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Dans le train, tout le monde avait le nez rivé sur son téléphone. On avait désappris à se retrouver seul face à soi, cela créait un trop grand vide. Et le trajet en train Lobnia-Moscou était une épreuve en tant que telle. Pendant le transit du corps, il fallait bien occuper l’esprit.
Ilya, lui, n’en avait pas besoin.
Afficher en entierIlya fouillait les entrailles de Petia. Il plongeait sans gants dans la cavité abdominale, pêchait dans différentes époques des Albina, Yulia, Magda, qu’on n’avait même pas pris le soin de dissimuler. Des blondes pulpeuses aux mains potelées et aux yeux vitreux, des brunes coiffées à la garçonne avec des trous noirs sous des sourcils stylisés, toutes ces passagères, toutes ces instantanées, les femmes aux enveloppes trompeuses, de la vacuité joliment emballée.
Afficher en entierSur l'écran tombaient des gouttes salées, qui dissolvaient le sang séché.
Afficher en entierLa liberté, c'était comme de boire du thé en sachet après avoir pris l'habitude d'infuser des feuilles fraîchement séchées. De derrière les barreaux, on avait l'impression que la réalité n'existait qu'à l'extérieur.
Afficher en entierIlya aurait voulu s'endormir, mais la vodka l'en empêchait. Elle était devenue son squelette, s'était revêtue de sa peau, écarquillait ses yeux sur l'écran, bougeait ses mâchoires, remplissait l'épouvantail qu'il était devenu de pain rassis et de saucisson carmin sans goût. La vodka attendait quelque chose de lui, mais Ilya redoutait l'idée même de se demander quoi.
Afficher en entierOn dit que la vodka rend sourd. C'est faux. Elle rend idiot, elle empêche de penser droit, de construire une conversation, de se méfier de son interlocuteur. Mais elle a un effet positif sur l'audition. On s'entend mieux tout comme on entend mieux l'autre, malgré tous les efforts de son intellect sobre pour dissimuler ses sentiments derrière des mots. La vodka, c'est le rayon X de l'âme.
Afficher en entierElle était morte.
Elle était morte et il fallait qu'il apprenne à vivre avec cette réalité.
Afficher en entierIl marcha jusqu'à sa chambre.
Vide. Sa mère n'y était pas. Pas plus que lui.
Afficher en entier“On avait installé un barrage au bout du quai. Ilya l’avait repéré de loin au-dessus des têtes qui l’entouraient, par habitude. Des uniformes gris, des gueules taillées à la serpe, et des regards perçants, inquisiteurs. Bien exercés. Rapides. Il y avait même un chien attaché au bout d’une chaîne : la totale. Bien sûr, ici, le rôle de l’animal se cantonnait sans doute à renifler drogues et explosifs. Mais la bête était capable de sentir la peur.”
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