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Extrait ajouté par Ilonna-1 2022-07-21T19:45:30+02:00

J'observe attentivement Moore, essayant de comprendre où il veut en venir. Est-il possible qu'il sache qui je suis? je dois désamorcer la situation.

- Pour être parfaitement honnête, dis je, je n'ai encore rien avalé ce matin et cette conversation commence à me donner la migraine.

- Pourtant elle n'est pas terminée, dit Moore d'un ton qui ne laisse rien présager de bon.

- De quoi voulez-vous parler ?

- Je veux que tu me dises la vérité sur qui tu es.

La vérité. C'est la même rengaine qu'avec Francisco soir. hier

- La vérité ? La vérité, c'est que je suis un gars qui veut faire partie de Camp Liberty.

- Pourquoi ? demande Moore en me scrutant de manière encore plus intense.

Je songe à nouveau au briefing pour ma mission, hier. avec Père et Mère, et au fait qu'ils disaient que je devais mettre en avant mes doutes, que c'est ce que Moore recherche. Habituellement, j'ai un peu de temps pour peaufiner mon personnage avant une mission, mais là je dois l'inventer au fur et à mesure, devant Moore.

Je m'imagine en Daniel Martin le garçon arrogant et je fouille plus profond, à la recherche d'une souffrance secrète qu'il chercherait à cacher sous de l'impertinence. - Peut-être que c'est parce que je veux m'éloigner de mes parents.

Cette phrase me surprend un peu.

- Qu'est-ce qu'ils ont de si mal tes parents?

-Ce sont des menteurs.

Moore opine de la tête, patiemment.

- Ils s'attendent à ce que j'obéisse aux règles mais les règles n'arrêtent pas de changer. Comment je suis supposé faire, moi?

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-02-07T12:00:18+01:00

J’en trouve une que je mouille et enroule autour de mon visage. Ce masque provisoire me permettra de tenir quelques secondes de plus.

Il existe une autre issue à l’arrière du cabanon, mais je suis prêt à mettre ma main au feu qu’elle est surveillée.

Je marque une pause, allongé sur le sol de la salle de bains, et j’écoute.

Aucun bruit de pas. Ils attendent que le gaz fasse effet.

Dans une opération de ce genre, c’est exactement ce que je ferais moi aussi. Après avoir sécurisé les issues du cabanon et introduit la grenade à gaz par la porte d’entrée, j’attendrais. Ensuite, je terminerais ma mission.

Mais c’est quoi au juste leur mission ?

Pas question de rester ici pour le découvrir.

La serviette humide sur le nez et la bouche, je me dirige non pas vers la porte de devant ni celle de derrière, mais vers un panneau de bois amovible qui recouvre une partie du sol de la salle de bains. Je parie que la personne qui a été chargée de la reconnaissance ignore son existence, car notre cabanon est le seul à posséder un tel passage secret. Il s’agirait d’un tunnel creusé par une des équipes lors d’une partie de paintball organisée dans le camp il y a quelques années. C’est ce qu’on m’a dit et c’est pourquoi j’ai précisément choisi ce cabanon. J’ouvre la trappe et me laisse tomber sur le sol humide et frais.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-02-07T11:58:55+01:00

Mon père.

J’ai douze ans et c’est avant que le Programme ne change à jamais le cours de ma vie. Mon père se tient à côté de moi, son bras chaud posé sur mon épaule.

Lorsque je suis éveillé, je ne pense pas à la mort de mon père. Mes sentiments sont alors profondément enfouis là où ils ne peuvent pas venir me déconcentrer. Mais quand je dors, les souvenirs affluent, accompagnés de l’incroyable douleur de sa perte.

Dans ce rêve, mon père a quelque chose d’important à me dire. Quelque chose qu’il doit absolument me faire comprendre, une chose cruciale pour ma survie.

Je m’approche de lui. Il ouvre la bouche pour parler.

Mais au lieu de sa voix, j’entends un petit bruit sec, un peu comme quand on décapsule une cannette de soda.

Je reconnais ce bruit. C’est le déclic d’une grenade à gaz. Je visualise dans ma tête la forme familière en métal surmontée de l’anneau de la goupille. On dégoupille une grenade et on la lance par terre où elle roule comme elle a été conçue pour le faire.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-02-07T11:58:43+01:00

C’est Peter. Lui aussi est stagiaire au camp. Il dort dans le cabanon à côté du mien. Je l’ai rencontré dès mon arrivée, il y a trois jours, et nous sommes immédiatement devenus amis. Une amitié instantanée, facile.

