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" D’abord, il leur fallait une bombe. Pas d’engin explosif, pas d’attentat terroriste. Et puis, surtout, prendre une cible symbolique. Nos apprentis terroristes discutaient à l’infini de l’engin explosif le plus approprié, de la cible la plus adéquate. Et nous les écoutions. Nous les écoutions changer d’avis, hésiter pendant un an, deux ans. Ils étaient parfois nombreux, avaient des contacts dans plusieurs pays, faisaient des allers-retours en Belgique, en Allemagne, en Angleterre. Tous les services spécialisés les surveillaient et se passaient les infos. C’était un jeu de société dont nous distribuions les cartes. Nous tenions la banque et maîtrisions la case prison. Rien ou presque ne nous échappait. Certains de nos clients auraient pu déclarer leur association de malfaiteurs terroriste à la préfecture que nous n’aurions pas été mieux renseignés. Nous étions si rodés à la chose, si habitués à travailler sur leurs communications, leurs déplacements, leurs recherches Internet, leurs rendez-vous trop peu secrets."
Afficher en entier"Nous en sommes là. Mohamed Merah a montré aux Français ce qu’un Français pouvait faire à la France. Mais cela, nous le savions déjà. Nous savions que le radicalisme religieux interdisait l’appartenance nationale et conduisait à la violence. Nous savions que, pour quelques fanatiques, il n’y avait plus de frontières et de pays. Il n’y avait plus que l’islam et la Oumma islamique, la communauté des croyants. Si ce n’est qu’un savoir intellectuel n’a pas la force du ressenti, de la connaissance charnelle de la souffrance."
Afficher en entier"Le pays le plus patriotique du monde, toutefois, ne fut pas à l’abri bien longtemps de la dilution du sentiment national dans le sentiment religieux. Des jeunes musulmans américains se considérèrent soudain comme des musulmans avant de se considérer comme des Américains. Plus encore, ils étaient des musulmans au lieu d’être des Américains. Le paroxysme survint au cœur même de l’armée américaine le 5 novembre 2009, quand le commandant Nidal Malik Hasan, psychiatre militaire, déchiré entre son appartenance à l’armée américaine et son identité musulmane retrouvée, tua treize militaires et en blessa quarante-deux autres sur la base américaine de Fort Hood, au Texas. Il ne supportait pas l’idée d’être envoyé en Afghanistan. Il ne le pouvait pas. Certes, il était américain. Certes, il était soldat. Mais il était avant tout musulman. Il résolut son déchirement intérieur en tirant. Peut-être aurait-il trouvé une autre solution s’il ne l’avait cherchée sur Internet, s’il ne s’était abreuvé aux sermons sulfureux de l’imam américano-yéménite Anwar Al Awlaki ? C’était un Américain comme lui, élevé au jus de l’Amérique, qui avait fui sa seconde patrie pour rejoindre le Yémen, la terre de ses ancêtres, et devenir un poison pour les États-Unis."
Afficher en entier" Les principaux émirs du terrorisme incitent au Jihad individuel dont le rapport qualité/prix est incomparable, d’autant qu’il ne présente aucun risque pour le groupe, mais ne veulent surtout pas d’un Jihadiste-électron libre. Que l’exécutant puisse agir seul est idéal mais à la seule condition que la cible et le moment choisi pour passer à l’action soient fixés par le commandement central. Sinon, ce n’est plus du terrorisme, c’est du grand n’importe quoi. Le terrorisme est en effet une méthode d’action politique, une stratégie qui tend vers un but défini. Des agissements désordonnés, anarchiques, peuvent être totalement contre-productifs. Il faut tuer, certes, mais à bon escient et au bon moment."
Afficher en entier"Sharif était persuadé qu’il marquait des points car Hassan opinait de la tête en signe d’agrément. Il pensait au contraire que Sharif n’était pas seulement l’esclave des Occidentaux, il était leur singe. Il parlait comme eux. Pour un Américain, un Anglais, un Français, pour tous les mécréants d’Occident, rien n’était plus important que les enfants. Les enfants, c’était l’argument suprême auquel aucun être humain n’était censé résister. Voilà ce que Sharif était devenu, un musulman si perverti par l’Occident qu’il pensait que lui pouvait mettre en balance son devoir envers Allah et l’avenir de ses enfants !"
