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Commentaire de RMarMat

Enfance


Commentaire ajouté par RMarMat 2020-03-01T19:26:16+01:00

« Enfance », premier volet de cette trilogie autobiographique (Enfance, En gagnant mon pain et Mes universités), nous conte le premier âge d’Alekseï Maksimovitch Pechkov alias Gorki dans un style simple, souvent cru, froid, avec parfois quelques lueurs poétiques. Quel âge a-t-il dans ce roman ? 5/6 ans tout au plus , je suppose ? 8 ou 12 ans à la fin du livre lors de la mort de sa mère. Mais déjà l’innocence de l’enfant s’efface dans une spirale exacerbée de malheurs, de tristesses, de misères et de brutalités.

Lire ce livre m’a confronté directement avec la réalité de la Russie du 19ème siècle. Un peuple de miséreux soumis aux préceptes de la religion orthodoxe, à peine éduqué et tellement ignorant que les violences sociales et domestiques leurs semblent aussi nécessaires et naturelles que de faire chauffer le samovar pour le thé ! Spoiler(cliquez pour révéler)« Plus tard, j'ai compris que les Russes, dont la vie est morne et misérable, trouvent dans leurs chagrins une distraction. Comme des enfants, ils jouent avec leurs malheurs dont ils n'éprouvent aucune honte. Dans la monotonie de la vie quotidienne, le malheur lui-même est une fête et l'incendie un divertissement. Sur un visage insignifiant, même une égratignure semble un ornement. »

Ce qui m’a le plus frappé dans l’écriture, dans la narration de Gorki, c’est la sobriété des phrases ; le naturel des situations, voir même une certaine naïveté dans la violence omniprésente subit durant cette période. L’écrivain devenu n’a pas de ressentiment, pas de jugement, pas de reproche envers sa famille. Son enfance fut ainsi ! Elle a fait ce qu’il est devenu. Alors cette vie, le lecteur doit également l’accepter et poursuivre une lecture, phrase après phrase, coup après coup, sans aucune considération philosophique, en tentant de comprendre cette résilience. Spoiler(cliquez pour révéler)« ce qui étonne chez nous, , ce n'est pas tant cette fange si grasse et si féconde, mais le fait qu' à travers elle germe malgré tout quelque chose de clair, de sain et de créateur, quelque chose de généreux et de bon qui fait naître l' espérance invincible d'une vie plus belle et plus humaine. »

Y’a-t-il de la joie, de l’amour, une vie heureuse à percevoir dans ce livre. Oui, sûrement ? Les premiers souvenirs que nous confit Groki sur son histoire sont à Nijni-Novgorod chez ses grands-parents maternelles alors que l’on enterre son père et que sa mère semble l’abandonner. C’est dans ce vase clos qu’Alekseï fait l’apprentissage de la misère, de la haine, de la cupidité, de la cruauté. Il y a d’abord le grand-père, un homme tyrannique, violent, paradoxalement dévot aux icônes. Alekseï ne l’aime pas ! C’est pourtant avec lui qu’il apprendra à lire les psaumes et à écrire. Autre exemple d’une certaine affection, ce grand-père l’aidera à aménager un refuge dans un coin du jardin. Puis il y a ses deux oncles, belliqueux, faignants, alcooliques, réclamant leur part d’héritage, jaloux de leur sœur Varvara. Par eux, semble sombrer peu à peu l’ensemble de cette famille. Ainsi grandit Alekseï en subissant la désespérance de ses grands-parents, la férocité et la convoitise de ses oncles, et l'instabilité de sa mère. Il y a aussi quelques autres êtres comme Grigori, Ivan, Bonne-affaire, le père Piotr, tant d’autres « ombres » ; mais elles aussi s’évanouissent de la vie de l’enfant sans qu’il semble s’en émouvoir ! Heureusement, il y a la grand-mère, une femme superstitieuse mais tellement généreuse, affectueuse et formidable pour l’enfant. Elle sera pour lui la douceur incarnée dans ce monde de brute. Même si elle aussi, fait subir ses accès de colère et de méchanceté à Alekseï. Les contes, les légendes russes et les poésies populaires qu’elle lui raconte à volonté, vont adoucir les blessures de l’enfant. A travers ses histoire, elle guide cette « petite âme bleu » comme elle l’appelle, vers la lumière, vers la liberté d’esprit, pour survivre à cette vie terne et triste. Elle lui parle d‘un Dieu aimant, ami de la création. Elle lui raconte la vie de son père. Aussi grâce à l'amour de cette grand-mère, il ne se laissera pas dérouter par la folie qui l'entoure : Spoiler(cliquez pour révéler)« Avant de la connaître, j'avais comme sommeillé dans les ténèbres ; mais elle parut, me réveilla et me guida vers la lumière. Elle lia d'un fil continu tout ce qui m'entourait, en fit une broderie multicolore et tout de suite devint mon amie à jamais, l'être le plus proche de mon cœur, le plus compréhensible et le plus cher. Son amour désintéressé du monde m'enrichit et m'insuffla une force invincible pour les jours difficiles. »

J’ai apprécié la lecture de ce livre . Pas sur pourtant qu’un jour je lise la suite de cette autobiographie, même si j’ai une certaine curiosité à découvrir comment cette enfant a pu devenir l’écrivain et l’homme que l’on connaît aujourd’hui.

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