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Toute prise de parole qui pense savoir mieux que d’autres ce qu’un animal pense, ressent, désire, espère ou craint, se montre abusive et fallacieuse. On pourrait qualifier cette aspiration de “paternalisme animalier”, puisqu’elle somme de bien vouloir croire que les aptitudes des animaux sont proches de celles des humains, alors que de toute évidence, ce n’est pas le cas.
Afficher en entierQui pourrait en effet démontrer qu’un taureau de corrida ne préfère pas être traité avec les honneurs pendant plusieurs années dans un magnifique pré ombragé, quitte à souffrir vingt minutes dans une arène, plutôt que de s’ennuyer toute sa vie dans un pâturage sans charme et sans compagnie, avant d’agoniser d’un cancer de son troisième estomac ? Personne ne peut le savoir - et évidemment, pas même le taureau.
Afficher en entierLoin d’être le “nouvel humanisme” annoncé ici ou là, l’antispécisme apparaît davantage comme un antihumanisme, ou un zoocentrisme poussé à un tel degré que notre humanité même pourrait bien un jour se dissoudre dans la grande chaîne indifférenciée des “animaux non humains”.
Afficher en entierL’antispécisme est-il un élargissement de la sphère de la compassion humaine ou, au contraire, le symptôme d’une haine indicible du genre humain, déguisée en amour des animaux ?
Afficher en entierPour les antispécistes, il n’est plus question de s’intéresser à l’animalité des humains, mais plutôt à l’humanité des animaux.
Afficher en entierEn refusant de placer l’humain au centre de son système de valeurs, l’antispécisme constitue un défi inédit pour la philosophie, qui explique en partie la virulence des débats à son égard. Car il ne s’agit pas d’une philosophie gentiment hétérodoxe. L’antispécisme repense tout du sol au plafond, il transgresse les définitions associées couramment à notre façon de penser (sur la conscience, la raison, le langage, la volonté, etc.) et balaie d’un revers de main deux mille cinq cents ans de maïeutique et de méditations en tous genres. Aristote, Descartes, Rousseau, Kant, Arendt… Aucun de ces auteurs classiques ne trouve grâce à ses yeux.
Afficher en entierPlutôt que de dénoncer les moyens avec lesquels les humains traitent parfois les animaux – qu’ils soient domestiques, liminaires1 ou sauvages –, les antispécistes contestent le fait même qu’il existe des liens entre eux et nous. Ces liens jugés illégitimes sont multiples : ils concernent la consommation de viande, de poisson, d’œufs et de tous les laitages, mais aussi la chasse, le port du cuir et de la fourrure, la corrida, les expérimentations animales, les cirques, les zoos, et même les animaux de compagnie. Les bêtes, considérées comme des êtres capables de souffrir et doués de subjectivité, ne devraient être manipulées d’aucune façon, ni tuées, ni commercialisées, ni domestiquées. Les antispécistes ne sont donc pas seulement végétariens. Ils sont véganes, c’est-à-dire qu’ils refusent toute « exploitation » animale, même non létale, comme la récolte du miel et des œufs ou la traite laitière.
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