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Je sais très bien qui nous sommes, nous, les sosies. Nous voulions être des grands, mais d’autres l’ont été à notre place. Notre vie, faite de l’ombre qu’ils nous font, nous la passons dans les morceaux de lumière qu’ils nous laissent.
[...]
Bernard sait bien que les gens viennent applaudir l’autre, le mort. Il sait bien que, s’ils avaient le choix, ils le piétineraient pour approcher Claude François. Qu’ils échangeraient en une seconde la mort du « vrai » contre la sienne. Qu’ils troqueraient une minute de plus de la vie du Cloclo 1939-1978 contre toute l’existence de Bernard Frédéric 1954-? Qu’ils viendraient, un par un, à la queue leu leu, lui cracher au visage afin que leur Claude disparu vienne chanter une toute dernière fois « Le téléphone pleure » ou « Comme d'habitude ».
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