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Le Temps (qui passe ?)

Livre


Description ajoutée par pierre-153208 2025-05-06T20:24:15+02:00

Résumé

L'heure qu'il est, le temps qu'il fait, l'espace du souvenir ou de la prévision : de quelque côté qu'on l'aborde, par le passé, le futur ou le présent, le temps s'échappe et nous fuit. Il est sans matière et pourtant nous habitons en lui, nous sommes emportés par lui, comme tout ce qui existe. Etienne Klein, à la fois physicien et philosophe, propose ici quelques pistes pour cerner la plus immédiate et la plus difficile de toutes les questions.

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extrait

Extrait ajouté par pierre-153208 2025-05-06T20:26:19+02:00

Le curieux titre que je vous propose est « Le temps » avec ensuite une parenthèse : (qui passe ?). Une des questions que je vais traiter est en effet celle de savoir s’il est bien vrai que le temps passe, et, si c’est le cas, de comment comprendre le fait qu’il passe. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je ferai plusieurs remarques relativement basiques à propos du temps. La première est que le temps est pour nous une sorte d’évidence, un être certes très particulier mais qui a la réputation de nous être familier, aussi familier qu’un animal domestique. Il est en apparence clair et limpide, c’est une réalité qui va de soi. On croit d’ailleurs le voir partout. Il est ici, et il est là, secret, silencieux, constamment à l’œuvre, dans cette feuille qui tombe, ce bébé qui naît, cet enfant qui grandit, ce mur qui s’écaille, cette bougie d’anniversaire qu’on souffle, cet amour qui pâlit, cet autre qui commence.

Le temps, c’est le « facteur temps » comme on l’appelle aussi, le facteur temps qui semble tout régenter. Il a l’air d’être en nous autant qu’autour de nous, présent dans les bons comme dans les mauvais moments.

De nos vies,

C’est l’âpre fumet.

Et c’est le parfum.

C’est l’âpre fumet de nos vies, du moins est-ce ce que nous pensons quand les choses ne vont pas trop bien. Et de nos vies c’est le parfum, du moins est-ce ce que nous disons quand les choses que nous vivons nous sont délicieuses. Or – chose curieuse que vous pourrez vérifier à tête reposée –, « C’est l’âpre fumet » et « Et c’est le parfum » sont deux expressions qui contiennent exactement les mêmes lettres, mises dans le désordre, qui sont aussi – coïncidence extraordinaire – les mêmes lettres que celles qu’on trouve dans le facteur temps... Ce sont ce qu’on appelle des anagrammes. Le facteur temps contient donc en lui-même, de façon secrètement entremêlée, une face joyeuse et une face sombre, un peu comme le facteur, le vrai facteur (celui qui distribue le courrier) qui apporte tantôt de bonnes nouvelles, tantôt de mauvaises nouvelles...

Mais il faut se méfier : le temps a beau sembler se montrer partout, il a beau sembler être sous-jacent à toutes choses, il ne se laisse vraiment voir dans aucune. Il reste enfoui sous chacune de ses apparences, sous chacune des manifestations auxquelles on l’assimile, qui du coup nous trompent peut-être sur lui. C’est là la grande originalité du temps : il demeure invisible, même aux rayons X, et ne daigne jamais se livrer comme un objet ordinaire, « empirique », un objet comme les autres. Mais même si nul ne l’a vu face à face et qu’il ne fait jamais signe, même s’il ne s’exhibe nulle part de façon directe, même si nous ne l’avons jamais vu en personne, en tête-à-tête, jamais senti non plus, ni entendu ni touché, nous ne cessons de parler de lui comme d’une vieille connaissance. Or il se pourrait bien que nous ne percevions en réalité que ses effets, ses reflets, ses œuvres, ses atours, qui nous illusionnent sur sa véritable nature.