J’excelle dans l’art de me faire des amis. Ça faisait partie de mon cursus.

Ou, plus exactement, j’excelle dans l’art de faire semblant.

– Je t’ai vu sauter de la falaise, me dit Peter encore ému de mon exploit.

Je sors de l’eau et m’ébroue la tête.

– Pour moi, c’est une falaise, une falaise qui fait méga peur, ajoute Peter en levant les yeux vers le sommet des rochers.

– Tout te fait peur. Tu joues au foot avec un protège-dents, c’est pour dire.

– Et alors, si j’aime mes dents ? Tu ne peux pas m’en vouloir pour ça.

– Moi aussi j’aime mes dents, mais je n’ai pas peur d’en sacrifier quelques-unes pour la bonne cause.

– Quelle cause ? On n’est pas à l’armée ici, c’est juste un stupide camp de sport.

La cloche du réfectoire retentit dans le lointain.

– C’est déjà l’heure de dîner ?

– C’est la deuxième fois qu’elle sonne. C’est pour ça que je suis venu te chercher.

Deux sonneries. Il n’y en a que trois. Si on arrive après la dernière, on est privé de repas. Ils essayent d’imposer un peu de discipline aux jeunes du camp et, en tant que MEF, nous sommes censés donner l’exemple.

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Extrait ajouté par ilovelire 2016-02-07T11:58:32+01:00

L’eau est comme de l’encre couleur jade à peine agitée de vaguelettes qui viennent mourir en douceur sur la rive d’une crique tachetée d’ombres. Nous sommes en soirée, mais il fait encore chaud et je sais que l’eau sera fraîche ici dans cette partie du lac.

Fraîche et profonde.

Nous n’avons pas le droit de venir au lac, et encore moins de gravir les rochers et de plonger depuis leur sommet. Les responsables du camp estiment que c’est dangereux – à juste titre. Si l’angle de plongée n’est pas bon, on risque de taper là où l’eau est peu profonde et de se faire mal.

Ou pire. Se briser la nuque. C’est pour ça que cet endroit est strictement interdit.

Moi, je m’en fiche.

Ça fait trois jours que je suis arrivé ici – dans ce camp de sport pour garçons. Nous sommes dans le sud du Vermont, près de la frontière avec le New Hampshire. Je suis un MEF, un moniteur en formation. Du moins, c’est ce que tout le monde croit, c’est-à-dire les jeunes et les moniteurs qui ont certes fait ma connaissance, mais ne savent pas qui je suis, réellement.

Ils sont loin de se douter qu’un soldat se trouve parmi eux.

Je regarde l’eau en bas.

C’est dangereux de sauter d’ici. C’est ce qu’on dit. La plupart des gamins ont trop peur pour s’y risquer.

Pas moi.

Je saute.

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Extrait ajouté par bellajessica 2014-12-20T05:59:08+01:00

– As-tu déjà fait quelque chose que tu regrettais ? je demande à Peter.

Les mots sont sortis tout seuls de ma bouche.

– En voilà une question ! s’étonne-t-il.

Peter a seize ans, comme moi. Mais, lui, c’est un gamin tout ce qu’il y a de plus normal, qui habite en banlieue, qui est en première, qui croit tout savoir sur ce qui se passe dans le monde, mais qui n’a en fait rien vu.

J’ai seize ans, mais j’ai déjà vécu deux vies. J’ai vu des gens mourir. Et c’est moi qui les ai tués.

– Laisse tomber, oublie ce que je viens de dire.

En silence, nous marchons sur le chemin qui à travers la forêt mène au camp.

– Mon frère. Voilà ce que je regrette, dit-il soudain.

– Je ne savais pas que tu avais un frère.

– Il refuse de me parler.

– Vous vous êtes disputés ?

– Il se droguait. C’était il y a environ deux ans. Je l’ai découvert et je l’ai dit à mes parents. Maintenant, il est dans un internat à l’autre bout du pays, et je suis le gros connard qui l’a trahi.

– S’il se droguait, tu lui as peut-être sauvé la vie.

– Ouais, peut-être. Ou bien il ne faisait que traverser une phase et j’ai foutu sa vie en l’air. Difficile de savoir.

– Moi je crois que tu as bien agi.

– C’est ce que le psychologue scolaire dit aussi. Mais je ne sais pas. Si j’avais été réglo, j’aurais dû me taire.

Je regarde Peter. Je ne détecte aucun mensonge ni subterfuge. Il n’essaye pas de m’embobiner. Il raconte seulement son histoire, comme cela se fait entre amis.

– Et toi. Que regrettes-tu ? me demande-t-il.

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