Ajouter un extrait
Liste des extraits
** Extrait offert par Abby Green **
1.
Six jours plus tard
— Mais, Rob, je peux travailler ! Je ne pars que demain. Et Dublin n’est pas vraiment à l’autre bout du monde.
Cara eut le plus grand mal à empêcher sa voix de trembler et à ne pas vaciller sur ses jambes.
Son ami leva un sourcil sardonique.
— Bien sûr, ironisa-t-il. Assieds-toi, avant de tomber. Il est hors de question que tu travailles ici ce soir.
Elle allait riposter mais se ravisa en voyant son expression décidée et le regarda lui verser un verre de cognac.
— Bois ça, lui ordonna-t-il. Tu en as bien besoin. J’ai cru que tu allais t’évanouir, hier, durant les obsèques.
Renonçant à lutter, Cara s’assit et jeta un regard autour d’elle. L’endroit était chaleureux et familier. Elle s’était sentie chez elle ici ces dernières années, et à cette pensée une bouffée d’émotion la submergea.
— Merci, Rob. Et encore merci de m’avoir accompagnée hier. Je n’aurais pas pu y aller seule. Et la présence de Barney et de Simon m’a beaucoup touchée.
Rob se pencha vers elle et enveloppa sa main de la sienne.
— Il n’était pas question qu’on te laisse y aller seule, ma chérie. Et l’accident n’était pas ta faute. Je ne veux plus en entendre parler.
Elle sourit tristement. Les propos de Rob étaient censés l’apaiser, mais ils ne firent que raviver sa terrible culpabilité. Pourquoi n’avait-elle pas été capable d’empêcher Cormac de conduire, ce soir-là ? Mais Rob n’avait pas à le savoir, aussi se força-t-elle à sourire à nouveau dans l’espoir de lui faire croire qu’elle allait bien.
— Je sais.
— Tu vois ? Allez, finis ton verre et tu te sentiras mieux.
Cara obéit, fronçant le nez quand le liquide corsé lui brûla la gorge. Aussitôt après, elle ressentit une douce chaleur dans tout son corps, et son estomac se calma peu à peu. Mue par une impulsion, elle se pencha en avant et serra Rob dans ses bras. Il représentait tant pour elle ! Il prenait soin d’elle depuis si longtemps qu’elle ne pouvait imaginer à quel point sa vie aurait été rude et solitaire sans lui comme ami.
Rob déposa un baiser sur son front.
— On dirait que les premiers clients arrivent.
Cara se retourna et aperçut une silhouette à travers les épais rideaux entrouverts qui séparaient le bar VIP du reste du night-club. Étrangement, un frisson courut le long de sa nuque, mais elle l’ignora et reporta son attention sur Rob. Jusqu’à présent, la soirée avait été calme, et elle envisageait de partir bientôt. Elle n’avait pas grand-chose à préparer pour son retour à Dublin et serait prête lorsque le notaire viendrait chercher les clés de l’appartement. Soudain, la perspective de retourner dans cet immense logement vide lui noua le ventre, et elle se remémora avec horreur la visite qu’elle avait reçue la veille après les funérailles. Elle refoula aussitôt ses pensées, refusant de s’appesantir sur le sujet.
Cormac, son frère, l’avait laissée sans le sou. Au décès de leurs parents, il s’était retrouvé responsable de sa jeune sœur de seize ans et ne s’était pas gêné pour lui faire comprendre qu’elle était un fardeau pour lui. Cependant, il avait très vite tourné la situation à son avantage et traité sa sœur comme une domestique. Elle ne s’était pas attendue à autre chose de sa part, mais avait tout de même été choquée d’apprendre qu’il ne lui laissait que des dettes et, l’instant d’après, que celles-ci avaient toutes été payées…
— Ne te retourne pas, ma chérie, mais la silhouette sombre qui regardait à l’instant dans notre direction est un homme extrêmement séduisant, murmura Rob.
