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« Hé, remonte et freine, ça va cogner ! » m’a dit celui qui était en gilet rouge et permanente frisée, et moi de me ruer sur le siège conducteur. A deux doigts de rentrer dans la rembarde, Momoko a pour ainsi dire sauvé la face. J’ai sorti la tête par la vitre, histoire de remercier les deux gars, mais ils avaient déjà traversé le passage piéton et allaient enjamber la rambarde devant chez Alta. J’ai hurlé : « Merci beaucoup ! » Mes cris, noyés dans le brouhaha devant la gare de Shinjuku, ne les ont pas atteints. Leur silhouette fringante a disparu sans se retourner vers Kabukichô. Je suis prêt à parier qu’ils étaient de Saitama ou de Nagareyama en Chiba. Tu as un problème avec ta voiture, une main secourable surgit de nulle part, et à tous les coups, c’est des voyous comme eux.
Ça se passe comme ça avec Momoko : dès que j’ai roulé neuf kilomètres, je ne prends pas de risque : j’arrête le moteur, et ainsi de suite tous les neuf kilomètres. Pour sûr, je ne fais pas de grosses distances. Avoir ma propre voiture réduit considérablement ma latitude de déplacement.
Faute de parking à la fac, je dois me garer le long de la berge du canal. Il va sans dire que c’est un stationnement interdit ; si tu n’as pas de bol, la fourrière t’embarque. Momoko, à la différence des autres bagnoles d’étudiants, n’y a pas eu droit. Et pour cause : le long de la berge, il y a le café Refrain et le patron rentre Momoko sur le parking de son troquet quand il avise une patrouille de police. Pourquoi fait-il ça ? Parce que cette Momoko qui se laisse tâter le cul par les voyous, c’est lui qui me l’a vendue comme si c’était la fille de la maison.
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