Les extraits ajoutés par Isa-aura
Au bout de la longue allée jonchée de crevasses que la pluie remplissait de ses lourdes gouttes fraîches se tenait un homme. Sa position voutée, ses vêtements sombres, ainsi que la capuche enfoncée sur sa tête, le faisaient ressembler à un vieillard vagabond. Il observait la pluie recouvrir la vieille pancarte en bois où se lisait difficilement « Little-Castle ». De quelques pas maladroits, il pénétra le domaine sous le bruit incessant des camions, conduits à folle allure sur cette grande route, éclaboussant les accotements sans retenue.
Gauche, il se prit à plusieurs reprises les pieds dans ces flaques profondes que les ténèbres s’étaient, semble-t-il, appropriées. Son regard se perdait facilement dans ces trouées sinistres, comme s’il s’attendait à en voir sortir le diable en personne.
Devant le perron de la porte d’entrée, il stoppa sa démarche enivrée. Il posa sa valise sur le sol détrempé, puis de sa main droite, retira de la poche intérieure de son imper une petite flasque. D’un geste bref, il leva sa main en direction de la maison, en guise de salutation respectueuse.
« C’est de nouveau entre toi et moi maintenant, marmonna-t-il entre ses dents. »
Une longue gorgée accompagna son toast.
Afficher en entierChapitre 1
En parcourant la grande avenue tôt ce matin, Kenneth semblait absorbé par ses pensées. Observateur de cette ville devenue de plus en plus sordide par la désertion progressiste de ses derniers habitants, il ne s’était pas réellement rendu compte, depuis qu’il avait emménagé ici, à quel point la plupart des commerces de cette rue fermaient petit à petit. Ce ne fut que lorsqu’il voulut s’arrêter dans la quincaillerie du coin pour acheter de nouveaux cadenas pour sa grange, qu’il se rendit compte que celle-ci était désormais fermée. S’arrêtant tout de même sur le parking, son regard se porta sur Mike Petérit, le vieux gérant de l’épicerie. Il gara sa voiture sur la seule place libre, qui n’était encombrée par nulle poubelle. Richard Moneroe, l’unique éboueur, étant souffrant depuis deux semaines, les ordures s’amoncelaient çà et là en tas de montagnes puantes. Kenneth passa la porte du magasin, le tintement aigu ordinaire à la sonnerie se fit étrangement grave et saccadé. Il attrapa une brique de jus de fruits dans le frigo ainsi qu’un paquet de cookies avant de passer en caisse.
— Bonjour Mike.
— Bonjour Kenneth.
— Moneroe est toujours malade ?
— Je ne suis pas vraiment certain qu’il reprenne son poste. Le cancer va le bouffer.
— Le maire devrait lui trouver un remplaçant.
— Il faudrait déjà que quelqu’un remplace le maire.
— On dirait que la ville devient une ville fantôme.
— Et personne ne semble s’en inquiéter, une si paisible ville…
Afficher en entierPrologue
Les ténèbres de la nuit dissimulaient ses pas maladroits du reste des passants, furtif comme une ombre, le spectre malveillant passait inaperçu dans cette foule baignée de joie. Au-delà de sa démarche frénétique, une aura sombre l’enveloppait le consumant dans une discrétion totale, n’attirant nullement le regard d’autrui sur cette frêle silhouette.
La hache plantée sur son crâne, diminuait le flux de sang qui découlait de sa plaie ouverte. Il s’était pourtant dit que c’était un bon choix pour mourir, qu’il ne pourrait se rater… Lorsqu’il tituba un peu plus en amont de la foule, regroupée à l’occasion de ce jour d’Halloween, ce fut seulement là que, ce qui apparaissait être déguisement devint alors limpide aux yeux de tous.
Afficher en entierMon rêve s’achevait, tandis que je sentais une main caresser mon front avec une délicatesse tremblante. Allais-je pouvoir enfin voir son visage ou simplement ses yeux ?
