Les commentaires de Domnik
« Vengeance », un pareil titre ne peut laisser indifférent. Nous nous attendons à trouver du suspense, des tensions, une intrigue serrée et palpitante, et nous trouvons tout cela dès le début et jusqu’à la fin inattendue et émouvante. Et pour tout cela, Jean-Jacques Zeis nous plonge dans la Chine impériale du XVe siècle, au cœur de Pékin, la cité impériale.
Sans difficulté nous y entrons, conduits par l’auteur au milieu de ses personnages. Nous assistons, comme si nous y étions, aux coutumes de l’époque, au mode de pensée, aux traditions inébranlables, à l’importance accordée aux dieux. Et nous comprenons mieux, Confucius et le taoïsme.
Mais de quoi s’agit-il dans cette histoire ?
Le juge Zheng et son ami Wang, chef de la police, traquent un criminel. Cet homme, c’est Tchang, dont le passé explique le présent en cette suite d’assassinat, telle une mission qui fait à ses yeux de lui un justicier, S’alternent alors les meurtres que Tchang se doit d’accomplir et, avec toujours un temps de retard par rapport à ce que nous savons, l’enquête que mènent conjointement le juge et le chef de la police.
Nous accompagnons Tchang dans la préparation, l’excitation et l’attente, parfaitement décrites de ses crimes. Durant leurs voyages en palanquin, nous suivons les deux enquêteurs dans et autour de la ville impériale, ponctués de leurs réflexions, de leurs dialogues parfois plaisants, parfois intenses dans leurs interrogations et déductions.
Mais l’auteur sait aussi nous offrir des moments de répit, de douceur, avec l’évocation des belles rencontres passées de Tchang, ou du jeune orphelin que le juge a pris sous son aile, ou encore de la naissance de l’idylle entre le chef de la police et la ravissante Min Min rendue avec une exquise délicatesse.
Un excellent roman d’une grande originalité !
Afficher en entierLors d’une halte auprès d’un arbre dans une forêt où elle fait son jogging, Sylviane, une jeune femme, perçoit une voix qui semble lui parler... Entendrait-elle des voix ? Non, une seule ! Elle provient d’un arbre, un arbre qui lui parle ! Elle s’exclame : « Mais... mais... mais les arbres ne parlent pas ! Enfin... » Et l’arbre de lui expliquer : « Eh bien, ils parlent à ceux qui croient en eux. Ils parlent à ceux qui les respectent. Ils parlent à ceux qui ne les voient pas uniquement comme une matière utile, dirons-nous. Ils sont vivants, comme vous l'êtes, vous les humains ! »
Sylviane et Albero - qui veut dire arbre en italien - font alors connaissance. La jeune femme revient bientôt régulièrement auprès de l'arbre où il s'ensuit des conversations dans lesquelles Albero raconte la nature, les humains et tout ce qu’il a vu en ses 300 ans d’existence.
Il fait aussi découvrir à Sylviane que les végétaux ont leurs propres réseaux, entre eux, rayonnements souterrains qui les font communiquer alors qu’ils peuvent se trouver à des kilomètres les uns des autres !
Sylviane parle aussi d’elle-même, de son avenir, de ses désirs, et Alberto la conseille car « L’harmonie, c’est important. Celle de l’esprit, celle du cœur, pour obtenir celle du monde ! » Sylviane, dont le prénom évoque la forêt et qui l’aime, tout comme la nature qui lui apporte tant ! Mais la vie n’est pas toujours rose. Et quelque chose de sournois se profile pour l’un comme pour l’autre...
Tendre, écologique, pédagogique, humaniste, poétique, voici un hymne à la nature à travers le personnage d’un châtaignier qui se déploie en une écriture simple pour s’adresser à tout le monde, y compris et peut être surtout aux enfants.
Et comme on aimerait voir cette pièce jouée sur scène avec musique et chants d’oiseaux ! Un jour, c’est certain ! À noter, le texte est agrémenté de magnifiques aquarelles de l’autrice illustrant l’histoire de Sylviane et de son châtaignier.
Afficher en entierAvec ces trois courts romans, sous le titre de « Mystique » (tome 1), Raph’K nous invite à visiter un univers où le surnaturel aime se jouer des personnages, les intriguer, les saisir d’effroi et les précipiter dans l’horreur.