Le mot temps, ce mot de tous les jours, n’a l’air de rien. En tout cas, il n’est pas très intimidant. D’ailleurs, chacun d’entre nous entend, comprend, de quoi l’on parle lorsqu’on parle du temps, et croit même le connaître intimement. Nul besoin d’être un grand philosophe, comme Aristote ou Emmanuel Kant, ou bien un grand physicien, comme Albert Einstein, pour s’autoriser à mettre en avant sa propre conception du temps, sa petite idée personnelle sur la chose. Chacun d’entre nous appartient à la condition humaine, chacun a son destin propre, une expérience à soi et cela doit suffire, pense-t-on, pour évoquer la question du temps. Et puis, un beau jour, au détour d’une réflexion, d’une lecture ou d’une rêverie, tout s’écroule : nous saisissons d’un coup que nous ne comprenons rien au temps, que celui-ci s’entremêle à tant d’autres notions délicates (mouvement, changement, succession, rythme...) qu’il se disperse en avatars de lui-même, et que sa familiarité apparente vient seulement de l’habitude, d’une sorte de routine langagière, et non d’une élucidation. En un éclair, nous découvrons l’opacité du temps, son mystère radical : car en réalité, qu’est-ce donc que le temps ? Est-il une substance spécifique, une chose d’une nature particulière, un être à part ? Ou bien n’est-il qu’un mot superficiel que nous plaquons sur le cours des choses ? Nous disons du temps qu’il s’écoule ou qu’il passe. Mais s’écoule-t-il ou passe-t-il vraiment ? Si oui, s’écoule-t-il ou passe-t-il de lui-même ? Ou bien l’impression que nous avons qu’il passe provient-elle, au contraire, entièrement de nous ?

Vous êtes jeunes, et même très jeunes, vous en avez de la chance. Mais comme vous n’avez pas encore eu le temps, par définition de ce qu’est la jeunesse, de faire de longues études, je voudrais vous dire des choses simples, au moins au début de mon propos, à propos de cet être en effet mystérieux qui s’appelle le temps.

Je commencerai par le commencement (je n’ai d’ailleurs pas le choix car le commencement est par définition ce par quoi on commence, même quand on commence par autre chose que le commencement...) : le temps est d’abord un mot de notre langue, un petit mot d’une seule syllabe, que nous avons d’ailleurs très souvent sur la langue. Il faut dire que c’est un mot fort utile, peut-être même indispensable que nous avons constamment besoin de l’utiliser. Comment pourrions-nous dire un événement, raconter une histoire, exprimer une émotion sans les configurer dans une trame temporelle ? Je sais bien que ce mot n’existe pas dans toutes les langues, mais en nos contrées, si nous supprimions le mot temps de notre vocabulaire, cela reviendrait certainement à nous coudre la bouche. Il suffit pour s’en convaincre de voir la place particulière, immense, unique qu’il occupe non seulement dans le langage de tous les jours, mais également en littérature et en philosophie, dans les sciences et dans la poésie, et aussi dans la chanson populaire, celle qui nous rappelle que la vie est brève, les amours éphémères et la mort certaine.

Reste que ce petit mot de temps ne dit rien de ce qu’est le temps. Son usage a beau être des plus fréquents, il ne mène à nul éclaircissement de la réalité qu’il prétend dénommer. En somme, il y a un écart entre le dire et le dit : ce mot ne nous dit pas ce qu’il dit. Il nomme, certes, mais ne dénomme point, au sens où il ne suffit pas de le prononcer pour que la réalité du temps se fasse aussitôt jour dans une sorte de lumière révélatrice. Dire le temps, ce n’est pas l’exhiber, ni même le montrer. Le temps n’est manifestement pas un objet au sens usuel du terme. Sa réalité est à l’évidence plus subtile que celle d’une table ou d’une chaise. Chacun d’entre nous a certes une vague idée de ce qu’est le temps, mais personne ne saurait dire « le temps, c’est ça ».

Si je voulais vous faire comprendre ce qu’est une brique, par exemple, je pourrais commencer par vous décrire sa matière, sa forme, sa couleur. Et si vous ne parveniez toujours pas à me comprendre, je pourrais prendre une brique dans ma main, la désigner du doigt et vous dire : « une brique, c’est cela ! ». Mais pour vous faire comprendre ce qu’est le temps, que pourrais-je bien mettre dans ma main ?

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Commentaires récents

Commentaire ajouté par pierre-153208 2026-01-07T17:11:27+01:00
Bronze

un très bon livre sur le temps qui ma répondu à beaucoup de mes questions que je me posais, et c'est un livre que j'ai emprunté pour moi le bac

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Date de sortie

Le Temps (qui passe ?)

  • France : 2013-01-31 (Français)

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