Je n’eus malheureusement pas la réponse, me réveillant en sursaut à ce même instant.
Un homme, de taille moyenne, châtain aux yeux bleus, se tenait là au milieu de ma chambre, il avait laissé tomber un porte-document en acier sur le sol carrelé.
— Mademoiselle Ford, je… Je m’appelle James. Je suis votre nouveau coach personnel.
Arg… J’avais totalement oublié que la docteure Hemryse et le docteur Sterau avaient décidé de mon sort la vieille.
— J’ai été appelé pour travailler sur votre rééducation, poursuivit-il en voyant que je ne réagissais pas. Je remplace John et Émilie, même si vous n’avez pas réellement eu affaire à leurs services.
Toujours à moitié endormie, dans un profond mutisme, je ne réagis pas.
— Je suis ici pour faire mon job, mademoiselle Ford, et pour aider mes patients à aller mieux, même les plus récalcitrants. D’une façon ou d’une autre, nous formerons une équipe et je veux que nos résultats s’améliorent.
Il m’exaspérait déjà à me fixer ainsi. Je levai les yeux au ciel en me laissant retomber dans mon lit, tout en me recouvrant de ma couette avant de lui répondre enfin, de mauvaise humeur :
— Il est sept heures du matin !
— En effet, je vous laisse vingt minutes pour vous préparer. Je vous retrouve à la cafétéria.
Mon comportement antipathique n’aida sûrement pas à commencer notre collaboration du bon pied, mais je détestais être réveillée en sursaut. Le regardant quitter la pièce, d’un pas hésitant, mon dossier entre les mains, je me levai péniblement, tout en me traînant, en fauteuil, jusqu’à la petite salle de bain où je ne pouvais guère me glisser, comme chaque matin, sur cette chaise médicale qui me permettrait de prendre une douche décemment. Christelle n’étant pas là pour assister mes gestes fébriles. Je n’avais que, pour seul recours, ce petit lavabo pour une toilette rapide. Après ce moment de détente expéditif et tout de même fort contraignant, j’enfilai une tenue de premier choix : sous-vêtements de sport et jogging du centre, avant de rejoindre cet importun qui n’avait même pas pris la peine de me demander si j’avais besoin d’aide pour descendre. J’espérais que ce ne serait pas lui qui s’occuperait de mes soins infirmiers. Car, si c’était le cas, ils avaient bel et bien trouvé un moyen radical de me faire bouger. Mon esprit irrité redoutait le dénouement de tout cela.
Je descendis avec beaucoup de peine prendre mon petit déjeuner à sept heures trente. Heureusement pour moi, je fus aidée deux ou trois fois par des aides-soignants croisant mon chemin.
Afficher en entier"L’infirmière me sortit de ce moment de torpeur. Elle devait remplacer mes bandages et les pansements qui recouvraient encore mon bras et ma jambe. Je me sentis quelque peu mal à l’aise. Ressentiment partagé, elle avait l’habitude de le faire alors que j’étais endormie. Elle commença par mon bras en retirant délicatement les compresses. Toutes les plaies étaient cicatrisées, stigmates pour la vie. Certaines restaient plus ou moins violacées, d’autres se mariaient parfaitement à la couleur de ma peau, mais, parmi elles, deux étaient beaucoup plus importantes. J’aurais parié que mon bras avait été traversé par un sacré morceau de ferraille ou de verre. Ce premier aperçu m’angoissa quelque peu, bien qu’aucun souvenir de l’accident ne me revienne encore. Je ressentis une douleur immense qui se pressait au fond de moi.
La fraîcheur de la pommade, sur chaque petite brèche, me fit frissonner. C’était un bon point. Passant au soin de ma jambe, elle souleva délicatement le drap, me laissant apercevoir l’étendue des dégâts. D’énormes boursouflures parcouraient ma peau autrefois bronzée sous le soleil d’Irak. Parme et rougeâtres, de longues traces la parsemaient désormais. Les courbes, autrefois parfaites, de ma cuisse, de mon genou et de mon mollet n’étaient plus qu’une œuvre défaite aux contours cubiques. Mais au final, ce n’était ni ma jambe ni mon bras que je redoutais de voir... L’infirmière me fixa de longues secondes, hésitante, puis m’annonça enfin les grandes lignes des dommages sur mon visage."