J’avais autrefois apprécié les histoires contées par Allan-Edgar Poe ou Marie Shelley avec son Frankenstein, ou encore Alfred Hitchcock, par sa caméra comme par sa plume. Ici, nous sommes confrontés non seulement à des événements qui échappent à la réalité que nous connaissons, mais encore à toutes sortes de croyances et de superstitions qui plongent les personnages dans l’incapacité à vivre leur vie, à aimer, à être heureux. Et en cela, la religion « classique » n’y est pas pour rien non plus.
Ralph nous confie dans une courte préface que ses récits tiennent pour beaucoup de son vécu personnel et de ses observations de celui des autres, empreints de fiction et de romanesque. Dans le premier récit, le plus long : « Initiation », un tueur, vêtu de latex de la tête aux pieds, s’en prend particulièrement à la communauté étudiante qu’il traque dans des coins isolés. Tueur en série mais sans critère apparent ? Règlement de vieux comptes ? Le dénouement est absolument spectaculaire !
Le deuxième récit, qui se clôt par un troisième de quelques pages inattendues, a emporté toute mon adhésion avec un sujet fort et édifiant : l’emprise d’un être sur un autre et, en filigrane, les manifestations très variées d’une entité... S’en prend-elle au bourreau ? Défend-elle la victime ? Et pourquoi ?
J’espère avoir su vous tenter pour la lecture de cet ouvrage atypique dont je vais aborder avec un intérêt encore accru le tome 2, récompensé par le Prix International du Roman Gay 2025, dans la catégorie Roman de Fantasy.
Afficher en entierQui est donc Maxime Leroy, cet homme apparemment bien sous tout rapport, beau de surcroît, qui secrètement porte en lui un criminel qu’il nomme « Blue Frog », la grenouille bleue, qui peut devenir aussi « Blue Toad », le crapaud bleu, pire que la grenouille.
Est-il aussi habité par un ange, cet ange sans visage avec lequel il dialogue souvent ?
Quatre personnalités en une ? Ou bien Maxime est-il abusé par un autre… cet autre qui est indépendant de lui et cherche à lui nuire ?
« La grenouille et le papillon » ce n’est pas seulement un polar, c’est aussi une romance comme semble vouloir l’indiquer le titre. Car ce joli papillon n’est autre que Sébastien, un inspecteur de haut rang à la crim’ qui, le soir venu, se transforme en papillon dans un cabaret où, sur scène, se produisent des drag queens dont il fait partie. Tout ce que déteste Maxime, notre tueur sans merci qui n’a jamais encore su aimer, et n’a vécu qu’avec sa brave chienne, la douce Frisquette.
Alors oui, nous sommes si étonnés et curieux de cet étrange Maxime qu’on enchaîne les chapitres sans reposer le livre. Si surpris aussi que, malgré leur extrême différence, Maxime et Sébastien s’attirent irrépressiblement. En détresse maximum lorsque surgit devant nous un personnage que vraiment on ne s’attendait pas à voir…
L’auteur nous égare à loisir dans des directions auxquelles on croit mordicus. Sauf que…
Vous l’aurez compris, j’ai aimé ce roman, il est très prenant, varié dans ses thèmes et fort bien écrit !
Et pour finir quelques phrases qui m’ont particulièrement plu :
« Le genre est avant tout une question d’état d’esprit. »
« Le sourire de Sébastien ironisait ses paroles. »
« Les hétéros n’ont pas à justifier constamment leurs amours. Les gays, si. »
« Il (le geek) avait une vie sociale, mais sans doute pas avec des humains. »
« La vie n’est pas facile quand on est un garçon joli comme une fille jusqu’à 16 ans. »
Et à propos du mot « homosexuel » : « J’ai parlé plus tôt de “nature affective”. Cela rapporte les choses à l’affection pour quelque chose. Aimer. La langue française est assez riche pour que l’on puisse dire les choses avec nuance. »
Afficher en entier« Ce monstre... qui m’a dévoré » : un livre-témoignage absolument bouleversant, avec des passages très durs, d’autant plus difficiles à lire que l’écriture de Federico Ariu est telle qu’il fait vivre au lecteur ce qu’il a vécu !
Un début vraiment "hallucinant" : dès le premier chapitre, on entre dans le tourbillon infernal de la drogue dure, injectée, et de ses effets impensables sur le corps, celui de l’auteur, qui raconte. Une scène apocalyptique dont nous apprendrons par la suite ce qui lui a valu d’en venir à ces extrémités : « La décharge fut si violente qu’elle effaça la fatigue et rétablit l’urgence : la rage, la vitesse, la compulsion pure. Le corps n’avait plus de frontière : il n’était plus qu’une performance à livrer ».
