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Un cadavre gisait au milieu de la pièce. D’où il se trouvait, il ne pouvait voir qu’une mare de sang dans laquelle baignait une forme désarticulée, tellement écorchée et écarlate qu’il eut du mal à définir la couleur de peau originelle de la victime.
Le cadavre était nu, à moitié affalé sur une chaise renversée.
Une fois plus proche de celui-ci, il devina que le sang à présent sombre provenait en partie d’un bras qui avait été savamment charcuté. Le visage, ou du moins ce qui avait été un visage, n’avait pas meilleure mine. Des lambeaux de peau y pendouillaient, recouverts par endroits de croûtes noires. Il n’était plus qu’un amas de chair meurtrie et bouffie, quelque chose d’horrible à voir. Si l’auteur avait voulu le défigurer, il avait fait du beau boulot. On aurait dit un tableau de Picasso.
Al porta son regard sur un drap à l’origine blanc qui avait été déposé sur l’entrejambe de l’œuvre d’art. Un frisson bien glacé lui remonta l’échine. Il refusa catégoriquement à son esprit d’émettre des hypothèses. C’était déjà un peu hard de si bonne heure le matin.
Afficher en entierS’il existe un enfer, qu’ils y brûlent tous.
- Gipsy Paladini
Afficher en entierIl courut tout le long sans s’arrêter. Les éléments s’assemblaient, le puzzle prenait forme, l’image monstrueuse résonnait dans ses tympans.
Elle l’avait reconnu en accompagnant sa mère à l’hôpital, sa mère ne savait pas pour le docteur, elle ne lui avait rien dit. Elle s’y était fait embaucher, elle avait travaillé à ses côtés, elle l’avait regardé droit dans les yeux, peut-être avait-elle camouflé son apparence pour ne pas qu’il la reconnaisse. Quand elle avait reconnu les autres, elle les avait éliminés un par un, de la même manière qu’ils avaient éliminé les siens.
Jennifer Stone l’avait soupçonnée. Elles s’étaient disputées. Stone voulait en parler, mais à qui ? Si elle en parlait directement à la police, ils les arrêteraient, elle et le docteur, pour ne pas avoir mentionné les meurtres.
Elle savait que le frère de la stagiaire était policier. Elle l’avait contacté. La stagiaire l’avait appris. David devint un danger pour elle, comme plus tard Jennifer Stone. L’aurait-elle épargné s’il n’avait pas su ? Al en doutait.
David, son fils, le visage de la honte et du mensonge, la racine de sa haine. Elle abhorrait tout ce qu’il représentait et maudissait tous ceux qui l’aimaient, comme Al Seriani, ce petit flic prétentieux qui ne respectait rien ni personne, ce macho qui se passait une langue perverse sur les lèvres quand il la voyait, cet être misogyne qui se tapait des putes pour les infecter de sa vie misérable.
Afficher en entierLes lèvres craquelées de l'homme remuèrent. D’autres bulles rougeâtres se formèrent mêlées à de la morve qui se répandit sur celles-ci. Finalement, un balbutiement s’échappa de la bouche du mourant.
Afficher en entier— Peut-être que l’agent Stew pourrait nous éclairer tous les deux, Capitaine, parce que bien que je ne sois pas de nature curieuse, j’aimerais bien savoir ce qu’il met dans ses cigarettes pour être aussi parano.
Afficher en entier— Personne n’est secret à ce point, Seriani.
Pas de femmes, de plat préféré, d’amis ? Pas de vices ?
— Pas que l’on sache.
— Tout le monde a un vice, Seriani.
— Même vous, Capitaine ?
— Oh que oui ! Et vaut mieux pas que vous sachiez lequel !
Sur ce, il raccrocha. Al déposa le combiné à son tour.
— Qu’est-ce qui se passe ? s’enquit David.
— Apparemment le capitaine a un vice.
— Oh ? Je suis pas sûr que planquer des Sugar babies dans ses chaussettes pour les bâfrer en douce dans les toilettes entre dans cette catégorie…
Afficher en entierAvec son cou affiné, on aurait dit une girafe se protégeant les parties inférieures pour un coup franc lors d’un match de foot
Afficher en entierPenser de lui qu'il était un paumé le fit marrer. Plutôt un homme sans but, quelqu'un qui avait baissé les bras, qui ne cherchait plus un quoi et comment, et qui se laissait voguer au rythme des années sans chercher à se défendre. Un type qui refusait de trop penser et s'efforçait de parer aux jours puis aux mois qui s'abattaient violemment sur lui.
Afficher en entierLe gamin avait le don de le faire marrer. Surtout quand il utilisait ce langage de films noirs qui ne collait pas du tout avec son allure frêle de jeune premier. On aurait dit un de ces petits cons de Brooklyn qui se prennent pour Al Capone parce qu'ils portent des chaussures vernies et savent jurer en italien.
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