Afficher en entierCher inconnu,
Je ne sais par où commencer.
Peut-être devrais-je tout d’abord me présenter puis vous expliquer la raison de cette missive, qui, je vous l’accorde doit vous semblez extrêmement mystérieuse.
Je me nomme Lizetha, je ne peux malheureusement vous dévoiler mon identité complète, cela aurait des conséquences que je n’ose même pas imaginer, pour moi comme pour vous.
J’ai longtemps hésité à écrire cette lettre, je ne saurais vous donner qu’une raison subjective qui me semble être la première à m’être venue à l’esprit ; ne pas sombrer dans la folie.
Depuis que cette idée est née, je ne cesse d’y penser, la rejetant à chaque essai, pour des raisons de bienséance. Combien de fois ai-je trempé la plume dans cette encre s’écoulant en une pléiade de tâches sur le papier épais n’attendant que les mots pour être enfin utile. Aujourd’hui, alors que je sens mon isolement me peser de plus en plus, je franchis le pas d’une main tremblante mais décidée.
La solitude m’embrasse depuis quelques temps déjà, je me devais de trouver une solution qui garderait sain mon esprit.
Voyez-vous, bien que mon enfance fût bercée de tendresse et de joie au cœur d’une demeure toujours bondé de monde, depuis mon mariage je n’ai que pour seule compagnie, mon époux. La vaste maisonnée où je réside est bien trop vide et sa présence bien trop absente.
Etant enfant, pourtant je ne rêvais que de pareille demeure que je pourrais remplir d’une ribambelle d’enfants. Où mon beau mari et moi organiserions les plus belles et majestueuses soirées de tout le Warwickshire.
Il serait bon de vous préciser que je viens d’une famille d’aristocrate et qu’en ces termes nous avons été éduquées moi et mes sœurs afin de devenir de parfaites ladies pour des hommes de notre rang.
Et bien que mon mari ait une fortune bien plus conséquente que ma pauvre mère n’eut jamais pu espérer pour moi, il n’en demeure pas moins que son comportement n’est en rien celui que devrait exiger son rang.
[...]
Votre obligée,
Lizetha, le 28 Juin 1816
Afficher en entierAux lueurs de ce nouveau jour, le temps progressant différemment entre ces murs célestes, deux créatures divines, déchues, méditaient sur leur présence en ces lieux qu’elles ne sauraient reconnaître. Les ténèbres enveloppaient la moindre surface rocheuse de cette cage glacée, leurs yeux azuréens semblaient être là, leur seule source de lumière et de réconfort rassurant. Aucun n’aurait su dire si cela faisait des jours, des mois, des heures qu’ils étaient cloîtrés de la sorte, mais leur patience avait ses limites. Fero gesticulait désormais en tous sens, caressant la pierre à la recherche d’une faille, faisant les cent pas, pourquoi n’avait-il pas rejoint l’un des Royaumes après sa mort ? Harald quant à lui, restait plus serein bien qu’assez irrité, analysant ce qu’il avait pu omettre pour se retrouver ici. Lui, qui s’en était retourné à une vie de solitude et d’exploration sur les territoires de l’Ouest du pays. Qui avait trouvé réconfort et nouvelle vie prospère au contact de créatures tout aussi ancestrales que leur propre existence.
Afficher en entierAu plus profond des abîmes, dans le Royaume des Lumières, un homme se bat pour sauver son âme. Empli de colère, il hurle sa perte au nom de son père, encore une fois, il fut trahi. Puni par les siens, qu'il avait abandonnés, lacéré par ces mêmes liens qu'autrefois il avait su briser.
