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Commentaire de enairolf

Cicatrices


Commentaire ajouté par enairolf 2026-05-03T15:40:56+02:00

Je me suis lancée dans Cicatrices avec pas mal d’attentes, surtout à cause de cette fameuse mention “public averti” qui intrigue forcément. Dans ma tête, ça annonçait une lecture difficile, peut-être même dérangeante, quelque chose qui laisse une vraie empreinte émotionnelle. Je m’attendais à être bousculée, à ressentir un certain malaise, voire à devoir faire des pauses dans ma lecture. Et finalement… pas vraiment. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai déjà lu des romans plus durs, plus crus ou plus sombres, mais je n’ai pas trouvé cette histoire particulièrement difficile à lire. Du coup, je me suis posé la question pendant toute ma lecture : est-ce que je suis devenue un peu “blindée” face à ce genre de contenu ? Ou est-ce que le roman, malgré ses thématiques, reste finalement assez accessible dans sa manière de les aborder ? Je penche un peu pour les deux. Bien sur ceci reste mon avis personnel et cela n’engage que moi, je vous conseille tout de même de faire attention à vous et de regarder les TW avant de vous lancer dans cette lecture. Ça ne m’a pas empêchée d’apprécier ma lecture, loin de là. J’ai passé un bon moment dans cet univers marin teinté de mystère et de surnaturel. Mais il m’a manqué cette petite étincelle, ce petit truc en plus qui transforme une bonne lecture en lecture marquante.

La plume d’Estelle Faye est fluide, naturelle, et surtout très facile à suivre. On entre dans l’histoire sans effort, ce qui rend la lecture vraiment agréable. C’est typiquement le genre de style qui permet d’enchaîner les chapitres sans s’en rendre compte. Il y a aussi une certaine douceur dans l’écriture, ce qui est assez intéressant quand on voit les thématiques abordées. Là où je m’attendais à quelque chose de plus dur, de plus frontal, le texte reste finalement assez mesuré. Les émotions sont présentes, mais elles ne sont jamais écrasantes. C’est un choix qui rend le roman plus accessible, mais qui, à mon sens, atténue aussi son impact. J’aurais aimé être un peu plus bousculée par la plume, ressentir davantage les tensions, les douleurs, les cicatrices justement, au sens propre comme au figuré. Par moments, j’avais l’impression que tout était un peu trop “lissé”, comme si le texte retenait ses coups. Cela dit, ça reste une écriture efficace. Elle fait le travail, elle porte bien l’histoire, et elle permet de s’immerger facilement dans l’univers sans jamais décrocher.

L’univers est clairement un des points forts de Cicatrices. Seasmouth est une ville qui marque, avec son ambiance à la fois maritime, brumeuse et presque oppressante. On visualise très bien les falaises, la mer agitée, les ruelles un peu sombres, les maisons battues par le vent. Il y a quelque chose de très immersif dans cette atmosphère. On sent que la ville cache des secrets, que les habitants vivent avec des règles implicites, presque comme une communauté refermée sur elle-même. Cette sensation que “tout le monde sait sauf nous” fonctionne très bien, surtout au début du roman. Le côté surnaturel s’intègre assez naturellement dans cet environnement. Les légendes marines, les phénomènes étranges, la présence de quelque chose d’ancien et de dangereux… tout ça crée une tension diffuse qui accompagne la lecture. Cependant, là encore, j’aurais aimé que ce soit encore plus poussé. L’univers est riche, mais parfois juste effleuré. Certaines idées auraient mérité d’être davantage développées, approfondies, exploitées jusqu’au bout. On sent qu’il y a un vrai potentiel, mais qu’il n’est pas toujours utilisé à 100 %.

L’histoire suit May, une jeune femme qui fuit un passé difficile et qui arrive à Seasmouth avec l’espoir de recommencer à zéro. Très vite, elle se rend compte que cette ville n’est pas comme les autres. Elle va se retrouver au cœur de tensions entre différentes figures locales : des personnages puissants, charismatiques, parfois inquiétants, et d’autres plus marginaux, en opposition. En parallèle, des phénomènes surnaturels viennent troubler la réalité et remettre en question tout ce qu’elle pensait comprendre. Le roman avance progressivement, en dévoilant ses mystères petit à petit. Il y a une vraie volonté de construire une ambiance, de faire monter la tension, et ça fonctionne plutôt bien. On a envie de comprendre, de savoir ce qui se cache derrière tout ça. Mais malgré ça, il m’a manqué un vrai moment fort. Un basculement, une révélation marquante, quelque chose qui me fasse dire “ok, là, ça y est”. L’histoire est intéressante, mais elle reste un peu trop linéaire dans son impact émotionnel. Je n’ai pas ressenti de véritable choc, ni de moment où j’ai été complètement happée. Encore une fois, ce n’est pas mauvais, loin de là. C’est juste que ça reste un peu en dessous de ce que j’espérais.

Les personnages sont variés et participent bien à la dynamique du roman, même si je reste un peu mitigée sur mon attachement à eux. May est une protagoniste crédible, avec un passé qui explique ses réactions et ses choix. On comprend sa volonté de fuir, de recommencer, de trouver sa place. Mais émotionnellement, je suis restée un peu à distance. Je ne me suis pas totalement identifiée à elle, ni complètement attachée. Du côté des personnages secondaires, il y a des figures marquantes, notamment avec les jeux de pouvoir au sein de la ville. Adrian Dashwood, la famille Saint-John ou encore Josh Galloway apportent chacun une énergie différente. J’ai trouvé intéressant ce contraste entre les personnages plus “dominants”, presque aristocratiques ou manipulateurs, et ceux qui incarnent une forme de rébellion. Ça crée des tensions intéressantes et ça donne du relief à l’histoire. Malgré ça, certains personnages m’ont semblé un peu sous-exploités. J’aurais aimé aller plus loin dans leur psychologie, comprendre davantage leurs motivations, leurs failles.

Cicatrices est un roman que j’ai sincèrement apprécié pour son ambiance, son univers et sa facilité de lecture. C’est une histoire qui se lit bien, qui propose de bonnes idées et qui plonge dans un décor vraiment prenant. Mais en refermant le livre, je reste avec un petit goût d’inachevé. Je m’attendais à être plus marquée, plus touchée, plus bousculée, surtout avec la mention “public averti”. Et finalement, ça n’a pas été le cas. Je ne sais pas si c’est moi qui suis devenue moins sensible à ce genre de récits, ou si le roman choisit volontairement de rester dans une certaine retenue. Peut-être un peu des deux. En tout cas, ça reste une bonne lecture, que je ne regrette pas du tout. Mais il m’a manqué cette petite étincelle, ce petit truc en plus qui fait qu’un livre nous hante encore longtemps après l’avoir terminé.

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