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Les Apaches pouvaient vous tenir ce genre de conversation pendant des heures d'affilée. Contrairement à l'idée répandue, ils étaient très bavards. Le problème, c'est qu'ils ne disaient jamais les choses clairement ; mais ils parlaient en rond, de manière allusive, jusqu'à ce que la tête vous tourne. Geronimo avait été un orateur de génie. Durant les pourparlers, il ennuyait et irritait les officiers de la cavalerie américaine à un point tel qu'ils lui accordaient souvent ce qu'il réclamait, uniquement pour qu'il se taise.
Afficher en entierNatty Bugworth, avec sa barbe brune et sa veste en daim dont les longues franges voletaient derrière lui, fit irruption dans la cour comme un taureau en furie et dispersa les chèvres, les poulets et les métis sur son passage. “Où il est ? beugla-t-il. Le Soldat... Où ce qu’il est ?”
C’était le soir. Un ciel bleu profond, voilé de brume, étendait sa voûte sur la grosse bourgade d’Agua Prieta, en plein désert ;
et chez Salzedo, la fumée des feux allumés pour le dîner s’éle- vait par les trois cheminées légendaires, les hommes chantaient, debout au bar, les lampes brûlaient dans les maisons basses en adobe rassemblées ici au petit bonheur et formant un ensemble hétéroclite, à la fois hôtel, salle de bal, saloon et Dieu sait quoi encore. Ah, chez Salzedo ! L’oasis, le paradis pour les éclaireurs de l’armée en permission, les éleveurs et les fonctionnaires de l’administration, les prospecteurs enrichis, et même la poignée de touristes intrépides qui arrivaient par le train et la diligence depuis la grande ville de San Gorgonio, au nord, destination prisée des vacanciers.
Braillant toujours, Natty attrapa un jeune métis et le secoua sans ménagement. “Occupe-toi de mon cheval et de mes mulets, p’tit gars. Je les ai laissés à l’entrée. Il paraît qu’on peut trouver le Soldat ici... Où ce qu’il est ?”
Le jeune métis ne comprenait pas l’anglais, sauf celui qu’on parlait mal et en articulant très lentement.
source : Actes Sud
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