Le seul pêché qu'il eût commis fut l'amour pour sa création. La perte de sa belle lui brûlait le cœur. Dans le Royaumes des Lumières, son cri perce le silence. Affaibli, il cherche la faille pour se défaire de ses chaînes et retrouver son monde.
Afficher en entierChapitre I
«Destinée»
Halthaos
28 Septembre 2257
2h00
Il est deux heures du matin. Un de mes contacts m’informe qu’une cargaison entre dans le port de Chine1. Une livraison d’armes du XXème siècle, destinée au souverain.
Je m’y rends sur le champ. Je dois me procurer de la poudre à canon pour une cliente dont le dessein est honorable.
2h34
Le port est un immense chantier naval, où le souverain essaie désespérément de construire de nouveaux bateaux, et d’en réparer d’autres. Il s’y passe aussi l’entretien de ceux qui partent encore en mer et effectuent des échanges commerciaux. À quai, de nombreuses carcasses sont échouées, passé de la guerre. Je dois réussir à me faufiler entre les centaines de containers qui encombrent une partie du port.
La cargaison se trouve à bord d’un ancien chalutier industriel qui appartenait à une compagnie au nom sordide de « EFOD » (Eat Fish Or Die) ; pas vraiment de très bon goût ! C’était l’époque où seuls les poissons subsistaient comme nourriture, tous les autres animaux ayant disparu.
Je dois à tout prix monter à bord.
Auparavant, je fais un repérage des environs ; comme à mon habitude, j’ai laissé une planque dans les docks. Sous les eaux, une bouteille d’oxygène, et non loin, un vieux zodiac caché sous une bâche ; à première vue, il y est encore.
Par moments, je me félicite d’être aussi paranoïaque et avisé, quoique parfois cela me fasse défaut.
2h47
Une dizaine d’hommes seulement comme équipage pour cet ancien cargo de pêche. Les soldats d’Altan sont aux quatre coins des quais et des ponts, sûrement dissimulés également derrière les immenses containers. Je réfléchis à un plan…
2h54
Je dois me constituer prisonnier pour entrer plus facilement. Une fois près du bateau, je sauterai à l’eau. Il ne reste plus qu’à espérer que je puisse me défaire de mes liens rapidement.
3h18
Les soldats ont bien cru que je m’étais noyé. Mais, bon nageur, j’ai rapidement retrouvé mes aptitudes, et ma bouteille d’oxygène de réserve.
J’arrive au bateau.
Je grimpe à l’échelle qui pend le long de la coque ; je ne dois pas faire de bruit pour ne pas attirer l’attention.
Il y a des tireurs postés à l’avant et à l’arrière, mais il semble qu’aucun ne soit à l’intérieur. Je dois à présent me faufiler jusqu’à la soute.
Tout se déroule parfaitement.
3h22
Je crois que j’ai parlé trop vite, je n’avais pas pensé à la présence de chiens... (Note : Quadrupède à la fourrure ocre, canines affûtées, odorat très fin et ouïe surpuissante...). Je me trouve face à une horde de canidés clonés qui semble être très affamés.
3h41
Maudits clébards !!
Ces bestioles ont réussi à me renifler à des kilomètres. À peine arrivé sur le bateau j’en ai deux à mes trousses, ce qui affole l’équipage qui se met à me tirer dessus.
Acculé, un subterfuge est devenu indispensable à ma survie : j’analyse la horde de chiens. Connaître leurs faiblesses est une des premières choses à savoir. Bien sûr, je ne suis qu’un humain, mais je vis parmi des hybrides qui peuvent être quelquefois dangereux. Et je peux vous dire qu’il faut vite apprendre à se défendre. Et puis avec la peur, vos sens se multiplient grâce à l'adrénaline, et si votre concentration est poussée au maximum, il est facile de les trouver, ces faiblesses.
