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Je me fais plus audacieux. Mes doigts courent sur son visage, reviennent sur sa bouche. Sa respiration se fait plus hachée. Je crois que la mienne aussi. J’aime sentir la texture de sa peau sous mes doigts. Sa mâchoire légèrement rugueuse, les légères rides au coin de ses yeux.
La suite semble inéluctable. Pourtant, je n’ai pas envie de précipiter ce moment.
Timidement, mes doigts quittent ses lèvres pour effleurer le côté droit de son visage. Sa mâchoire se crispe, ses dents se serrent. Il secoue faiblement la tête, comme pour m’intimer de ne pas m’y aventurer.
Je ne l’écoute pas. Mon regard est implacable.
Laisse-moi faire, cherche-t-il à dire. Laisse-moi te toucher. Je veux te découvrir. S’il te plaît. Permets-moi de te découvrir.
Doucement, je viens effleurer sa cicatrice.
Il déglutit. Il semble effrayé.
Je remonte ma main le long du chemin couturé, irrégulier. Je sens l’aspérité de sa peau sous mes doigts, la rugosité des tissus cicatriciels.
Mes yeux, fascinés, suivent mes mouvements.
- Ne fais pas ça, souffle-t-il alors.
Mais peu importe ses mises en garde. Je continue mon exploration.
Ma paume enveloppe sa joue.
Lorsque je le regarde de nouveau, j’ai l’impression d’y lire de la colère, mais une infinie tristesse aussi.
Je crève d’envie de lui avouer à quel point je le trouve beau.
Mais cela impliquerait encore une fois de rompre le contact. De toute façon, je suis certain qu’il ne me croirait pas. Je vois bien la manière dont il m’observe, ahuri, mais également un peu honteux. Comme si cette balafre le rendait difforme. Laid.
Alors que j’en pense tout le contraire. Cette cicatrice le rend unique.
- S’il te plaît, ne me touche pas.
Je peux déceler la peur dans sa voix.
Néanmoins, il ne fait rien pour se dégager.
J’avance d’un pas, et l’espace entre nos corps se réduit davantage.
Il ne bouge plus. Les mains toujours agrippées au plan de travail, il semble dans l’expectative.
Je trouve ça étrange. Lorsque mes yeux se sont posés sur lui tout à l’heure, il paraissait si sûr de lui. Si fort.
Son corps puissant, sa mâchoire carrée. Ses bras musclés, ses mains larges. L’archétype même du mâle dominateur, féroce, bestial.
Ce genre de type qui vous plaque contre un mur pour vous embrasser sauvagement.
Mais je me rends compte qu’il n’en est rien. Que derrière cette attitude impérieuse, conquérante, se trouve un homme terrifié.
Je m’approche encore. Je veux sentir la chaleur de son corps contre le mien. Je veux le rassurer. Lui dire qu’il se trompe. Qu’il est l’homme le plus fascinant que j’aie jamais vu.
Mais encore une fois, mon handicap m’en empêche. Alors il ne me reste plus qu’une chose à faire.
Lui montrer.
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