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Quand le désastre a frappé Fukushima Daiichi, les responsables de l'énergie nucléaire et les médias ont aussitôt parlé de "catastrophe naturelle". Nous autres scientifiques, ai-je écrit dans un texte de colère froide, devrions rappeler à tout le monde que les "catastrophes naturelles" n'existent pas. Un tsunami ne réfléchit pas; les catastrophes sont affaire humaine. Les désastres se produisent parce que nous construisons une ville ou une centrale nucléaire sur une faille sismique, parce que nous brûlons du charbon et détruisons les forêts vierges qui absorbent le dioxyde de carbone et couvrons de ciment les meilleures terres cultivables... Pour affronter le problème de la radioactivité, il ne suffit pas de compter sur les phénomènes naturels, il faut aussi compter avec eux. Ce qu'il faut apprendre à contrôler, c'est moins la nature que notre capacité à prévoir et à assumer les conséquences de nos choix. Fukushima et le changement climatique soulèvent les mêmes questions.
Afficher en entierJ'essaye de raconter simultanément deux, voire trois, histoires : l'enchaînement des faits qui a mené à Fukushima; le chemin incertain des scientifiques vers un présent et une science lestés par la bombe; et, herbes folles dans les fissures de cette histoire, des bribes de ma propre vie. Les deux premières vont entrer en collision, simplement parce-qu'elles sont nées de la guerre froide. Si la physique nucléaire rend tout cela visible, c'est qu'elle est une science éminemment politique.
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