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Spoiler(cliquez pour révéler)« - Tu es là ? pensa-telle, adressant la question à la créature, en sachant très bien qu'elle n'aurait pas de réponse.
Elle ferma les yeux, tenta de repousser le tourbillon de réflexions et de terreur qui labourait son esprit. Finalement, elle sentit à nouveau la torpeur qui précède le sommeil la saisir, et elle se laissa tomber dans ce vide exquis : plus de peur, plus de doutes, plus de douleur. Juste l'oubli.
- Je suis là.
Elyana bondit dans son lit. Assise, les yeux écarquillés, la respiration saccadée, elle regarda autour d'elle, mais il n'y avait personne d'autre qu'elle. La voix avait résonné dans sa tête, très basse, vibrante comme la terre qui aurait tremblé.
- Monstre ?
Un bref instant, elle se trouva ridicule.
- Je m'appelle Zalim.
Elyana se laissa retomber sur son oreiller, ferma les yeux à nouveau et alla chercher cette présence dans son esprit. Cette fois, elle le sentait comme un glissement au seuil de ses perceptions.
- Je suis Elyana.
- Je sais qui tu es, je connais tout de toi, de tes pensées, de tes souvenirs, comme je savais tout de mes hôtes précédents.
- Ellinor était ma mère.
- Je sais, un hôte très fort, mais tu es encore plus forte qu'elle, tu es le plus fort que j'ai jamais habité.
- Maman était forte, je ne pense pas être plus forte qu'elle.
- Crois-moi, tu l'es, je t'ai vue te battre contre tes ennemis hier. Tu les as massacrés, c'était magnifique.
- La mort n'est jamais magnifique.
- Elle l'est pour moi.
- Pourquoi me parles-tu ? Tu n'as jamais parlé à ma mère.
- Parce que tu m'écoutes. On a jamais cherché à m'écouter. Et aussi parce que tu as la puissance nécessaire pour supporter d'entendre ma voix. Tout le monde ne le peut pas.
- La nuit dernière, tu as éliminé tous nos adversaires, et juste eux. Comment as-tu fait ? Pourquoi n'en as-tu pas profité pour tuer les autres ?
- C'est un cadeau que je t'ai fait, Elyana. Pour te remercier de m'héberger, de m'offrir cette âme lumineuse dont je me nourris, dont je me gorge. Elle est belle, pure, puissante. Tu es mon alter ego parfait. Après tous ces siècles, je ne pensais pas que je te trouverais.
- Tu vas continuer à choisir tes victimes ?
Le rire de Zalim était joyeux, un grondement dans la tête de la jeune femme.
- Bien sûr que non ! Je te l'ai dit, c'était un cadeau. Maintenant que je te l'ai fait, c'est terminé. C'est moi qui commande, ici. Et je peux faire ce que je veux, détruire le monde si telle est mon envie.
- Je t'en empêcherai !
Le démon ricana, moqueur.
- Bonne chance, princesse. Bonne chance.
La voix dans sa tête s'éloigna et disparut.
- Zalim ? Reviens ! Zalim !
Plus rien. Le monstre s'était retiré de sa conscience, laissant la jeune femme pantelante dans son lit.
Elle savait qu'elle ne dormirait plus, alors elle alluma la lampe à huile sur sa table de chevet et, fixant sa flemme mouvante, elle se mit à réfléchir. L'idée qu'elle avait eue plus tôt lui revenait en tête. Maintenant, elle savait ce qu'elle avait à faire. »
Afficher en entier« Mais alors que l'aube allait poindre, il la sentit. L'âme était là, brillante, forte, lumineuse, une flamme d'une blancheur inouïe dans les ténèbres.
Il laissa le vent le pousser vers elle. Il était attiré comme un papillon de nuit, et il ne fit aucun effort pour lutter contre cet appel, cette fascination. Il se fit aspirer par la clarté éblouissante, se fondit en elle, mélangea sa noirceur à son éclat. Ce fut comme s'allonger dans un lit douillet, retrouver sa maison après une longue absence. Ce corps était parfait. Cette âme puissante, belle, courageuse.
Il s'y installa, s'amalgama à l'essence de l'être dont il prit possession.
Puis quand il s'y trouva parfaitement à l'aise, il autorisa sa puissance à se répandre dans les membres de chair, dans le cœur, dans le ventre, dans l'esprit de son hôte. Il coulait dans ses veines, se mêlait à son sang, laissait son cœur copier le rythme de celui qui battait pour lui à présent. Chacune de ses cellules se fondait dans celles de l'être humain, qui sans le savoir l'accueillait, lui faisait une place en son sein, dans son âme. Et au moment où, à la lisière de l'horizon, un fil rouge sang se dessinait, reflété par les eux du fjord, il s'annihila entièrement pour ne faire plus qu'un avec l'autre, pour mieux renaître.