Au fil des pages, nous traversons des lieux de vie, des rencontres de passage ou plus durables sans vraiment durer, des personnages éphémères et attachants, comme Maria la voisine ou l’oncle Mario, des souvenirs heureux ou malheureux, le tout entrecoupé de la vision, fugitive d’abord, de ce William. William, un être ténébreux, fascinant et terrifiant à la fois contre lequel Federico, tel un papillon à la lumière d’une lampe, va se laisser prendre, le laisser s’emparer de lui, se laisser brûler. William, c’est la perversion narcissique incarnée, ce fléau, une horreur qui justifie parfaitement le titre : « Ce monstre... qui m’a dévoré ! ». Le fait de savoir que tout cela est vrai ajoute à l’empathie que nous ressentons à lire ce témoignage bouleversant.
Dans une pause à la moitié du livre, Federico s’adresse aussi à ce lecteur, à cette lectrice, qui peuvent comme lui se trouver un jour en butte à l’emprise d’un pervers narcissique, pour les mettre en garde et leur dire, d’après sa propre expérience, ce qui peut se produire. Il nous dit : « Et plus j’écris, plus je mesure à quel point j’ai encaissé, supporté, accepter l’inacceptable, à quel point j’ai laissé faire en pensant que ça finirait par s’arranger, que tout ça n’était qu’une mauvaise passe, une erreur de parcours, une folie temporaire. (...) Je me rends compte aussi que je comprends, maintenant, ces femmes battues, ces hommes sous emprise, tous ceux qu’on juge sans jamais essayer de comprendre pourquoi ils restent, pourquoi ils reviennent, pourquoi ils pardonnent. »
Et si c’était à refaire, Federico le referait-il : « Je ne regrette rien de ce qui m’est arrivé. Chaque événement, chaque épreuve, chaque chute avait un sens, tout ce que la vie m’a infligé. Elle me l’a offert aussi pour une raison précise, me faire grandir, me faire comprendre, me rendre responsable de ma propre existence. »
Enfin, il y a eu ce sauveur, Raphaël, que personnellement je connais aussi, tout comme je connais l’auteur : « Au loin, Raphaël nageait dans la piscine. Le soleil couchant dessinait sur l’eau des reflets d’or et de cuivre. Il s’est retourné m’a souri, et dans ce sourire, j’ai vu tout ce que j’avais cherché pendant des années : la paix, la confiance, la simplicité d’un amour sans peur. Le passé appartenait enfin au passé. Et pour la première fois depuis longtemps, j’étais vraiment vivant. (...) Aujourd’hui, je ne cherche plus à fuir le passé, j’avance, enfin libre, avec celui que j’aime - vers une vie où la peur n’a plus sa place. »
Et toujours proche de son lecteur, sa lectrice, et de ce qui a aussi pu être enduré : « Un jour, vous trouverez la force de dire non, de partir, de respirer à nouveau. Et ce jour-là, tout commencera vraiment - votre vraie vie, la vôtre, pas celle qu’un autre a tenté de vous voler. À ceux qui doutent encore, qui croient que tout est perdu, tenez bon. Il y a toujours un après, même quand on ne le distingue pas encore. »
Enfin, je voudrais dire que les pages 176 et 177 sont parmi les plus belles que j'ai lues sur l'amour d'un chien et de son maître en retour, la tendre Jessie qui l’a tant soutenu en l’accompagnant sans faillir dans cette descente aux enfers.
Un livre édifiant, poignant, nécessaire. Merci, Federico, d’avoir pu l’écrire, de l’avoir écrit.
Afficher en entier« Et tu élèveras ton regard vers les hauteurs », un court récit de Jean-Philippe Fresnoy, d’une grande intensité. De quoi s’agit-il ?
Un enfant, Petit Paul, onze ans, vit seul avec sa maman adorée, Épiphanie, infirmière de nuit. Mais un jour, en rentrant de l’école, il la découvre au lit... morte.
Sans père, il avait appris « à se débrouiller par ses propres moyens et faire preuve de résilience. Car le destin qui ne fait jamais les choses à moitié, voulu qu’aucun parent, qu’il fût proche ou éloigné, ne se souciât de son avenir. » De l’avenir de ces deux êtres transparents, même aucun voisin ne s’intéressait : ils vivaient en marge de toute vie sociale.
