Ajouter un extrait
Liste des extraits
"Qu’ils soient partis s’entraîner pour un Jihad actuel ou en prévision d’un Jihad futur, qu’ils aient combattu ou non, ils revenaient pour la plupart en France. Pendant leur absence, un ami avait fait le nécessaire pour que les allocations chômage, familiales, d’aide au logement et autres RMI continuent à leur être versées. Le lien avec la France n’était pas rompu : il était devenu utilitaire. La France était le pays de mécréants que l’on quittait et où l’on revenait après un séjour plus ou moins long sur une terre de Jihad."
Afficher en entier"Le Yémen compte parmi ceux-là et plusieurs s’y installèrent que l’on ne revit jamais. Mais en général, le régime taliban reste la référence absolue. Les zones contrôlées par les taliban sont les seules où est appliquée pleinement la Charia. D’autres pays la mettent en œuvre, comme l’Arabie saoudite, mais sont, selon nos candidats à l’Hijra, corrompus par l’influence occidentale, vendus à l’Amérique, et plus soucieux de multiplier les pétro-dollars que d’appliquer un islam rigoureux. Les princes saoudiens ne vont-ils pas se détendre dans des hôtels luxueux où l’on vend de l’alcool ? Leurs femmes ne vont-elles pas faire leurs emplettes sur les Champs-Élysées ? Que l’Afghanistan des taliban ait été considéré comme l’Eldorado du bon musulman à partir de 1996 explique que la notion d’Hijra se soit confondue avec celle du Jihad dans l’esprit de nos jeunes intégristes. La seule véritable terre d’Hijra était aussi une terre de Jihad, à défendre de la présence occidentale, de l’invasion des mécréants."
Afficher en entier" Quant à celui d’instaurer un tel régime au cœur même de l’Occident, il ne pouvait devenir réalité, même selon les plus optimistes de nos intégristes, qu’à très long terme. Bien sûr, certains de nos jeunes musulmans idéalistes commencèrent à avancer l’idée qu’après tout ils étaient français et que la France devait leur laisser pratiquer leur religion comme ils l’entendaient. Le Canada, véritable démocratie, n’avait-il pas été à deux doigts de se laisser convaincre et d’autoriser la communauté musulmane à vivre selon ses propres règles religieuses ? Le débat fut animé chez nos amis canadiens. Le rapport Boyd, publié en décembre 2004, recommandait l’officialisation de la Charia en Ontario dans le domaine du droit de la famille. Il n’était pas question d’autoriser l’amputation pour les voleurs ou la lapidation des femmes adultères, mais d’autoriser l’instauration de Tribunaux islamiques pour résoudre, selon la Charia, les questions d’ordre familial et successoral. Au prétexte que des musulmans radicaux s’interdisaient de saisir des tribunaux laïcs et faisaient appel à l’arbitrage pour résoudre leurs conflits familiaux, certains préconisaient de remplacer cette pratique arbitrale par de véritables juridictions ayant pignon sur rue. Le débat avait été lancé en 2003 par l’Institut islamique de justice civile en Ontario et trouva des oreilles attentives."
Afficher en entier"Avec sa finesse politique, Tarik Ramadan estima que les musulmans du Canada avaient manqué de « créativité ». Il était possible d’atteindre le même objectif sans s’attaquer de front aux lois laïques en vigueur. Il n’était pas souhaitable, pour l’heure, de parler de Charia. Il était souhaitable de faire progresser les lois islamiques sans le crier haut et fort, en somme de couvrir cette Charia que les Occidentaux ne sauraient voir. Du moins, Tarik Ramadan appelait-il à un passage en douceur vers l’islamisation de la société. C’était toujours mieux que la violence et sans doute plus efficace.
La méthode Ramadan, cette méthode au long cours, n’est cependant pas du goût des impatients de l’islam, ceux qui veulent de leur vivant voir s’ériger une mosquée place de la Concorde, en lieu et place de l’obélisque. Je ne sais pas si ce jour viendra. Pour l’instant, personne, en haut de la tour Eiffel, n’appelle à la prière."
Afficher en entier"L’argument le plus souvent soulevé pour s’opposer ab initio à l’émigration jihadiste est d’ordre sécuritaire. L’histoire de l’antiterrorisme démontre que cet argument est valable. La plupart de nos exilés en terre de Jihad reviennent tôt ou tard. Pendant longtemps, nous avions affirmé haut et fort que la situation était sous contrôle. Nos services antiterroristes étaient tellement excellents que nous savions qui partait et qui revenait. Mais c’était à une autre époque, celle de « l’avant-Merah », celle où les jihadistes passaient tous par un chemin aussi balisé que celui de Compostelle. Ce chemin passait par Londres, puis Peschawar et, à leur retour, nos moudjahidin intégraient des groupes structurés, connus et très surveillés. C’était avant la mode du Jihad individuel et des groupuscules difficilement détectables. Depuis Mohamed Merah, nous savons que nous ne sommes pas infaillibles, que nous ne pouvons pas tout contrôler. La DCRI a compris le danger et a ressorti des tiroirs une vingtaine de dossiers d’individus isolés ayant goûté aux charmes des entraînements sommaires en zone pakistano-afghane. L’idée était de purger, d’en avoir le cœur net. Mais combien dans le lot étaient prêts à passer à l’action ? Combien étaient des agents dormants formés à la taqiyya ? Apparemment aucun, dans l’échantillon sélectionné. Parce que ce n’est pas si simple."