Une fois le processus achevé, il ouvrit ses yeux de monstre sur le jour nouveau qui brillait, lavé par l'averse et le vent. Le ciel était étincelant, le fjord scintillait en retour, les oiseaux accueillaient la lumière avec joie et innocence. Avant de rendre son corps à son hôte, il murmura d'une voix qui semblait n'être que le roulement du tonnerre, le grondement de la terre :
- Bonjour le monde. Tremble de peur, car Zalim est de retour... »
Afficher en entier« - Ma reine, murmura-t-il d'une voix rauque et tremblante, j'aurais aimé que votre fin soit toute autre que tout le monde connaisse le sacrifice que vous avez fait pour votre peuple. Comment vous l'avez appelé à vous pour l'abriter, pour lui permettre de revenir et vous aider à gagner la guerre. Un jour peut-être je dirai la vérité à Elyana, je lui dirai que vous êtes enterrée ici pour qu'elle puisse vous rendre hommage là où vous êtes vraiment. La seule chose qui me rende heureux, c'est de savoir que vous êtes délivrée, que vous reposez détaché de son antre de chair, il s'est dissous dans l'éther, mais je vais devoir le rappeler. J'aimerais être certain qu'il m'investira moi, afin que je puisse suivre vos traces, sauver le royaume d'Arensdaal, comme vous l'avez fait. Mais je ne sais pas comment vous avez réussi à l'attirer à vous. Je ne suis pas certain d'y arriver. Voudra-t-il de moi comme hôte ? Pourquoi a-t-il voulu de vous ? »
Afficher en entier« Il vit dans l'éther du monde des esprits. Il y dort, en attendant l'appel.
Parfois, on le réveille.
Appelé pour protéger le royaume, il possède la puissance et la souplesse de la panthère, la vitesse du guépard, la vue de l'aigle, les défenses de l'éléphant, la charge du rhinocéros, la force du scarabée, le feu et les ailes du dernier dragon.
De l'homme, il a hérité l'intelligence et la cruauté.
Quand on l'invoque, il vient. Pour agir, il doit investir un corps humain.
De génération en génération, il trouve un hôte pour vivre.
Il dans mon sang, dans mon âme.
Il dort en moi.
Mais je ne le savais pas. Je - ne - le - savais - pas.
Jusqu'au jour où j'ai appris que j'étais lui, que j'étais Zalim... »
Afficher en entierFinalement, venir au monde était difficile, douloureux, mais le quitter était simple. Un instant on respirait, on faisait partie de la ronde de l'existence et l'instant d'après, on n'était plus là...
Afficher en entierQuand elle était petite, sa mère la comparait à un volcan, on disait d'elle qu'elle était agitée ''comme un garçon''. Elyana avait toujours trouvé cela ridicule : elle connaissait des garçons, fils de domestiques, qui étaient très calmes. Et pourquoi une fille ne pouvait-elle pas aimer courir, grimper aux arbres, faire la course dans les escaliers ? À présent, l'enfance et son insouciance étaient loin derrière, et elle se retrouvait confrontée du jour au lendemain aux difficultés de la vie de future reine. Ce matin, pour toutes ces raisons, elle se trouvait en pleine éruption. Il y avait de la colère en elle, de la frustration, du désir, une soif de liberté, et par-dessus tout, le besoin de hurler tout ce qu'elle refoulait depuis si longtemps.
Afficher en entierPour se protéger du mépris des autres, il se cachait derrière ses bourrelets. Pour chasser le vide provoqué par la solitude, la panique face à la tâche qui lui incombait, il mangeait. Et ces couches de graisse le séparaient un peu plus chaque jour de son entourage. Tous les matins, il se disait qu'il allait changer, qu'il allait faire mieux, et chaque fois, la déprime le reprenait, la peur, le découragement, il reproduisait les erreurs de la veille. Le fossé entre sa fille et lui s'élargissait en même temps que son tour de taille et il savait que plus il attendait pour se reprendre, plus la pente à remonter serait raide. Tous les jours, il devait jouer la comédie, prétendre qu'il savait ce qu'était être roi, faire semblant de diriger, de maîtriser, de gouverner. Chaque jour il se drapait dans une fausse fierté pour masquer sa honte. Il rouvrit les yeux, s'éloigna de la fenêtre pour se retrouver devant le miroir qui autrefois servait à Ellinor. […] Yalmar contempla son reflet. Il se rappela combien il avait été séduisant, la taille fine, le visage carré, les pommettes dessinées, les yeux clairs larges et brillants. D'un geste rageur, il frappa la glace de poing. Elle se brisa en toile d'araignée, à l'image de l'âme ébréchée du roi.
Afficher en entierSa respiration était devenue sifflante et douloureuse, son corps tremblait de plus belle, ses jambes flageolantes ne le tenaient plus. Il s'effondra de tout son long dans l'herbe épaisse et haute de la toundra et couverte d'une humidité glaciale. Il se tourna difficilement sur le dos, pour voir les étoiles une dernière fois, emporter avec lui le souvenir de leur éclat, de leur beauté. La lune montait doucement à l'assaut de l'étendue sombre qui se déployait dans toutes les directions autour de lui. Le soldat sentit des larmes chaudes déborder de ses yeux, couler le long de ses tempes. C'était donc la fin. Lui qui rêvait de rentrer chez lui, de profiter d'un bon feu dans sa cheminée, d'un repas copieux qui sentait autre chose qu'une soupe trop claire, il ne le vivrait jamais. Son corps allait s'éteindre sur cette plaine, il allait geler, jusqu'à ce qu'on le retrouve, ou qu'il pourrisse, si personne ne passait dans le coin. Cela lui importait peu. Une fois mort, le sort de son enveloppe corporelle n'avait aucune importance. Par contre, celui de son esprit était essentiel. C'est pourquoi il contemplait les étoiles, pour que mon âme les rejoigne, qu'il devienne lui aussi un astre de toute beauté.
Afficher en entier- Fais attention, murmura Zalim dans la tête d'Elyana.
C'était la première fois qu'il se manifestait depuis leur première conversation.
- Je ne lui fais pas confiance.
- Je sais. Moi non plus.
Afficher en entier- Elyna, arrête, je t'en supplie, j'ai besoin de toi. Tu es la reine, tu dois te comporter comme telle.
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