Ces chiens, quasiment aveugles, étaient âgés de quatre, voire cinq ans ; clones de type 2 (les premiers clones avaient été un échec ; trop violents, le gouvernement les avait tous exterminés). Heureusement pour moi, ceux-là présentaient des anomalies visuelles ; il me suffisait de ne faire aucun bruit qui puisse les alerter.
Je m’étais embarqué dans une sacrée histoire pour cette fille ! Les chiens étaient restés calmes, le vent ne soufflait pas, aucune odeur ne filtrait.
Le capitaine mangeait dans sa cabine, certains des clébards s'y étaient même invités. Je me faufilais sur la pointe des pieds vers une des entrées qui menaient aux cales. Les bêtes n’avaient pas bronché, mais cette satanée porte a grincé, ironique. Aussitôt, les chiens furent là, prêts à me sauter dessus !
Les gardes ont commencé à tirer à tout va ; tête baissée, j’ai dévalé les escaliers aussi vite que possible et je suis entré dans la première cale ouverte. Par chance, cette dernière était remplie de nourriture, des corps d’animaux qui devaient servir pour les repas de l’équipage. Très peu pour moi...
Ces horribles cabots affamés m’avaient suivi ; ils se jetèrent sur les carcasses. J’en ai profité pour passer par la lucarne, accédant ainsi à la seconde cale dont la porte était fermée. Les gardes avaient rattrapé les chiens et les regardaient dévorer leur futur repas. Mais ceux-ci, en les voyant, proies bien plus appétissantes, ont abandonné les carcasses pour attaquer leurs maîtres.
Deux d’entre eux ont été dévorés... Quelle mort horrible !
Les hommes rescapés ont fini par enfermer les monstres dans une cale.
J’avais atterri dans la bonne soute : elle regorgeait d’armes et de poudre ; j’ai dérobé tout ce qui pouvait être utile : des grenades, des armes, et bien sûr les deux barils de poudre à canon pour Léphyria.
4h15
J’avais tout ce pourquoi j’étais venu.
Je me suis servi de bombes fumigènes pour sortir. Après tout, ces hommes ne faisaient que défendre leur cargaison, et tout comme moi pour un salaire de misère. Tout juste de quoi nourrir leur famille... Chacun sa manière.
À bord du zodiac, sous les tirs ennemis, je regagne la terre ferme, sans aucune difficulté puisqu’ils n’engagent pas de poursuites, trop occupés sans doute à se défendre contre d’autres attaques...
Les vols sont de plus en plus fréquents, chacun survit comme il le peut.
4h27
Je suis à terre, j’ai atteint la ville sans problème. Je suis en route pour l’entrepôt, le début de la mission est un succès. J’ai du temps devant moi.
5h01
Les rues sont désertes, calmes. Seul le piétinement des soldats au rythme militaire me rappelle que nous sommes en guerre.
5h20
Je suis chez moi ; le hangar est sombre, la lumière ne fonctionne pas, comme toujours. Je pose mon sac ; il me reste deux heures avant l’arrivée de Léphyria, je vais me reposer un peu. L’idée de pouvoir nourrir ma fille Maëllie me réconforte ; les temps sont durs.
7h00
Le soleil se lève, c’est un jour calme, sans nuage, couleur émeraude.
Je l’attends avec impatience.
***
«Jour doux »
Léphyria
Extrait du journal audio de Léphyria:
Nous sommes le 28 Septembre 2257, il est quatre heures du matin et j'utilise pour la première fois l'appareil que m’a offert Halthaos, il y a un an de cela. Il m'avait dit qu'ainsi je pourrais partager une partie de l'histoire avec le monde... C'est ridicule...
4h34
Je me nomme Léphyria et je suis une Corvus, un être mi-humain, mi-animal. Je fais partie d'une race légendaire, et je suis la seule survivante d’un peuple autrefois respecté.
Nous allons entrer en guerre.
7h02
Je suis fatiguée, j'ai fui toute la nuit ces soldats d’infanterie qui ruinent désespérément ma vie. J'ai rendez-vous dans deux heures avec Halthaos, un humain qui m'aide à préparer ma vengeance. Il s'est chargé de récupérer des armes pour moi, et en contrepartie je lui procure de la nourriture.
