Vous utilisez un bloqueur de publicité

Cher Lecteur,

Nous avons détecté que vous utilisez un bloqueur de publicités (AdBlock) pendant votre navigation sur notre site. Bien que nous comprenions les raisons qui peuvent vous pousser à utiliser ces outils, nous tenons à préciser que notre plateforme se finance principalement grâce à des publicités.

Ces publicités, soigneusement sélectionnées, sont principalement axées sur la littérature et l'art. Elles ne sont pas intrusives et peuvent même vous offrir des opportunités intéressantes dans ces domaines. En bloquant ces publicités, vous limitez nos ressources et risquez de manquer des offres pertinentes.

Afin de pouvoir continuer à naviguer et profiter de nos contenus, nous vous demandons de bien vouloir désactiver votre bloqueur de publicités pour notre site. Cela nous permettra de continuer à vous fournir un contenu de qualité et vous de rester connecté aux dernières nouvelles et tendances de la littérature et de l'art.

Pour continuer à accéder à notre contenu, veuillez désactiver votre bloqueur de publicités et cliquer sur le bouton ci-dessous pour recharger la page.

Recharger la page

Nous vous remercions pour votre compréhension et votre soutien.

Cordialement,

L'équipe BookNode

P.S : Si vous souhaitez profiter d'une navigation sans publicité, nous vous proposons notre option Premium. Avec cette offre, vous pourrez parcourir notre contenu de manière illimitée, sans aucune publicité. Pour découvrir plus sur notre offre Premium et prendre un abonnement, cliquez ici.

Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !


Inscription classique

En cliquant sur "Je m'inscris"
j'accepte les CGU de booknode

Ajouter un extrait


Liste des extraits

Extrait ajouté par Alyer 2025-04-09T16:42:13+02:00

Miarka, c’est d’abord le destin romanesque d’une fille de dix-neuf ans sous l’Occupation, à peine sortie du lycée, qui décide de ne pas se laisser faire. Dans les rues de Lyon, sur les routes de Bourgogne, elle a couru vers son risque. « Pour moi, dans ces années-là, le mot patrie a pris un sens très profond. On le comprend mieux lorsqu’on en est éloigné », confiait-elle à la fin de sa vie. En ce temps où nous nous interrogeons sur ce que nous sommes et ce que nous voulons être, il m’a semblé que cet itinéraire emblématique et peu connu, par la cruauté des épreuves traversées comme par la grandeur des sacrifices consentis, demeurait plus que jamais une source d’inspiration. Car ce destin ne se limite pas à la Résistance et à son prolongement n, Ravensbruck. De son vrai nom, Miarka s’appelle Denise Jacob. Juste avant qu’elle ne soit plongée dans la nuit du camp, ses parents, André et Yvonne, ses frère et sœurs, Madeleine, surnommée « Milou », Jean et Simone (la future Simone Veil), ont été déportés comme juifs. Ni Yvonne, ni André, ni Jean ne sont jamais revenus. À travers le sort réservé à sa famille, le destin de Denise a donc été aussi la Shoah.

Afficher en entier
Extrait ajouté par dreamygirl 2023-01-10T10:31:55+01:00

Denise, Miarka. Lorsque je pense à elle, j’ai toujours en tête cette photographie datée de 1941 ou 1942. En tenue d’éclaireuse, elle hisse le drapeau de la troupe. Elle doit avoir dix-sept ans et, dans son profil très pur, une gravité se lit, qui tranche avec l’insouciance traditionnelle de la jeunesse. Il se dégage d’elle une impression de force intérieure, de droiture, qui va de pair avec une extrême solitude. C’était un peu avant qu’elle parte pour Lyon, loin de chez elle, loin de ses parents, de ses sœurs et de son frère, pour entrer dans la clandestinité. Une mèche de ses cheveux est agitée par le vent, le drapeau claque. Et l’on repense à ces paroles d’Antigone, dans la tragédie de Sophocle : « Laisse-moi donc, moi avec ma folie, courir ce terrible risque. Je ne souffrirai rien de si terrible que la mort dans le déshonneur... » Parfois, elle laissait entrevoir une blessure inguérissable, une tristesse qui ne pouvait être consolée. Le sentiment de la vanité de toutes choses, la gloire, le bonheur humain. À quoi bon être heureux dans un monde qui a permis cela ?

