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Les matinées avec mademoiselle poisson
[...] souvent imprégné par l'inutilité des directions je me laissais porter ça et là et non forcément en avant au début de l'automne probablement en septembre je me demandais encore si oui ou non je m'encadrais dans un certain type de paysages et de vides je voyais les choses s'ajuster à la surface mais les sentais se repousser à l'intérieur et j'étais attiré par la splendeur des lignes vagabondes
Le caractère érotique de nos formes de base me fournissait le cadre d'une retraite en profondeur cette façon-là justement de vivre et ainsi de suite si je ne me trompe je commettais de temps à autre un pohème ce qui est à peu près la même chose bien qu'évitant délibérément de le faire d'accord la chose est discutable mais quant à moi les pohèmes m'ont toujours paru imbibés de quelque chose qui ne m'a jamais intéressé
[...] c'est pourquoi je préférais les balbutiements premiers non destinés à devenir pohèmes ni à agir en cette qualité-là du moins reflétaient-ils en grande mesure mes inclinaisons naturelles
[...] assis à même le plancher de ma chambre je comprenais les limites imposées de l'inadmissible leur signification strictement personnelle j'avais encore bonne mémoire et de ne me souvenais d'aucun
événement récent ou éloigné le silence coulait de moi comme une chlorophylle ou vice-versa il soulignait ma présence en réduisant à néant toute condition préétablie et témoignait de ma participation à un principe nouveau et bizarre dont les preuves n'avaient plus la moindre justification même négative en ces temps-là je portais un chapeau blanc et les sons aigus que j'émettais faisaient que l'on me suppose parfois des résidus émotionnels
(pp. 359 et suivantes)
Afficher en entierUn jour un chasseur étrange est venu à sa place il hochait la tête regardait le nid l'oiseau-mère m'a caché sous son aile dans leurs œufs les tout petits se taisaient frissonnants.
(p. 57)
Afficher en entierPareille à
Pareille à une vieille déguisée en coq l'anxiété nous rend sourds elle s'approche de nous et son ongle redoutable continue à pousser elle est depuis longtemps sur terre un être humain grandeur naturelle en général nos étreintes sont rapides mais ses idées trop effrayantes pour que je les prenne au sérieux je n'essaie et ni de les expliquer ni de les rattacher à ce qu'il faudrait j'accepte sa nature d'une inhérente géométrie nous faisons tout en fredonnant de petites expériences avec des éléments majeurs ensuite j'avale l'écho du jour pour éviter qu'ils ne me trouble
(p. 113)
Afficher en entierLe voyage au ciel des gens normaux
Quand je me suis acheté cette chemise délavée ils étaient encore jeunes ils sautaient très haut chacun d'eux s'en est acheté une du même modèle À présent leurs genoux ne tressaillent plus qu'en rêve et ils ont passé leur chemise aux chiffons quelques-uns courent le cachet un point c'est tout de temps en temps l'un d'eux se pend à une poutre d'auberge
Les autres hochent la tête persuadés que le temps finira par arranger ça aussi Ils attendent le voyage au ciel mangent des cerises posent les noyaux sur une soucoupe et tout est en règle
(p. 105)
Afficher en entierLa rive bleue
Dans la chambre parmi les journaux venus de régions lointaines doux animal homme merveilleux tu t'aimes assis sur le bord du lit les mains sur les genoux ou encore libéré de naître et de mourir tu caresses ta joue de pierre ponce jusqu'à ce que le soleil passe de l'autre côté près de la radieuse photo du gosse qui fait pipi sur une rive bleue
Alors tout revient tout se regroupe comme en un brouillard de feu où se refont les choses parmi les obscures plantations du hasard Tandis que tout près de là une femme étend avec soin les vêtements de son amant noyé et leur parle celle-là même qui te cherche dans les ossements noirs des vanesses
Et pendant que tu erres dans les brumes d'une forte virilité près des avirons oubliés sur la taupinière fraîche ou que tu regardes osciller les deux pieux fichés dans la berge ou qu'allongé sur le sol tu sens le vent couvrir ton visage de chardons venu on ne sait d'où une grande tristesse ramène le paysage lunaire de ses épaules lasses il n'y a plus de mots ses murmures se posent partout remplissent le silence déchiré par le cri du train ils sont l'eau qui demeure dans l'empreinte des pas depuis la dernière averse mais il suffit d'un bruit de clé dans la serrure pour te faire entendre le temps couler sans hâte le long de tes chaussettes humides ou la pesante respiration des racines et tu recommences à rêver à la rive bleue du bout du fleuve sur laquelle nous ruminons notre délaissement féerique
(p. 17 et 19)
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