Je me suis assoupie, un peu trop longtemps à mon goût, dans cet endroit où règne une odeur fétide, où flottent les relents de l’usine chimique de notre cher souverain. Tout est trop calme… Bien trop calme…
M****! La cloche sonne, je suis en retard.
7h30
Le temps est calme, le vent ne souffle pas trop. Je déploie mes ailes et saute dans le vide.
7h45
J’arrive aux remparts et je dois à présent marcher pour ne pas me faire prendre par les soldats. Halthaos réside dans un entrepôt où je vais le rejoindre.
Enregistrement automatique ON:
« Il est tard, je ne m’attendais plus à te voir.
– J’aime que les hommes m’attendent ; tu as ce qu’il me faut?
– Comme toujours. Tu sais que tu peux me faire confiance. As-tu la monnaie de notre échange?
– De la nourriture et de l’eau, cela te convient-il? »
...
« Je vois que tu prends des notes.
– Je trouvais ça un peu ridicule de parler dans ce truc... Mais les générations futures ont le droit de connaître la vérité, et qui mieux que nous, les initiateurs du projet « destruction », serait plus apte à la raconter.
– Au moins, ainsi, rien ne sera caché. Si tu veux détailler ce que nous faisons, je t'en prie.
– Oh non, je ne veux pas avoir l'air plus ridicule que je ne le suis déjà.
– Alors tu ne diras pas ; « L’entrepôt est vaste et sombre, encombré de vieilles carcasses de voitures et de motos qui s'entassent là, sur un sol poussiéreux. Je m'approche lentement du bureau où il entrepose les armes. Je reste derrière lui afin de pouvoir profiter de la vue que m'offre son corps musclé.
– Son sourire charmeur me fait craquer, (continue Léphy) mais je dois penser à l'avenir de notre monde, avant de pouvoir m'emparer de son âme à jamais.
– Son odeur m'enivre de mille pensées ardentes, (enchaîne Halthaos) elle s'approche de moi, et délicatement, m'effleure le bras.
– Elle voit dans son regard les flammes de la passion se consumer, elle ne rêve que d'une chose... (murmure Léphy) »
– Il se voit déjà l'enlacer et la couvrir de baisers, (persiste Halthaos). Elle se place face à lui, déboutonne sa veste, ouvre son sac...
– Et pose sur la table la nourriture, en attendant de voir ce pour quoi elle est venue. (Sourit Léphy)
– Aoutch, touché...
– Voilà donc ce que je t'avais promis, Léphy : deux barils de poudre noire. Et un cadeau, un petit sac de poudre blanche volé sur un cadavre.
– Je croyais que tu ne tuais pas.
– J'ai seulement laissé des chiens dévorer les matelots.
– Si je ne me trompe pas, elle est deux fois plus explosive que la noire.
– Oui et j’aurais pu en tirer un bon prix, mais ton dessein est plus honorable que celui des individus à qui je pourrais la vendre. Quand comptes-tu pénétrer dans le palais ?
– Je commence mon offensive dans quelques semaines, quand je serai prête.
– Tu ne devrais pas faire ça seule.
– Je dois encore me procurer des virus synthétiques et des armes électroniques. Le système de la centrale aux portes du palais est fonctionnel, tout est régi par informatique… Je vais faire une descente cette semaine dans les quartiers désaffectés. Si tout se passe bien, chacun pourra retrouver la paix de l’âme… Pourquoi ce sourire et ce regard Halthaos?
– La paix de l’âme, vraiment ? Venant de toi, je trouve ça plutôt ironique.
– Et pourtant je n’en pense pas moins. Espérons que mon plan marchera.
– Espérer ne sert à rien ; je serai toujours à tes côtés Léphy. Si tu as besoin de moi, tu sais où me trouver...
