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Prologue
Sunshine
Des aboiements et des bruits de branches qui cassent se rapprochent dangereusement de nous. À mesure de leur avancée, ma peur ne fait qu’augmenter, venant au passage amplifier les battements de mon cœur. Que va-t-il advenir s’ils nous rattrapent ? Mes yeux remplis de larmes, je le fixe sans parvenir à détourner mon regard.
— Cours ! m’implore-t-il, la mine affolée.
J’ai l’impression de vivre le pire cauchemar de ma vie, celui où je le perds une fois encore.
Il passe sa main tendre sur ma joue et me scrute sans fin. Son torse se bombe frénétiquement au rythme de sa respiration saccadée.
— Il faut au moins que l’un de nous deux s’en sorte et j’exige que ce soit toi, tonne-t-il, sévère.
Mes larmes coulent de plus belle à présent. Je ne veux pas le laisser ici. J’ai l’impression que mon cœur se brise au fur et à mesure que les secondes s’égrènent.
— Pars avec moi, je t’en supplie, imploré-je dans un sanglot.
Je tire sur sa manche pour l’inciter à me suivre. Il ne faut que pas que l’on se sépare, je suis convaincue qu’il existe un autre moyen, mais il campe sur ses positions.
Il se rapproche de moi et pose son front contre le mien. Nos souffles se mêlent.
— Tu sais aussi bien que moi que l’on ne peut procéder autrement.
Je tente une énième fois de lui faire entendre raison.
Les aboiements se rapprochent, il nous reste très peu de temps. Pas assez pour se dire au revoir.
— J’ai peur, lui avoué-je dans un murmure.
— Je vais m’en sortir, maintenant il faut vraiment que tu partes. Tu te souviens du point de rendez-vous ?
— Oui.
Il balaie mes larmes d’un revers d’index.
— Je te rejoindrai dès que je pourrai. Allez, maintenant fonce, ils sont tout proches, chuchote-t-il en se reculant.
— Promets-moi de ne pas te faire prendre !
— Je te le promets…
Je me détourne, le cœur aussi lourd que la pierre, et m’enfuis le plus vite possible. J’entends une voix masculine menaçante derrière moi.
— Il est là-bas !
Je stoppe net pour voir de qui il s’agit, mais il se rue déjà sur lui, lui assène un uppercut, suivi par un coup de pied dans l’entrejambe. L’homme tombe à terre et crie sa douleur.
Il me dévisage, l’air mauvais, et me hurle dessus :
— Cours ! Et ne te retourne pas.
Je détale au cœur de la forêt, mettant mes mains en avant pour me frayer un chemin à travers cet amas de feuilles dense. Certaines branches entaillent ma peau, mais je ne ralentis pas pour autant. Au bout deux minutes, alors que j’entends ceux qui me traquent se rapprocher dangereusement, je me faufile dans l’entrée d’une grotte naturelle. Je ne suis pas sûre que ce soit une excellente idée, mais je suis à bout de souffle. Il faut que je reprenne un peu de forces. Je pose mes mains sur mes genoux et baisse la tête. Ma poitrine monte et descend de manière effrénée, chassant trop rapidement l’air de mes poumons. Je suis dégoulinante de sueur. L’adrénaline pulse dans mes veines. Je suis convaincue que les sbires de William me tueront si je leur en laisse l’occasion.
— Regarde là-bas, beugle un de mes poursuivants.
Mon Dieu, je suis morte ! Je m’enfonce encore un peu plus dans l’antre et me colle à la paroi gelée, humide et râpeuse.
Je suis soulagée de constater qu’ils ne sont pas accompagnés des chiens, sinon j’aurais déjà été débusquée.
Je bloque ma respiration, mon cœur martèle si fort dans ma poitrine que j’ai l’impression que ce sont ses battements qui vont me mener tout droit dans ma tombe.
Un des deux types s’engouffre dans la grotte. Les cailloux crissent sous les chaussures de mon assaillant. Il se rapproche doucement, je perçois nettement le clic de son fusil qu’il vient d’armer. Je devrais peut-être penser à me signer, car là, j’ai l’intime conviction que ma fin est proche. Mais je refuse de baisser les bras et suis déjà en train de monter un scénario : lui sauter sur les épaules et tenter de lui reprendre son arme, lorsqu’une voix résonne contre les parois rocheuses.
— Igor, braille l’homme à l’extérieur. Fabrizio a mis la main sur quelque chose. Viens là !
— Mais…
— Pas de mais, oppose l’autre, les ordres sont les ordres.
Je distingue les pas s’éloigner et ma pression artérielle redescend aussitôt. Je déteste me sentir si impuissante. Je me demande ce qu’il est advenu de mon compagnon d’infortune. A-t-il réussi à leur échapper ? Est-ce qu’il a été arrêté ?
Toutes ces questions me tourmentent, me déchirent de l’intérieur.
Source : kobo.com
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