Les denrées stockées dans le frigidaire donnaient à Petit Paul de quoi tenir toute une semaine sans sortir, en compagnie de sa maman dans la chambre mortuaire. « Il ne craignait pas la mort, persuadé qu’elle n’était qu’une porte ouverte sur un monde meilleur, où tous ceux qui s’étaient aimés allaient enfin se retrouver pour ne plus se quitter. »
Personne ne se rendra compte de son absence à l’école : les vacances de Pâques viennent de commencer. Coupant le téléphone, l’enfant s’isole de tous et de tout. Ainsi s’enchaînent les jours, donnant le titre de chacun des chapitres. C’est « mercredi » que l’enfant fait un cauchemar terrifiant : qu’est-il arrivé à sa mère dans sa jeunesse ? Un tiroir pour la première fois ouvert, non sans scrupules, lui montre « un amas d’enveloppes jaunies par le temps » et dedans des lettres, beaucoup de lettres. En apprendra-t-il plus en quelques heures de lecture qu’en onze ans de sa vie ?
« Vendredi » : « Je reviendrai demain ! », crie l’huissier en tambourinant à la porte. « Il y a longtemps que nous ne serons plus là », pense petit Paul. Où l’enfant et sa maman seront-ils donc ?
« Samedi » : Petit Paul tire « tous les doubles rideaux de l’appartement, plongeant ce dernier dans une atmosphère de veillée mortuaire ». Que se passera-t-il dimanche ?
Un court récit d’une grande intensité, surprenant, attendrissant, effrayant, émouvant et... poignant. Peut-être celui que je préfère de tous ceux que j’ai lus de Jean-Philippe Fresnoy, un auteur atypique, à découvrir absolument !
Afficher en entierCette « Lettre ouverte à ma mère », ouverte pour nous, lecteurs, n’en est pas vraiment une. Philippe l’adresse à cette maman qui, en ne se réveillant pas de son sommeil, a condamné son fils à exister... sans elle, donc « à la peine capitale », avec le seul espoir de « retrouvailles d’outre-tombe ». Un espoir qui sans doute lui permet de vivre encore un peu, mais, lui avoue-t-il : « Du Mal d’Amour au Mal de Mère, je vomis cette existence qui m’a exposé à la perte de l’Être qui m’est le plus cher : Toi ! »
Dès sa naissance, Philippe a eu la peur constante de perdre sa mère qui est tout pour lui, redoutant ce moment à mesure que s’écoulaient les années, et surtout à cause d’un déclin cognitif irréversible et de la pandémie qui l’a touchée. Cette pandémie qui lui a ravi son père d’abord, puis cette maman adorée. De tout cela si insupportable à vivre, il reste à Philippe Billie, cette petite chienne teckel qu’il avait offerte à sa mère, seul lien désormais avec elle. Billy, aujourd’hui âgée, qui « elle aussi est en deuil ».
Alors, dans cette longue lettre, sur vingt pages, il y a le fil des dernières années à la maison, ensemble, puis à l’EHPAD, séparés. Il y a les souvenirs émouvants ou parfois drôles, les regrets que Philippe exprime pour « ces sentiments qui n’ont jamais franchi le seuil de mes lèvres. Mais que tu aurais tant aimé que je verbalise. » Il y a le pardon demandé pour avoir parfois été impatient...
Une lettre qui est l’expression rare d’un amour filial immense, inconditionnel, un amour qui n’arrive à se déclarer qu’après la mort de l’Être aimé.
Vous l’aurez compris, ce texte est d’une authenticité bouleversante, et le lecteur ne peut, à son tour, qu’en être bouleversé.
Afficher en entierUne nouvelle primée dont la fin est paroxystique.
Passant de « il » (Alexandre) à « je » (le narrateur), Jean-Philippe Fresnoy fait dans cette œuvre courte le déroulé d’une cinquantaine d’années d’une vie qui se développe devant nous, à travers un écrit appelé « journal de mort », qu’Alexandre est en train de rédiger, et que peut être un éditeur voudra bien publier, mais sans doute trop tard pour son auteur...
