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Mes deux amis me regardent avec des yeux pétillants et un sourire en coin. À demi nue, ayant effectué une cavalcade dans les couloirs de notre hôtel de Vegas, il y a de quoi sourire. Pour eux !
– Alors, Willow ? m’interroge Emma. Nuit torride ? Ou câline ? Les deux, j’imagine… Tu sais que tu nous as impressionnés !
De quoi parle-t-elle ?
– Imagine, dit Nathan rêveusement, notre Willow a fini la soirée à danser sur les tables avec tous les bad boys de Vegas avant de faire exploser la banque d’un casino privé !
– Ou alors, tu viens nous annoncer que tu as gagné une fortune au poker ?
– J’aimerais bien, réussis-je à prononcer d’une voix peu assurée en me laissant tomber dans un fauteuil.
Tendue comme un arc, je rassemble mes vêtements en boule contre mon ventre, poings fermés, chaussures sur les genoux, talons pointés comme une herse face à moi.
Manquent plus que les baquets d’huile bouillante à déverser sur tout ce qui bouge et je serai vraiment parée à toute éventualité.
Les yeux noisette de Nathan aperçoivent mon geste. Avalant ma salive, j’essaie de lui sourire.
En réalité, je tente surtout de ne pas paniquer. Parce que cette nuit supposée formidable par mes amis n’existe pas pour moi. J’ai beau me forcer à convoquer des images, des sons ou des visages qui pourraient rentrer dans le cadre, mais rien.
– Faudra que tu me donnes ton truc pour séduire en moins de deux, ça a l’air dingue. Hop, un tour de piste et emballé ! continue Emma en s’étirant.
– En tout cas, après des débuts prometteurs, la fin de ta nuit a l’air de t’avoir mis la tête à l’envers, sourit gentiment Nathan.
C’est là que je comprends qu’il y a vraiment un gros problème : la présence du tatoué dans mon lit est manifestement pour mes amis l’aboutissement d’un processus logique, quasi chronométré, avec un début, un milieu et une fin plus ou moins prévisible.
Sauf qu’avant d’arriver à la fin, c’est-à-dire maintenant… il me manque toutes les étapes. Entre hier soir et mon réveil ce matin, rien, c’est le trou noir.
Afficher en entierJe n’ai aucune réputation à protéger. Sinon, mon estime de moi. Aussi, sans me presser, je regarde la carte de visite : « Tyler Monkov, agent artistique. New York » avant de la retourner.
Au dos, j’inscris mes nom et prénom, puis après un regard vers Nathan qui approuve d’un hochement de tête, je note l’adresse et le téléphone de l’association.
Je ne vais pas en plus lui donner mes infos perso !
– Et voilà ! Que votre petit génie du violon se débrouille avec ça… quand il aura cinq minutes pour divorcer !
Et après un sourire redoutablement hypocrite, je tourne les talons, suivie par Emma et Nathan hilares, subjugués par ma sortie théâtrale.
Mari d’un soir, bonsoir !
Deux secondes plus tard, Emma s’immobilise et se retourne pour lancer à Tyler Monkov, foudroyé au milieu du hall, jambes écartées et yeux exorbités par l’onde de choc :
– Ouais, et ton Yehudi Menuhin, il a intérêt à arrêter de gratter sa nouille et se bouger fissa pour que ça prenne pas trois plombes !
Afficher en entierJe regarde autour de moi, à la recherche d’un indice. La chambre semble vide. Aucun bruit ne provient de la salle de bains.
– Tu peux me dire comment c’est possible de se réveiller comme ça avec la bague au doigt au petit matin ? finis-je par dire.
– A priori, se marier est un truc qui se fait très facilement à Vegas, fait remarquer Aidan.
– Ouais, enfin, quand même. Et puis qu’est-ce que ces photos foutent sur mon téléphone ? persisté-je en faisant défiler une dizaine de clichés de ces putains de mains enlacées, croisées, dessinant un cœur.
Le cadrage est concentré sur les doigts, de sorte qu’on ne voit jamais les visages.
– En plus, le photographe est nul, ronchonné-je pour la forme, de plus en plus agacé.
Car en arrière-plan, je reconnais mon blouson, mon jean et ma ceinture à tête d’aigle : donc c’est bien moi. En revanche, je n’ai aucune idée de qui est cette fille.
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