Afficher en entier"La tâche de l’exploitant sera beaucoup plus aisée dans une situation politique objectivement utilisable sur le terrain du dogme. Vu que nos terroristes ne se reconnaissent pas comme tels mais affirment leur identité de moudjahidin, toute situation permettant de légitimer le jihad est une porte ouverte à l’exploitation de la radicalisation. Il fut par exemple facile, pour quelques prêcheurs, de convaincre de nombreux musulmans de partir faire le Jihad en Irak. Une situation claire permettait de développer des arguments simples et facilement compréhensibles par le plus grand nombre : l’Amérique, malgré l’opposition de la communauté internationale, avait agressé l’Irak. Cette agression se fondait sur des motifs inexistants, la prétendue possession par l’Irak d’armes de destruction massive et ses liens imaginaires avec Al Qaida. Le véritable but de l’Amérique était de s’approprier une terre d’islam et en tout cas ses richesses. Il s’agissait donc d’un cas manifeste de légitime défense, un cas d’école : les conditions du Jihad défensif étaient réunies."
Afficher en entier"Une démocratie laïque comme la France ne peut en revanche utiliser de traitements curatifs à base idéologique. Pas de séances de rééducation, donc. C’est dommage, car la différence entre un salafiste saoudien bien éduqué et un salafiste déviant est considérable. Tous les deux ont la même conception rigoriste de l’islam, la même pratique religieuse et veulent l’application de la Charia sur la terre entière, mais tandis que l’un nous vend du pétrole et nous achète des armes, l’autre pose des bombes."
Afficher en entier"— Ah, les bons petits gars ! souligna le président. William, si ce sont eux qui vont au charbon, c’est à eux qu’il faut donner les armes.
— Très juste, monsieur le président, répondit Casey, mais il y a une grande diversité de groupes plus ou moins extrémistes que nous ne contrôlons pas forcément. Pour être clair, c’est le bordel. Si nous avons invité l’un des frères d’Oussama Ben Laden, c’est parce que nous voulons jouer la sécurité. Avec Oussama Ben Laden, on joue sur du velours. Il est saoudien, très proche de la famille royale, très bien éduqué. C’est un ami de l’Amérique. Il est en contact avec la CIA depuis un petit bout de temps. Il a aussi des relations étroites avec l’ISI, le service de renseignement extérieur pakistanais. C’est le bon cheval. On peut lui faire confiance les yeux fermés. Il est fiable et il ne nous fera jamais un enfant dans le dos. Vous verrez, il est encore jeune mais il fera parler de lui.
— OK, William, vous avez une photo du gugus ?
— Bien sûr, monsieur le président : voilà…
— Il est très jeune, votre protégé. Hum… En tout cas, je dois admettre qu’il a un visage sympathique qui inspire confiance. Je commence à croire que cet Oussama est effectivement une chance pour l’Amérique. Et vous, Michael, qu’en pensez-vous ? Des Stingers, c’est quand même pas n’importe quoi ! Je n’ai pas envie qu’ils tombent en de mauvaises mains."
Afficher en entier"— William, vous avez vu La Reine de la prairie ?
— La quoi ?
— La Reine de la prairie ! c’est un des westerns dans lequel j’ai tourné.
— Ah oui, évidemment, monsieur le président, j’ai vu tous vos films, même les plus…
— Les plus quoi ?
— Non, je voulais dire que j’avais même vu les westerns. Vous savez, les westerns et moi, ça fait deux.
— Bon, mais vous l’avez donc vu, ce film. Alors, vous croyez vraiment que l’on doit leur filer des Stingers ?
— Monsieur le président, qui est le pire ennemi de l’Amérique ?
— Les Bolcheviques, bien sûr.
— Voilà, et aujourd’hui, ceux qui font chier les Bolcheviques, ce sont les islamos. Ils ne sont pas si méchants que ça, les islamos. Au moins, ils croient en Dieu, comme nous.
— C’est bon, c’est bon. J’espère au moins que je n’aurai pas à fumer le calumet de la paix pendant la réunion."
Afficher en entierSur le perron de la Maison Blanche, à côté de ses nouveaux amis enturbannés, le président fit un discours très remarqué :
« L’Amérique est très honorée d’accueillir sur son sol d’authentiques combattants de la liberté. Nos amis afghans sont nos frères. Certes ils sont différents de nous, mais ils croient comme nous à un Dieu-tout puissant. C’est bien là l’essentiel. Ils croient également, tout comme nous, à la Liberté. Ils ressemblent aux pères fondateurs de l’Amérique et aux courageux résistants français que nous secourûmes. Nous ne pouvons pas abandonner les résistants afghans à la barbarie bolchevique, pas plus que nous ne pouvions abandonner les résistants français confrontés à la toute-puissance nazie. Nous serons au côté de la liberté aujourd’hui comme hier. »
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