Miarka, c’est d’abord le destin romanesque d’une fille de dix-neuf ans sous l’Occupation, à peine sortie du lycée, qui décide de ne pas se laisser faire. Dans les rues de Lyon, sur les routes de Bourgogne, elle a couru vers son risque. « Pour moi, dans ces années-là, le mot patrie a pris un sens très profond. On le comprend mieux lorsqu’on en est éloigné », confiait-elle à la fin de sa vie. En ce temps où nous nous interrogeons sur ce que nous sommes et ce que nous voulons être, il m’a semblé que cet itinéraire emblématique et peu connu, par la cruauté des épreuves traversées comme par la grandeur des sacrifices consentis, demeurait plus que jamais une source d’inspiration. Car ce destin ne se limite pas à la Résistance et à son prolongement, Ravensbrück. De son vrai nom, Miarka s’appelle Denise Jacob. Juste avant qu’elle ne soit plongée dans la nuit du camp, ses parents, André et Yvonne, ses frère et sœurs, Madeleine, surnommée « Milou », Jean et Simone (la future Simone Veil), ont été déportés comme juifs. Ni Yvonne, ni André, ni Jean ne sont jamais revenus. À travers le sort réservé à sa famille, le destin de Denise a donc été aussi la Shoah.

Miarka, c’était son nom de résistante, mais aussi celui que lui donnaient les camarades qui avaient été en déportation avec elle. De son passage chez les éclaireuses, Denise avait gardé ce totem, tiré d’un conte de Jean Richepin, Miarka, la fille à l’ourse, bien oublié aujourd’hui, qui met en scène une petite bohémienne.

« Parce que j’allais souvent pieds nus, et que je faisais des taches sur mes vêtements », m’avait-elle dit. Quand je l’ai rencontrée pour la première fois, elle était une élégante vieille dame en tailleur bleu, qui arborait à sa boutonnière la rosette rouge cousue sur galon blanc de commandeur de la Légion d’honneur. Je ne l’aurais pas formulé ainsi à l’époque, mais je l’avais trouvée extrêmement séduisante. Était-ce son visage, ses cheveux blancs autrefois blonds qui avaient gardé un éclat extraordinaire ? La bonté et la bienveillance dont elle faisait preuve envers chacun d’entre nous ? J’avais vingt-quatre ans. J’effectuais mon service militaire à la Fondation pour la mémoire de la déportation. Pour elle, comme pour l’ensemble des anciens déportés, la transmission de la mémoire, à l’heure où le soir tombait sur sa génération, était un enjeu capital. Un motif d’inquiétude aussi. En 1939, alors qu’il préparait déjà la « solution finale », Hitler a eu cette phrase terrible : « Qui donc parle encore aujourd’hui de l’extermination des Arméniens ? » Qui parlera, et comment parlera-t-on, quand les voix de ceux qui furent les témoins des camps se seront tues ?

Afficher en entier
Extrait ajouté par Laurine-25 2021-02-28T17:32:26+01:00

Lors des intervalles, pour maintenir la pression, les tortionnaires arrosent le visage de leur patiente à l’aide d’une bouteille en verre. Denise se débat furieusement, au point qu’elle parvient à casser la bouteille. Les bourreaux s’interrompent. Ils vident la baignoire et retirent avec soin les morceaux de verre. Ils expliquent à Denise que c’est pour « ne pas l’abîmer ». Mais quand ils recommencent, ils lui attachent les mains derrière le dos avec des menottes… Le passage par la baignoire dure une heure.

Et puis au bout d’un moment, on doit parler, ou du moins faire semblant. Ce n’est pas un exercice facile. « Il me faut à chaque instant me surveiller, penser à dénaturer les faits. Je n’ai que la force de les camoufler pour les porter à la limite du méconnaissable. » Et quand on récite pareille fable, la vérité défile aussi dans la tête : « Je me sens si près de mes parents et de mes camarades que j’ai peur qu’ils ne transparaissent à travers moi. À ce moment-là, je vous ai tous aperçus et vous m’avez soutenue par la confiance absolue que vous m’avez toujours montrée. Pas une minute, il ne m’est venu l’idée de vous trahir. »

L’interrogatoire terminé, il faut se rhabiller « en une minute », récupérer « furtivement » sa montre. Les spécialistes de la question l’étendent dans un fauteuil. On lui verse une rasade de schnaps dans la bouche, qu’elle recrache : « Je ne leur dois rien, ni la vie ni la mort. »

Après cela, dans le bureau d’à côté, Denise est confrontée à son chauffeur. Elle le dédouane. Peut-il deviner, en retrouvant Denise, cheveux trempés, ce qu’elle a subi ? Les policiers pensent qu’il ne sait rien. Ils lui rendent ses affaires, lui offrent une cigarette. L’un d’eux sourit : « Dites à vos collègues que la Gestapo vous a bien traité ! » Tout content, éperdu de reconnaissance, l’homme rentre chez lui, serrant la main des Allemands…

Afficher en entier