Pour une raison étrange, Cara ressentit une nouvelle fois cet étrange frisson. Mal à l’aise dans sa robe moulante – tenue qu’elle avait choisie car elle pensait travailler ce soir – elle tira dessus pour couvrir ses cuisses.
— Allons donc, tu dis ça de tous les hommes !
Rob secoua la tête, une expression rêveuse sur le visage.
— Oh non ! Celui-ci est… unique. Et malheureusement, mon intuition me souffle qu’il est hétéro… Attention, il vient par ici. Ce doit être quelqu’un d’important. Tiens-toi droite et souris, Cara chérie. Crois-moi, une aventure d’un soir avec un homme comme lui te ferait le plus grand bien après la semaine que tu viens de passer.
Sans transition, Rob reporta son attention sur l’étranger dont Cara sentait la présence à côté d’elle.
— Bonsoir, que puis-je vous servir ?
Cara fit de son mieux pour ignorer la présence de l’homme à côté d’elle, mettant sa réaction sur le compte de la saisissante description de Rob. Elle écarta aussi le conseil bienveillant de son ami. Elle n’avait aucune intention de s’offrir une nuit de passion avec quiconque – et encore moins avec un inconnu. Surtout le lendemain de l’enterrement de son frère, et d’autant plus qu’elle n’avait encore jamais vécu de passion torride de toute sa vie. Malgré son intuition légendaire, Rob croyait à tort qu’elle était une femme expérimentée, comme elle aimait à le laisser entendre pour se protéger des remarques insidieuses de son frère et éviter d’attirer l’attention.
Désireuse de s’en aller, elle fit pivoter son siège et se retrouva aussitôt face à l’inconnu qui s’était approché silencieusement du bar. Dans le silence gêné qui s’ensuivit, elle leva les yeux et croisa le regard d’un ange déchu dont les yeux, surmontés de longs cils noirs, brillaient d’un éclat mordoré. Elle détailla les sourcils noirs, les hautes pommettes, et son regard s’attarda sur les courbes sensuelles d’une bouche aux lignes fermes. Aussitôt, elle ressentit le désir urgent de presser les lèvres contre cette bouche, de sentir et de goûter sa texture – chose qu’elle n’avait jamais eu envie de faire auparavant.
L’inconnu portait un lourd manteau, mais dessous sa chemise ouverte au col laissait entrevoir une peau bistrée et une toison sombre.
Une voix lui parvint de très loin.
— Monsieur ?
Quand l’homme tourna enfin la tête vers Rob, Cara eut l’impression de retomber brutalement sur terre. C’était une sensation très étrange. Sa voix sourde et profonde était teintée d’un léger accent. L’instant d’après, Rob poussait vers elle un second verre de cognac en désignant l’inconnu.
— De la part de monsieur, dit-il avec un sourire espiègle, avant de s’éloigner en sifflotant.
Le maudissant en silence, Cara protesta.
— Merci, mais… j’allais partir, en fait…
— Je vous en prie. Ne partez pas à cause de moi.
Sa voix lui fit l’effet d’une étincelle. Levant les yeux à contrecœur, Cara affronta de nouveau son regard. Cette fois, la réaction s’étendit à tout son corps, allumant un brasier au plus profond d’elle-même. Et lorsqu’il sourit, la pièce sembla basculer.
— Je…
Il retira son manteau et sa veste, révélant sa chemise en soie et son corps d’athlète. Son torse bien découplé n’était qu’à un souffle d’elle, et elle distinguait sa peau sombre à travers le fin tissu. Il s’assit près d’elle, rendant toute fuite difficile. La bataille était perdue d’avance, et elle le savait. En seulement quelques secondes, ce parfait étranger avait réussi à faire sortir son corps de ses vingt-deux années de léthargie, et elle ne se sentait pas plus capable de se lever que d’aligner trois mots.
Afficher en entier** Extrait offert par Abby Green **
Prologue
Elle n’avait que vingt-quatre ans. Et toute la vie devant elle.
