Ajouter un extrait
Liste des extraits
1.
La dernière fois qu’elle avait pris ses jambes à son cou, Sterling McRae était une adolescente rebelle, armée de plus de courage que de bon sens. Evidemment, il n’était plus question de courir aujourd’hui, pas avec le bébé qu’elle portait. Mais le principe était le même. Fuir. Fuir le plus loin possible maintenant qu’Omar était mort.
Pars. N’importe où. Assure-toi juste qu’on ne pourra pas te retrouver.
Cette fois, elle n’était plus une gamine de quinze ans mais une femme de vingt-sept. Elle ne fuyait pas un foyer d’adoption de Cedar Rapids, Iowa, et la réussite de son plan ne dépendait pas des horaires du prochain bus Greyhound. Non, elle était désormais bardée de cartes de crédit sans plafond de dépenses et elle disposait d’un chauffeur qui l’emmènerait où elle l’exigerait. Bien sûr, il lui faudrait abandonner ce dernier dès qu’elle aurait quitté Manhattan afin de mieux brouiller les pistes. Mais elle commencerait au moins sa nouvelle vie avec classe.
Merci, Omar. Elle traversa l’appartement qu’elle avait partagé avec son ami, les talons auxquels elle refusait de renoncer malgré sa grossesse cliquetant sur le sol de marbre. Une vague d’émotion menaça de la submerger mais elle la réprima fermement et referma la porte derrière elle. Elle n’avait pas le temps de se lamenter, pas après avoir pris connaissance des nouvelles du jour. Rihad al Bakri, le redoutable souverain du petit royaume du golfe Persique qu’Omar, son frère cadet, avait fui à dix-huit ans, était arrivé à New York.
Sterling était prête à parier qu’elle était déjà surveillée. Le cheikh avait sans doute envoyé une équipe pour garder l’œil sur elle même si, selon les journaux, il venait à peine de débarquer. Elle se força donc à respirer dans l’ascenseur qui la menait au rez-de-chaussée, puis elle afficha son sourire des jours normaux pour traverser l’entrée de l’immeuble et saluer le gardien en poste ce jour-là. Elle n’honorerait pas la mémoire d’Omar en tombant dans les griffes des personnes mêmes qu’il avait fuies. Et elle ne savait que trop comment un prédateur réagissait quand il voyait une proie se comporter… en proie.
Plus cette dernière s’affolait, plus l’attaque était cruelle.
Elle sortit donc de l’immeuble d’un pas guilleret, avec la même nonchalance que lorsqu’elle arpentait autrefois les podiums. Il était essentiel qu’elle se coulât, du moins jusqu’à la voiture, dans le rôle que le monde lui prêtait : celui de la maîtresse d’un play-boy international. Malheureusement, elle n’avait pas le temps de dire au revoir à New York, la ville qu’elle aimait tant, ou de faire une dernière fois la tournée de ses endroits favoris. Pas si elle voulait protéger le bébé d’Omar. Elle avait déjà perdu un ami, elle ne voulait pas perdre son enfant.
Afficher en entier
