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Vous devez savoir que la pierre est comme l’homme, elle se souvient. Tout comme vous, sa mémoire est emplie de violence et de douleur et non de vie et de lumière. Elle aussi est hantée par le souvenir du souffle de la mort et le son de ma voix. Si elle tente de nous échapper, de se laver du sang qui la souille, nous la rattrapons et nous imprégnons plus encore en elle. La vie est injuste, c’est vrai, mais nous le sommes plus encore. Vous voyez, ces murs vous ressemblent plus que vous ne le pensez. Ils sont marqués au fer rouge par l’horreur, fascinés par la pluie au point d’en avoir oublié la couleur du soleil.
Afficher en entierOù l’emmène-t-il? Dans un endroit où des hommes en blouse blanche tenteront de lui faire croire que son esprit n’est pas un lieu sûr. Là où on lui dira que la nuit n’est ni trop sombre ni trop opaque; que l’obscurité n’a pas de secrets à murmurer ; que même une fois le soleil couché, les ombres ne l’approcheront pas.
Afficher en entierAu cours de mon existence, de nombreuses âmes ont attisé ma curiosité. Des vagabonds démunis aux plus grands rois de ce monde, les hommes et les femmes qui sont parvenus à me regarder dans les yeux sans ciller n’ont pu qu’attirer mon attention. Lorsque l’une de ces occasions se présente, je ne peux m’empêcher de considérer, durant un instant, ces simples mortels comme mes égaux. Après tout, si elle n’était pas l’une de mes fidèles amies, ne baisserais-je pas moi-même les yeux devant la Mort ? Si je n’étais fait que de chair et d’os, ne plierais-je pas un genou devant la jalousie et le désir ? Si je n’étais plus qu’un homme, serais-je capable d’affronter aussi bravement le fardeau que je représente ?
Afficher en entierVous me portez tous en vous, depuis votre premier cri à votre dernier souffle. La façon dont vos vies s’entrelacent me fascine depuis toujours. Je passe l’éternité à vous observer, à vous accompagner et cela peu importe où vous vous rendez. J’aime l’idée de vous conter le destin de certaines âmes qui m’ont touché. Ainsi, je vous livre une part de moi-même. C’est une maigre compensation à la vue de tout ce que je peux vous faire endurer, mais je me plais à penser que c’est la meilleure chose dont je sois capable. La seule dont je sois capable.
Afficher en entierJ’aime penser que l’amour humain est aveugle, sourd, mais pas muet. Vous pouvez refuser d’entendre ou de voir vos sentiments. Mais vous finirez toujours par les exprimer, même à votre insu. Un simple mot, une phrase anodine finissent toujours par vous trahir.
Afficher en entierJe veux oublier. Je veux juste dormir. Je n’en peux plus. Mon corps et mon âme sont fatigués. Je laisse mon esprit divaguer. Je ne pense à rien et à tout en même temps, je revois des souvenirs remplis de soleil et d’autres ternis par la pluie. Le monde semble s’être arrêté. Je n’entends ni ne vois plus rien, sinon les centaines d’images qui défilent devant mes yeux et leurs chuchotements familiers. Je les accueille presque comme de vieilles amies, seul élément familier dans tout ce chaos.
Afficher en entierLes ombres n’ont pas de voix, Théa. Les souvenirs non plus.
Afficher en entierChaque fois que je reviens ici, j’attends ce moment précis. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais j’aime la façon dont ces deux petits êtres fragiles se serrent la main. La façon dont ils n’ont aucune idée que la décision qu’ils prennent influencera le reste de leur vie. J’aime leur façon d’être. Ils me brisent le cœur. « Je m’appelle Elias. » « Moi, c’est Cléa. »
Afficher en entierN’est-ce pas magnifique ? Comme il la regarde quand elle a le dos tourné. A-t-il eu un faible pour elle ? Évidemment. Est-ce toujours le cas ? Je ne sais pas. Le cœur d’un adulte est plus difficile à lire que celui d’un enfant. Avec le temps, l’âme humaine s’assombrit, les sentiments deviennent plus complexes. Tellement complexes, qu’ils sont parfois impossibles à déchiffrer. L’amour, la haine, ce ne sont pas des sciences exactes, vous ne pouvez jamais être certain de votre jugement.
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