Vicenzo Valentini fixa longuement les traits figés de la jeune femme morte allongée sur la table, devant lui. Sa petite sœur qui venait de perdre la vie dans un terrible accident de voiture. Il était arrivé trop tard pour la protéger. À cette pensée, il serra les poings, submergé de douleur.
Il avait été délibérément tenu à l’écart, une ruse grossière pour l’empêcher de venir vérifier que sa sœur allait bien. Il était si furieux, se sentait si inutile qu’il avait envie de hurler, mais il se retint. Il devait ramener sa sœur à la maison où son père et lui pourraient la pleurer. Pas question de la laisser dans ce pays froid et lugubre où elle avait été séduite et conduite sur un chemin obscur, avant sa fin tragique. Il tendit une main tremblante et passa un doigt sur la joue glaciale de sa sœur. Ce simple geste le bouleversa. L’accident n’avait pas abîmé son visage, ce qui rendait sa mort encore plus difficile à supporter. Prenant sur lui, il se pencha pour déposer un baiser sur son front, puis se redressa brusquement et confirma d’une voix nouée par l’émotion :
— Oui. Il s’agit bien de ma sœur, Allegra Valentini.
Il s’écarta pour laisser le préposé fermer le sac mortuaire, avant de quitter la morgue et de traverser l’hôpital d’un pas rapide, tant il avait hâte de sortir et de respirer l’air frais. Même si cette idée était risible. En effet, l’hôpital se trouvait en plein centre de Londres et de son brouillard de pollution.
Une fois dehors, il prit une profonde inspiration, inconscient des regards admiratifs que suscitait son corps élancé et svelte, son teint et son visage séduisant.
Deux personnes étaient décédées dans ce terrible accident, songea-t-il : sa sœur – la belle et impétueuse Allegra – et son amant, Cormac Brosnan, le fourbe qui l’avait sciemment séduite pour s’approprier sa fortune, tout en empêchant Vicenzo d’intervenir. De nouveau, il sentit la rage le submerger. Il avait bien fini par soupçonner la duplicité de Brosnan mais hélas ! il était trop tard. Et puis, à quoi cela servait-il de ressasser tout cela ? Allegra ne reviendrait plus.
Cependant, une personne avait survécu à l’accident. Une personne était sortie de cet hôpital à peine une heure après y avoir été admise. Il se souvint des propos du médecin.
« Aussi incroyable que cela puisse paraître, elle n’a pas eu une égratignure. C’était la seule à avoir mis sa ceinture de sécurité, et celle-ci lui a indéniablement sauvé la vie. C’est une sacrée chanceuse », avait-il conclu.
Une sacrée chanceuse… Cara Brosnan. La sœur de Cormac. Certes, les rapports indiquaient que c’est ce dernier qui conduisait, mais Cara n’en était pas moins responsable. Vincenzo serra les poings. Si seulement il était arrivé plus tôt, il se serait fait un devoir de la prendre à part et de lui faire comprendre qu’elle ne s’en tirerait pas comme ça.
Son chauffeur, l’ayant sans doute aperçu sur les marches de l’hôpital, arrêta la voiture devant lui, et laissa ronronner le puissant moteur. S’obligeant à bouger, Vicenzo s’installa à l’arrière du véhicule mais, au moment où la voiture démarrait, il faillit demander à son chauffeur de s’arrêter afin de retourner voir Allegra une dernière fois, comme pour s’assurer qu’elle était vraiment morte et partie pour de bon.
Mais il se contint. Oui, elle était bel et bien partie. Seul son corps était encore présent à l’hôpital. C’était la première fois depuis des années qu’un événement arrivait à percer son armure et à toucher son cœur, réalisa-t-il soudain. Cela faisait longtemps qu’il était devenu indifférent à tout et à tous, et c’était le moment de tirer parti de cette force. Surtout pour son père. En effet, à l’annonce de la mort de sa fille bien aimée, celui-ci avait été victime d’un léger accident vasculaire et se trouvait encore à l’hôpital – quoique suffisamment stable pour qu’on ait permis à Vicenzo de faire le voyage.
