenseur en folie.) Vous venez pour l’assassinat, je suppose ?

— J’avoue que c’est une façon moche de gagner son bœuf, mais il faut bien que quelqu’un s’occupe des cadavres, non ?

— Voulez-vous entrer ?

Elle fait demi-tour et part devant nous. Son négligé fendu sur les côtés découvre un instant un morceau de cuisse bronzée. Si cette personne est cinglée, elle est tout à fait mon type de cinglée.

Son appartement consiste en un immense atelier aux trois quarts plafonné par le ciel nocturne et où donnent deux portes ; la cuisine et la salle de bains probablement. Accrochées aux murs, posées contre les murs ou couchées par terre, il y a une trentaine de toiles qui représentent toutes une orchidée et, à première vue, la même orchidée. Sur un chevalet planté au milieu de la pièce il y a une toile presque achevée : encore cette foutue orchidée !

— Ah ! dit Polnik en adressant à la fille un regard d’appréciation bovine. Comme ça, vous êtes peintre ?

— J’espère le devenir un jour, répond-elle avec sérieux. Mais c’est long.

— Miss Bertrand, dis-je poliment, je ne vois pas de cadavre. Je ne voudrais pas vous déranger, mais vous avez téléphoné au bureau du shérif pour signaler un meurtre.

Elle écarquille un peu les yeux.

— Naturellement que j’ai téléphoné. Mais le cadavre n’est pas ici. C’est la porte à côté. Vous ne pensiez tout de même pas que j’allais rester plantée devant un cadavre et laisser sécher ma toile ?

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-07T14:10:56+02:00

e ne le connaissais pas du tout, répond-il vivement. Il y a longtemps que je songeais vaguement à faire faire le portrait de Janine par un bon peintre mais je ne m’en étais jamais occupé sérieusement. Et puis, il y a quatre ou cinq mois, j’en ai parlé à mon associé, Hal Dekker, et il m’a dit qu’il avait l’homme qu’il me fallait. C’était Gilbert Hardacre, qui venait d’arriver de Los Angeles. Hal m’a dit que c’était un très bon peintre et pas trop cher. Alors j’ai pris contact avec Hardacre et nous avons fait affaire. Je ne l’ai vu que deux fois en tout et pour tout

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-07T14:10:48+02:00

La crise de Mme Mayer me suffit pour aujourd’hui. Je passe donc la porte que la fille m’a indiquée, me retrouve dans un corridor et pousse la deuxième porte à gauche où s’étale en grandes lettres d’or, le nom de Mayer. Ce doit donc bien être M. Mayer qui se lève derrière un énorme bureau avec une expression à croire que tous les puits de pétrole du monde se sont asséchés dans la nuit. — Alors c’est vous le petit salopard qui a terrorisé ma femme ? gronde-t-il dès qu’il m’aperçoit. Je devrais vous faire avaler vos dents à coups de pieds dans la gueule, et je vais peut-être le faire

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-07T14:10:40+02:00

Avant de rentrer en ville je m’arrête pour manger un sandwich au rosbif et il est deux heures un peu passées quand j’arrive dans les bureaux de Dekker et Mayer, conseillers en affaires pétrolières. La salle d’attente ultramoderne est bien briquée et engageante. La réceptionniste aussi, à croire qu’on l’a choisie parce qu’elle va bien avec le décor. — Vous avez rendez-vous, lieutenant ? me de-mande-t-elle d’un ton de regret quand j’ai fini ma petite histoire. M. Mayer est terriblement occupé en ce moment. Vous devriez peut-être revenir un matin

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-07T14:10:32+02:00

Je reste un instant immobile pour étouffer la tentation de l’assommer en passant près de lui, puis je passe dans le vestibule. Hilda m’attend à l’autre bout, ruisselante d’efficacité et de rien d’autre. Elle m’ouvre la porte toute grande. — Bonjour, lieutenant, dit-elle de la voix la plus cassante que j’aie jamais entendue. — Avant de partir, dis-je de mon ton le plus officiel, je voudrais préciser quelques petits points avec vous

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-07T14:10:24+02:00

Je me retourne vers la porte qui vient de s’ouvrir et je vois entrer un grand type brun, d’une élégance raffinée. Il est parfaitement à sa place dans ce décor luxueux. Sa figure mince est volontaire, ses yeux noirs sont vigilants, sa bouche énergique. Evidemment, c’est le mari de Janine Mayer : l’homme qu’il faut au moment où il ne faut pas. — Excuse-moi, Janine, dit-il aimablement. Je ne savais pas que tu avais une visite

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-07T14:10:17+02:00

 Je ne veux plus jamais voir ce tableau, dit-elle faiblement. — Vous pensez que c’était votre portrait qui était posé sur le chevalet ? — Autant que je sache, il ne travaillait à rien d’autre. (Elle rouvre les yeux.) Ça ne sautait pas aux yeux que c’était mon portrait ? Non, dis-je, ce qui était non seulement la vérité mais de la politesse. Madame Mayer, quel genre de rapports aviez-vous avec Gilbert Hardacre ? — Quel genre de rapports ? (Elle scrute mon visage d’un air inquisiteur.) Je ne comprends pas ce que vous voulez dire, lieutenant

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-07T14:10:03+02:00

Mon Austin-Healey s’engage respectueusement dans une large allée, trottine le long des pelouses immaculées, plantées, çà et là, d’ormes japonais et ornées de plates-bandes fleuries tirées au cordeau, puis elle s’arrête devant l’entrée principale. En m’approchant de la porte je me sens quasiment écrasé par l’immense façade de briques. Une femme de chambre vient m’ouvrir et son regard demande clairement pourquoi je n’ai pas sonné à la porte de service. Elle est résolument blonde, elle a un peu plus de vingt ans et elle serait jolie si elle n’avait pas l’air si efficace

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-07T14:09:53+02:00

 Ce que j’admire le plus en vous, Wheeler, gronde-t-il, c’est votre conscience professionnelle. En temps normal, vous ne daignez pas vous montrer au bureau avant onze heures, mais quand vous êtes sur une enquête, vous vous amenez à dix heures et demie : c’est un bel effort. — J’ai terminé hier à quatre heures du matin, dis-je froidement. Et ce n’est pas parce que je suis votre assistant personnel que cela vous autorise à être déplaisant. Un sourire mauvais fend sa bouche qui appartenait autrefois à un chérubin mais qui est aujourd’hui en permanence celle d’un satyre. — Moi, j’ai été déplaisant ? (Il pouffe d’un rire gras.) Vous avez l’épiderme bien sensible, tout d’un coup

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Extrait ajouté par wizbiz06 2012-05-07T14:09:45+02:00

 Je n’ai jamais posé pour Gil, dit-elle vivement. C’était un peintre strictement commercial et les gens qui posaient pour lui payaient pour avoir leur portrait – ou plutôt pour avoir une version idéalisée et charmeuse de la triste vérité. C’était tout à fait inhabituel qu’il fasse un nu. J’ai été très étonnée en le voyant

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