À la terrasse des Marronniers, Alexandre écrit. Il écrit sa vie, des fragments de regrets, d’inaptitudes, de ratages, de quêtes inassouvies, une vie dont il est seul responsable, dont les choix n’ont tenu qu’à lui : « La vie me fut donnée comme un cadeau, je la reçus tel un fardeau. »
Il s’explique, il explique pourquoi la seule issue sera de convoquer la mort, de se débarrasser de ce « cadeau empoisonné » qu’a été sa vie pour enfin cesser de « s’intoxiquer de rêves inaccessibles » ou bien simplement pour « régler ses comptes avec lui-même ». Rêves inaccessibles et jamais matérialisé, comme celui avide de laisser croître le germe de « la passion, cet état excessif et incandescent où l’on brille et brûle de mille feux, où la raison vole en éclats durant une période aussi brève qu’intense ». Mais cet « autre » qu’on idéalise peut-il même exister, si encore le narrateur parvient jusqu’à lui dans cette : « Incapacité affective à aller vers l’autre, cet autre dont je rêvais que j’idéalisais au point d’en faire un être d’exception et qui, par conséquent, n’existait pas et que jamais je ne rencontrerai. »
La mort sera-elle au bout du chemin ? Les dernières pages sont paroxystiques.
Une nouvelle primée de Jean-Philippe Fresnoy, une cinquantaine de pages qu’on ne peut lâcher, qui laissent atterré. Je n’ai jamais rien lu de tel !
Afficher en entierSe peut-il que d’une photo apparaisse une personne qui engage un dialogue avec celui qui la regarde, qui l’aime, qui pleure sa disparition? Peut-être... Ainsi, Philippe regarde-t-il sa mère sur tous les murs de sa demeure, en photo, jusqu’à ce qu’elle se présente à sa porte dans un couffin en tant que bébé de 8 mois !
Et C’est alors le fils qui prend soin de sa mère, Madeleine, Mado, redevenue enfant, comme elle a pris soin de lui lorsqu’il était petit. Une histoire fantastique ? Surréaliste ? Rêvée ? Et qui sait, peut-être devenue réelle à force d’être rêvée ? Un bref retour parmi les vivants d’une mère qui manque trop pour donner à ce fils encore le goût de vivre, avant de retourner dans son urne funéraire pour qu’il ne désire plus ardemment l’y rejoindre.
Et c’est un long dialogue qui va s’instaurer entre ces deux êtres qui, alors, se disent ce que jamais ils n’ont pu se dire. Entre eux et si proche d’eux, cette petite chienne teckel, Billie, qui fait de son beau regard aimant la couverture du livre. Et à l’intérieur la photo - réelle autant que celle de Billy - de cette maman, Mado, qui emplit de son nom le titre de l’œuvre, sa photo lorsqu’elle avait 8 mois...
Et pour moi, la toute dernière phrase de ce texte bouleversant reste la plus belle.
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« Les nuits félines »... voici une histoire improbable et d’une grande originalité !
Manuel vit seul avec son chat adoré, nommé Angelo, jusqu’au jour où il apprend qu’un vétérinaire peut transformer un animal... en humain ! Pour tromper sa solitude, Manuel, d’abord incrédule mais tenté, se lance dans l’aventure. Son chat devient alors un beau jeune homme et garde son nom, Angelo.
Mais Angelo s’avère être un piètre compagnon dans son corps d’humain. Livré à lui-même, il se montre très vite ingérable. Il continue en effet à se comporter comme un chat, faisant honte à son maître dans des scènes loufoques et cependant très crédibles pour qui connaît bien les comportements de ces félins.
Les réflexions du matou, lequel est capable de parler, notamment sur les manières humaines et la société, sont cocasses et très savoureuses, souvent non dénuées de bon sens. Mais ce qui relie un chat à son maître reste-t-il possible et inchangé lorsque ledit chat entre dans le corps d’un humain, aussi beau et charmeur soit-il ?
La narration, dans son humour déjanté et son apparente légèreté, un brin surréaliste, est majoritairement portée par une écriture fine et délicieusement ironique, notamment en des dialogues enlevés et chamailleurs.
Cependant, c’est aussi l’occasion pour Manuel d’évoquer son passé difficile, moments intenses et réalistes qui nous emmènent ailleurs et donnent au récit toute sa profondeur en nous rapprochant du narrateur. De même, des réflexions très bienvenues sur la « différence ».
Conclusion à méditer à laquelle nous invite l’auteur et qui peut ainsi se résumer : mieux vaut il transformer un humain en ce que l’on voudrait qu’il soit ou l’accepter tel qu’il est ?
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