Comme la voiture s’engouffrait dans le chaos de l’heure de pointe, ses pensées se tournèrent une fois de plus vers la femme qui avait également joué un rôle dans les événements de cette tragique journée. Son frère était mort, mais elle n’était pas moins responsable de la situation. Ils avaient travaillé en équipe. Elle s’en était peut-être sortie pour le moment sans la moindre égratignure, mais Vicenzo ne pourrait avoir la paix tant qu’il ne lui aurait pas fait ressentir ne serait-ce qu’une once de la douleur qui le tenaillait maintenant. Mais pour l’heure, il devait s’occuper du rapatriement de sa sœur. Elle serait enterrée avec ses ancêtres, bien trop tôt…
Les lèvres pincées, Vicenzo observa par la vitre de la voiture les gens insouciants marcher dans la rue passante. Cara Brosnan était l’une de ces personnes. En cet instant, Vicenzo sut qu’il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour la retrouver et l’obliger à faire face aux conséquences de ses actes.
Afficher en entierElle se redressa et jeta un regard autour d’elle. Enzo était assis sur une chaise et l’observait. Mal à l’aise, elle lui sourit timidement.
— Bonjour…
Enzo ne dit rien, se contentant de la regarder. Cara fronça les sourcils, prise d’un lourd pressentiment. L’atmosphère dans la pièce était soudain devenue glaciale. Pourquoi ? Son sourire s’effaça.
— Enzo ?
Avec une grâce féline, il se leva et se dirigea vers la fenêtre où il se tint un bon moment, lui tournant le dos. Il était en costume cravate, remarqua Cara en remontant le drap sur sa poitrine, soudain gênée.
Quand il se tourna vers elle, elle se sentit aussitôt transpercée par son regard. Toute trace de tendresse et de passion avait disparu. Son expression était dure et glaciale, comme si elle l’avait insulté.
— En réalité, je ne m’appelle pas Enzo, même si ma famille et mes amis utilisent ce diminutif. Je m’appelle Vicenzo. Vicenzo Valentini.
Afficher en entierEnzo sortit de la voiture et lui tendit la main. Elle la regarda longuement, avant de prendre une grande inspiration, le cœur battant à se rompre. Puis, fermant les yeux dans un ridicule élan de superstition, elle tendit le bras et sa main fut instantanément enveloppée par celle d’Enzo.
Ils franchirent la porte d’entrée de l’hôtel sous le regard attentif du concierge qui salua Enzo avec respect. Puis, ils s’engouffrèrent dans l’ascenseur, toujours sans avoir prononcé un mot et après à peine un regard échangé. Un feu intense se propageait dans tout le corps de Cara, et elle sentait la pointe de ses seins se dresser sous le tissu de sa robe. Les portes de la cabine s’ouvrirent sur un couloir cossu. Quand Enzo poussa la porte de sa luxueuse suite, Cara écarquilla les yeux devant la splendeur quelque peu décadente de la décoration. La pièce était conçue comme une bibliothèque victorienne.
Enzo se dirigea vers un bar en lui jetant un regard par-dessus son épaule.
— Voulez-vous boire un verre ? Carra secoua la tête et regarda Enzo se verser un verre d’un liquide sombre et doré.
Comme ses yeux. Il le but d’un trait, puis le posa sur le comptoir d’un geste brusque.
Lorsqu’il pivota pour lui faire face, l’énergie dans son corps la fit frissonner. Malgré son inexpérience, elle savait au plus profond d’elle-même que sa place était ici ce soir.
— Viens…, lui intima-t-il, passant soudain au tutoiement.
Cara s’avança et s’arrêta à quelques pas de lui. En deux enjambées, il réduisait l’écart qui les séparait et fit glisser d’une main le manteau de ses épaules. Ce qu’elle lut à cet instant dans son regard la fit fondre.
— Enzo, je…
— Chut !
Afficher en entier