« Je brise enfin ce long silence (poursuivit Halthaos) qui s’était installé et qui commençait à nous mettre mal à l'aise tous les deux, en me dirigeant vers mon ordinateur.
– Tu utilises ça, toi?
– Et bien oui, pourquoi?
– Je ne t'imaginais pas travailler sur ces vieilles machines.
– Elles sont plus utiles que tu ne le crois ; cet « ordi » est une mine d'or, il contient de très vieilles informations.
Tiens, pour toi. »
D'un geste délicat il effleure sa main et y dépose un lecteur de musique...
« J’ai réussi à le charger, j’ai trouvé des morceaux que tu devrais apprécier, j’ai essayé de deviner tes goûts, ainsi tu penseras à moi en les écoutant.
– C’est en quel honneur?
– Parce que cela fait un an, jour pour jour, que nous nous sommes rencontrés.
– Merci. T'es plutôt mignon sous tes airs de « bad boy », un vrai petit ange ! (sourit Léphy)
– Non, non, ne dis pas ça ; ça enregistre. Qu'est-ce qu’ils vont penser de moi si tu dis que je suis un ange ? (Rire) Il faut que tu fasses une petite description de moi, rattrape le coup. Je compte sur toi.
– Très bien. Alors : Halthaos, grand, crâne rasé, sourire charmeur, barbe d'un jour ou deux. Un regard malicieux, rusé… Musclé avec quelques petits tatouages, du peu que j’aperçois par l’échancrure de sa chemise. Vraiment un très beau jeune homme.
– Tu veux que je l’ouvre pour que tu puisses mieux « observer » mes tatouages? Aucun détail ne t’échappe. »
« Chuuut! (coupa Léphy) J'entends des bruits au dehors.
– Baisse-toi !
– Je vais sortir par l’arrière, j’ai dû être suivie !
– Passe par l’ouverture, sur le toit.
– Si tu crois que vais te laisser te battre seul ! Halthaos! Reviens!
– Envole-toi, je les retiens, ce n'est pas comme si je n’avais pas d'armes. Léphy! Pars!
– Halthaos! Attention! »
Enregistrement interrompu...
Extrait du journal intime écrit par Léphyria:
Les ennemis engagèrent les hostilités en envoyant des bombes fumigènes dans l’entrepôt. Halthaos s’occupa de les retarder. Il chargea une arme et tira sur le plafond vitré.
« Je ne peux pas te laisser les affronter, objectai-je, ce n’est pas ton combat, c’est le mien !
– C’est notre combat à tous ! Tu es la seule Corvus encore vivante à pouvoir faire quelque chose contre cet homme, maintenant sauve-toi ! »
Il me poussa alors qu’une grenade venait d’être lancée à notre hauteur ; je déployai mes ailes et passai par l’ouverture sur le toit. Je le vis prendre ses armes et sortir par l’arrière. La grenade explosa et détruisit dans un immense souffle une partie du hangar. Je m’apprêtais à le laisser se battre seul quand je fus atteinte par un projectile, une de leurs nouvelles expériences, chargé de nano particules ayant pour fonction de stopper les effets de la métamorphose chez les hybrides. Mes ailes se refermèrent et il me devint impossible de m’envoler. Je continuai donc à courir sur les toits des habitations, tout en suivant du regard Halthaos qui avançait dans les rues.
Je ne lui voyais que quelques égratignures. Je descendis de plusieurs étages en passant par les balcons d’immeubles, franchissant les murs et d’autres obstacles. Prise de panique, je stoppai net : Halthaos était piégé dans une impasse. Je parvins sur un immeuble en ruine ; je sautai et allai à sa rencontre. J’atterris à ses côtés en silence ; il me prit par la taille :
« Léphyria, murmura-t-il, tu dois partir. »
Nous entendîmes des bruits de pas provenant de la ruelle, preuve qu’ils arrivaient sur nous. Halthaos me plaqua contre le mur, dans une vaine tentative pour nous dissimuler. Nos regards se croisèrent et durant une fraction de seconde j’eus l’impression de lire en lui. Nous échangeâmes un court mais fougueux baiser.