Afficher en entier" Un apprenti jihadiste qui, après avoir passé une année à balayer la cour, à écouter des cours théoriques, à être victime d’une ou deux « touristas », se sera vu octroyer la permission de tirer un ou deux chargeurs de kalash en tout et pour tout, ne présente pas la même dangerosité que le terroriste accompli qui a suivi le cursus complet avec félicitations de l’émir, remise de diplôme avec mention et ceinture d’explosifs à la fin de l’année."
Afficher en entier"L’application de la loi du talion pourra paraître sévère mais elle restera du domaine de la justice puisqu’un Tribunal aura vérifié que les faits sont constitués et que la personne punie est coupable. Qu’apprennent au contraire nos terroristes en formation accélérée ? Que la loi du talion ne doit pas exclusivement frapper le criminel, mais peut aussi viser de façon indifférenciée la communauté à laquelle il appartient. Là réside aujourd’hui le vrai fondement dogmatique du terrorisme moderne appelé le « terrorisme aveugle ».
Puisque les Américains bombardent des villages afghans, les musulmans seraient fondés, en application de la Diya (le prix du sang, dans la loi du talion), à tuer n’importe quel Américain. Si Israël tue des enfants palestiniens lors d’un bombardement à Gaza, les musulmans pourraient tuer des enfants juifs n’importe où, par exemple dans une école toulousaine. Cette curieuse vision de la loi du talion dans l’islam permettrait ainsi de tuer des innocents pour venger la mort d’autres innocents, sous prétexte que le coupable n’est pas accessible à la sanction ! On arrive ainsi exactement au résultat que l’islam voulait éviter, c’est-à-dire éviter que la vengeance outrepasse le crime, et surtout qu’elle provoque une escalade de la violence par réactions successives de part et d’autre, et enfin qu’elle s’en prenne à d’autres que le coupable."
Afficher en entier" La France, comme tous les autres pays, ne peut plus considérer l’ordre public comme une exigence purement hexagonale en matière de terrorisme. Le terrorisme islamiste est un phénomène mondial qui appelle une solidarité et une stratégie collective de la communauté internationale. En matière de terrorisme, la notion d’ordre public international est aussi importante que celle d’ordre public national. La venue massive de jihadistes sur des zones de conflit a un effet déstabilisateur dans les régions concernées, d’autant que les habitants de celles-ci, s’ils peuvent ponctuellement apprécier l’aide des moudjahidin étrangers, ne partagent pas nécessairement leur goût pour l’instauration d’un État islamique."
Afficher en entier"Que l’on ne puisse laisser une partie de notre population partir combattre l’armée d’un pays ami semble une évidence. A fortiori, pouvons-nous laisser partir des individus qui vont peut-être combattre nos propres soldats ? Comment admettre que des Français ou des résidents français puissent partir lutter en zone pakistano-afghane contre une coalition dans laquelle est engagée l’armée française, tout en continuant parfois à toucher les allocs ? Et si l’un de nos nationaux tue un soldat français en Afghanistan, parlera-t-on encore de terrorisme ? Utilisera-t-on la bonne à tout faire, la législation antiterroriste, pour réprimer un comportement qui est condamné depuis des temps anciens par la loi ? Jamais la justice française n’a utilisé, dans pareille circonstance, une infraction autre que l’association de malfaiteurs terroristes. Or, nous pourrions sans doute utiliser les infractions « d’intelligences avec une puissance étrangère », et notamment les dispositions de l’article 411-4 du code pénal : « Le fait d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère, avec une entreprise ou organisation étrangère ou sous contrôle étranger ou avec leurs agents, en vue de susciter des hostilités ou des actes d’agression contre la France, est puni de trente ans de détention criminelle et de 450 000 euros d’amende. » Cette infraction est qualifiée de trahison quand elle est commise par un Français (article 411-1 du code pénal). Le pire, c’est que, confrontés à des personnes qui n’ont plus aucun sens de l’appartenance nationale, nous nous gardons bien d’utiliser des infractions teintées de nationalisme. Seraient-ce des infractions passées de mode parce que nous aurions honte d’affirmer judiciairement que c’est un crime pour un Français que de combattre l’armée française ? Ça ferait ringard, sans doute… ou alors politiquement incorrect."
Afficher en entier"Il m’a dit qu’enfin, par la volonté d’Allah, nous étions dans le pays de la Foi véritable. Par contre, nous avions un peu honte. Les gens avaient des barbes fournies et nous étions seulement mal rasés. Hocine a arrêté le pick-up devant une grande maison verte. Je n’avais jamais vu une maison avec une façade verte. C’était un vert kaki, un peu sale. À l’intérieur, il devait bien y avoir une vingtaine de frères. Nous avons échangé les salutations d’usage. La plupart des frères parlaient français. Nous étions très étonnés. Un frère qui semblait s’occuper de la maison se présenta à nous sous le nom d’Abou Mohamed. Il s’est amusé de notre surprise et nous a expliqué que nous étions dans la « Maison des Algériens », puisque nous étions des Français d’origine algérienne. À Peshawar, on évitait de mélanger. Il y avait une maison à part pour l’accueil des Tunisiens et des Marocains. Quant aux Jordaniens, Saoudiens, Libyens et, d’une manière générale, les frères du Golfe, ce n’est pas Abou Mohamed qui s’en occupait, même s’il prenait de temps en temps des Syriens en dépannage.
Karim et moi sommes très soulagés. Nous avions peur de tomber sur des frères qui ne parleraient pas un mot de français."
Afficher en entier
