Les extraits appréciés par valdi
Sharko se rendit compte à quel point l'équilibre de la société était fragile. Elle reposait sur un lit de sable que la nature, celle qu'on avait trop tendance à oublier, pouvait ébranler à tout moment. Le jour où elle aurait décidé de reprendre ses droits, où elle en aurait assez de la négligence des hommes, elle lâcherait un grand fléau qui balaierait l'humanité aussi facilement qu'un claquement de doigts. La Terre continuerait à exister, mais sans nous. Et ça ne l'empêcherait pas de tourner.
Afficher en entier« Victoire entendit le parquet craquer comme une bûche de cheminée. Les grandes bottes blanches de Père se dirigèrent lentement, très lentement, vers la table. Au grand effroi de Victoire, le parquet grinça encore plus fort quand Père s’inclina en avant.
Du bout des doigts – des doigts immenses – il souleva la nappe de dentelle.
– Oh, ce ne sont que des dessins, dit Maman. La petite s’installe souvent ici pour jouer. N’est-ce pas, ma chérie ?
Les yeux de Père, pâles comme de la porcelaine, ne s’intéressèrent ni à l’Autre-Victoire dans son fauteuil ni aux dessins sur le parquet. Ils n’observaient que la vraie Victoire qui s’était cachée sous la table.
Père la voyait ?
– Mon seigneur, murmura Monsieur-Calendrier avec une petite toux impatiente. Votre réunion…
– Partez.
Père avait à peine remué les lèvres. Il se tenait toujours penché en avant, la nappe pincée entre les doigts, sa longue tresse coulant jusqu’au sol comme du lait.
– Immédiatement.
– Mon seigneur ? s’inquiéta Maman. Quelque chose vous a contrarié ?
Blottie sous la table, Victoire dévisageait Père avec stupeur. Elle avait toujours cru qu’il ne l’aimait pas, mais jamais il ne l’avait regardée de la façon dont il regardait maintenant la Dame-D’or. »
Afficher en entierElle embrassa ses cicatrices, d'abord celle qui fendait le sourcil, ensuite celle qui lui crevait la joue, enfin celle qui lui traversait la tempe. À chaque constat, Thorn écarquilla davantage les yeux. Ses muscles, à l'inverse, se contractèrent.
— Cinquante six.
Il désenroua sa voix d'un raclement de gorge. Jamais Ophélie ne l'avait vu aussi intimidé, en dépit des efforts qu'il déployait pour ne rien en montrer.
— C'est le nombre de mes cicatrices.
Elle ferma, puis rouvrit les yeux. Elle le sentit à nouveau, en plus violent encore, cet appel impératif qui lui venait du fin fond du corps.
— Montre-les-moi.
Le monde cessa aussitôt d'être mot pour se faire peau. L'ombre blême des moustiquaires, le clapotis de la pluie, les lointaines rumeurs des jardin et de la ville, rien de tout cela n'existait plus pour Ophélie. La seule chose dont elle avait une perception aiguë, c'était Thorn et elle, leurs mains défaisant l'une après l'autre chaque retenue, chaque appréhension, chaque timidité.
Ophélie avait passé ses trois dernières années à se sentir creuse. Elle était enfin complète.
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