Les soldats nous cernaient. Halthaos se plaça devant moi pour me servir de bouclier. Alors qu’il m’ordonnait de partir, il reçut en pleine poitrine une balle tirée par un des soldats.
Désemparée, je vis son corps s’écrouler au sol. Son sang se répandit sur les pierres, coulant lentement, formant une vaste flaque. Mes nerfs me lâchèrent, je vacillai et tombai à genoux. Mon regard croisa alors celui de l’assassin. Celui-ci n’eut pas le temps de crier victoire qu’il était déjà allongé à terre, une balle entre les deux yeux.
Je devais partir.
Mes forces, brisées par la terrible perte d’Halthaos, revenaient peu à peu.
Une solution s’imposa à moi pour m’échapper : entrer en zone interdite. Je poursuivis ma route en courant aussi vite que je pus. Je me dirigeai vers le centre de la Ville, où, à cette heure-là se tenait le marché, où toutes les races se côtoyaient. Les soldats firent appel à des chasseurs qui me prirent en ligne de mire. Acculée, je lançai, comme notre race avait l’habitude de le faire devant le danger, un appel à l’aide que seuls les corbeaux et les miens pouvaient entendre.
Dans ma fuite, je bousculai par inadvertance un jeune homme. Je n’eus pas le temps de m’excuser, mais notre rencontre, je le sentis, allait m’apporter beaucoup. Cet homme m'était familier...
J’avais ralenti ma course et les chasseurs, juste sur mes talons me tenaient. Toujours impossible de déployer mes ailes, j’étais prise au piège. Je ne sus, alors, pour quelle raison le jeune homme m’aida. Il envoya un objet, non identifiable à mes yeux, sur les chasseurs. Leurs machines se télescopèrent en plein vol. L’une d’elles effectua un violent virage à gauche en entraînant une seconde ; elles se mirent toutes les deux à faire des tonneaux, arrivant sur moi à toute allure. Je me baissai juste au bon moment pour voir les motos projetées et soulevées pour finir contre le mur du marché couvert. Je lançai un rapide coup d’œil par-dessus mon épaule et je regardai l’Humain, mais les soldats arrivaient rapidement ; je repris ma course et me dirigeai vers la zone interdite.
Je franchis le mur sans difficulté. La zone était toujours contaminée ; je sortis de ma poche un masque que je plaçai sur mon visage, et je courus aussi vite que possible pour me réfugier dans un immeuble non loin de là. Des larmes roulèrent sur mes joues embrasées…
Ici, c’était chez moi. J’avais installé un laboratoire dans un appartement où j’avais fabriqué des antidotes pour pouvoir y vivre sans être atteinte par les virus. Les cobayes étaient mes compagnons volatiles, les corbeaux. Et aucun d’entre eux n’était mort, les produits utilisés pour mes expériences n’étant pas nocifs.
Arrivée dans l’appartement au quatrième et dernier étage de l’immeuble, je m’injectai immédiatement l’antidote. Une fois l’adrénaline redescendue, mon cœur reprit un rythme correct. Soudain, je sentis une douleur intense m’envahir. Titubant, je laissai glisser mon manteau sur le sol ; mon t-shirt était humide. Soulevant délicatement le tissus collé à ma peau, je tâtai ma blessure avec précaution et en retirai ma main pleine de sang.
Une balle perdue avait traversé ma poitrine, heureusement sans endommager un organe vital pour ma survie. Nous, les Corvus, n’avons pas la même morphologie que les autres races restées au stade « anatomie humaine ».
La douleur augmentait à chacun de mes gestes. Je ressentis un léger étourdissement, et une grande faiblesse s’empara de moi. J’essayai de garder mes paupières ouvertes, mais la douleur était trop intense. Tout devint flou et sombre. Je tombai, sentis la fraîcheur du sol carrelé sur ma peau, puis plus rien.
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