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Aurais-tu envie de vivre dans ce pays où les choses continueront à aller comme avant, où, si tu t'as soirs dans une pizzeria, tu as peur que ton voisin soit un indic des services, ou qu'il s'apprête à tuer un nouveau juge Falcone, et peut-être en posant une bombe juste au moment où tu passes par là ?
Afficher en entierGrasset, p. 24
« — Il n'est pas dit qu'être directeur signifie savoir écrire.
Il n'est pas dit que le ministre de la Défense sache lancer une grenade.
Bien sûr tout au long de l'année, nous discuterons du livre jour après jour, il faudra que vous y mettiez le style, le piment, mais les grandes lignes viendront de moi.
— Vous voulez dire que le livre sera signé par vous et moi, ou comme un entretien de Colonna avec Simei ?
— Non, non, mon cher Colonna, le livre paraîtra sous mon nom ; vous l'écrivez et vous disparaissez.
Vous serez, sans vouloir vous offenser, un nègre.
Dumas en avait un, pourquoi pas moi ? »
Afficher en entierLe malheur, c’est de ne pas se faire à l’idée : on continue à vivre persuadé qu’un jour ou l’autre on viendra à bout et des examens et de la thèse. Et quand on vit en nourrissant des espérances impossibles, on est déjà un perdant. Quand on s’en rend enfin compte, alors on se laisse aller.
Afficher en entierPremière rencontre avec les rédacteurs. Six, il semble que cela suffise.
Simei m'avait averti que je ne devrais pas aller courir à droite et à gauche pour faire des enquêtes bidon, il fallait que je reste toujours à la rédaction afin de noter les différents événements. Et voici comment, pour justifier ma présence, il avait commencé : "Bonjour, présentons-nous à tour de rôle. Voici le dottor Colonna, homme de grande expérience journalistique. Il travaillera à mes côtés - ce pour quoi nous le qualifierons d'assistant de direction ; sa tâche principale consistera à revoir tous vos articles. Chacun arrive avec ses propres expériences, c'est une chose d'avoir travaillé pour un journal d'extrême gauche et une autre d'avoir collaboré, disons, à La voix de l'égout, et comme (vous le voyez) nous sommes spartiatement peu nombreux, celui qui a toujours travaillé à la nécro devra peut-être écrire un article de fond sur la crise du gouvernement. Il s'agit donc d'uniformiser le style et, si quelqu'un avait la faiblesse d'écrire palingénésie, Colonna vous dirait qu'il ne faut pas et il vous proposerait une alternative.
- Une profonde renaissance morale, avais-je dit.
- Voilà. Et si quelqu'un pour qualifier une situation dramatique, écrit que nous sommes dans "l'oeil du cyclone", j'imagine que le dottor Colonna sera assez avisé pour vous rappeler que, d'après tous les manuels scientifiques, l'oeil du cyclone est le seul endroit où règne le calme, alors que le cyclone se développe tout autour de lui.
- Non, dottor Simei, suis-je intervenu, en ce cas je dirais qu'il faut précisément employer oeil du cyclone car peu importe ce que dit la science, le lecteur l'ignore, et c'est précisément l'oeil du cyclone qui lui donne l'idée qu'on se trouve en pleine tempête. C'est ce qu'il a appris par la presse et la télévision. Et le voilà convaincu qu'on dit süspens, à la française, et management, alors qu'on devrait dire sespèns (et on écrit suspense et non suspence) et mànagment.
- Excellent idée, dottor Colonna, il faut parler le langage du lecteur, pas celui des intellectuels qui disent "oblitérer" le titre de transport. D'ailleurs, il paraît que notre éditeur a proclamé une fois que les spectateurs de ses chaînes de télévision ont une moyenne d'âge (je parle d'âge mental) de douze ans.
Afficher en entierUn soir, elle m'avait montré un petit journal d'annonces matrimoniales. "Ecoute un peu ces merveilles, m'a-t-elle dit, j'aimerais les publier avec leur interprétation.
- Ce qui veut dire ?
- Ecoute : Bonjour, je m'appelle Samantha, j'ai 29 ans, diplômée, femme au foyer, je suis séparée, sans enfants, je cherche un homme gentil mais surtout sociable et enjoué. Interprétation : Je vais sur les trente ans et, après que mon mari m'a larguée, avec mon diplôme de comptable obtenu à grand-peine, je n'ai pas trouvé de travail, et maintenant je reste chez moi toute la journée à me tourner les pouces (je n'ai même pas de gamins pour m'occuper) ; je cherche un homme, même s'il n'est pas beau, pourvu qu'il ne me cogne pas comme ce connard que j'avais épousé.
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