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Liste des extraits

J’ai dû péter les plombs à un moment, je ne vois pas d’autre explication. Il me tardait de régner sur le chalet qu’on m’avait assigné – le Frangipanier. Huit petits lits (plus le mien dans une chambre séparée) installés dans une minuscule maisonnette en bois (heureusement dotée de l’air conditionné) équipée d’une kitchenette pour les en-cas sur le pouce et de sa propre salle de bains avec multiples toilettes et douches. J’étais allée jusqu’à suspendre une bannière sur le mignon porche d’entrée miniature astucieusement tendu d’une moustiquaire qui proclamait (en lettres tordues) : « Bienvenue, Frangipaniennes ! »

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— Ah, j’étais exactement pareille, lors de ma première année, a souri Ruth, suant la mansuétude. Il sera en pleine forme d’ici l’heure du dîner.

J’ai décidé de la croire sur parole. Avec une cruauté consommée, ses vieux l’avaient envoyée au camp de Wawasee à l’âge avancé de sept ans. Elle avait donc neuf ans d’expérience de plus que moi. De mon côté, j’avais consacré tous mes étés à Petit Joe, m’ennuyant comme un rat mort parce que ma meilleure (et quasi seule) amie était absente. Bien que je sois autorisée à dîner à l’œil et à volonté dans les restaurants familiaux avec qui je veux, je n’ai jamais été Miss Popularité. Sans doute parce que, pour reprendre l’admirable phraséologie de mon conseiller d’éducation, j’ai de « petits problèmes de comportement ».

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Bref, sérieux, de ma vie, je n’avais jamais vu un tas de gamins aussi geignards. Or des morveux, j’en ai fréquenté à la pelle, grâce à mon talent unique, spécial et tout le tralala. Et ceux-là… Permettez-moi de vous dire qu’ils valaient leur pesant de cacahuètes. Ils étaient tous en train de pleurnicher qu’ils n’avaient aucune envie de partir en colonie de vacances, qu’ils préféraient rester à la maison, j’en passe et des meilleures. À croire que la seule perspective de se séparer de leurs parents durant six semaines était une épreuve. Moi, si à l’âge de dix ans et quelques, on m’avait annoncé que j’allais vivre un mois et demi loin des miens, j’aurais réagi, genre : « Tope-là, mec ! » Pas eux. Sûrement parce qu’ils étaient surdoués. J’imagine… pour ce que je m’y connais, en surdoués… Ils aiment peut-être leurs parents, allez savoir.

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BIENVENUE AU CAMP DE WAWASEE OÙ LES SURDOUÉS SE RÉUNISSENT POUR JOUER DE LA DOUCE MUSIQUE

Voilà ce qu’elle proclamait.

Vous ne me croyez pas, hein ? Je l’aurais parié. Vous n’arrivez pas à croire qu’il a existé, dans l’histoire de l’humanité, une banderole affichant son idiotie avec autant de gloriole. Pourtant, je vous jure que c’est vrai. Et je suis bien placée pour le savoir : c’est moi qui l’ai peinte.

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J’ignore pourquoi je le fais.

Écrire tout ça, s’entend. Ce n’est pas comme si on m’y obligeait, après tout.

Pas cette fois.

Mais j’ai le sentiment que quelqu’un devrait garder une trace des événements. Quelqu’un qui soit au courant de ce qui s’est vraiment passé. Pas question de compter sur les Fédéraux. Oh ! Ils pondront bien un rapport, aucun doute. Sauf qu’il ne sera pas exact. À mon humble avis, c’est un récit authentique et factuel qui est nécessaire. Voilà pourquoi je m’y colle. Et puis, ce n’est pas la mort. J’espère seulement que, un jour, ma prose sera lue. Histoire que je n’aie pas l’impression d’avoir complètement perdu mon temps… comme c’est toujours le cas, en dépit de mes efforts.

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« Pas question de me rendre sans lutter cependant. Tant que la bouteille ne m’avait pas assommée, je résisterais. J’ai sauté et me suis accrochée au sommet de la clôture, me plantant des tonnes d’échardes dans les doigts au passage. Grâce à mon élan, je n’avais plus qu’à enjamber l’obstacle, et… le type a agrippé ma chaussure. La gauche. Il essayait de me ramener en bas.

— Pas si vite, sale gosse ! a-t-il grondé.

De son autre main, il a saisi la ceinture de mon jean. Visiblement, il avait laissé tomber sa bibine, ce qui était plutôt positif, finalement. À condition d’oublier que, dans moins d’une seconde, il allait me faire dégringoler de cette barrière, me jeter sur le sol et m’écraser avec un de ses panards monstrueux chaussés de godasses mortelles.

— Jess ! m’a hélée Rob, dans la ruelle.

Rapplique ! Ben voyons ! T’inquiète, mon pote, j’enclenche le turbo. Désolée pour ces précieuses minutes gaspillées, mais tu comprends, je me mets juste un peu de rouge à lèvres… »

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