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Extrait de L'été des amants ajouté par Gaby_book 2017-08-15T14:36:45+02:00

- Tu es tellement belle... ca me stupéfie, parfois.

Que répondre à ça ? Il ne lui disait jamais de mots tendres. Et voilà qu'ils coulaient de sa bouche tandis que ses doigts lui effleuraient la joue ! Ses yeux étaient d'un noir profond, insondable. Que voyait-il quand il la regardait, que ressentait-il ? Elle ne lui avait jamais posé la question. Pour la première fois, elle avait l'occasion de le faire, mais elle était incapable d'émettre le moindre son. Elle ne pouvait que le dévisager fixement.

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Extrait de L'été des amants ajouté par MaRie2Go 2016-03-06T22:41:40+01:00

… et dans le ciel noir, la pleine lune était blanche et froide. Il vit les ombres glisser, frémissantes et vives sur la neige que recouvrait une couche de givre. Noir sur blanc. A perte de vue, il n’y avait que le vide, l’absence de couleurs. Le gémissement du vent sur les arbres sans feuilles était l’unique son qu’il percevait. Il savait cependant qu’il n’était pas seul, et le noir comme le blanc le rassuraient. Pourtant, son cœur glacé se serra. Sa respiration, difficile, presque éteinte, formait de petits nuages de vapeur. Sur le sol gelé, il vit une ombre noire s’abattre brutalement. Inutile de courir, le voyage était fini.

Hunter tira une bouffée de sa cigarette puis fixa les mots sur son écran. La fumée les rendait flous. Michael Trent était mort. Hunter l’avait créé, façonné, à seule fin de l’amener vers cette mort pathétique par une nuit de pleine lune. Curieusement, il ressentit une sorte d’euphorie, plus que du remords, pour avoir anéanti cet homme qu’il connaissait mieux que lui-même.

Il décida de s’arrêter là et de laisser ses lecteurs imaginer eux-mêmes les détails du meurtre. L’atmosphère était créée, les secrets à demi dévoilés, la fatalité se devinait sans être expliquée. Il savait que son habitude de laisser ouvertes les fins de ses romans était source à la fois de frustration et de fascination. C’était exactement le genre d’émotions qu’il avait envie de faire naître, et qui lui procurait un sentiment de satisfaction aussi intense que rare.

Hunter donnait corps à la terreur, celle qui coupe le souffle et ne peut être décrite. Il explorait les cauchemars les plus sombres de l’esprit humain et, avec une précision méticuleuse, les rendait tangibles. L’impossible devenait plausible et le mystère un lieu commun. Le quotidien le plus ordinaire finissait par faire froid dans le dos. Il se servait des mots comme un peintre de sa palette. Ses histoires, à la fois simples et extraordinaires, happaient le lecteur dès les premières pages.

Son métier, c’était l’épouvante, et il connaissait un succès phénoménal.

Depuis cinq ans, il était considéré comme un maître du genre. Il avait écrit six best-sellers qui étaient déjà épuisés, et dont quatre avaient été adaptés au cinéma. Les critiques s’extasiaient, les ventes explosaient, les courriers de fans affluaient du monde entier. Hunter, lui, semblait se moquer de tout cela. Il écrivait avant tout pour lui-même, car raconter des histoires était ce qu’il faisait le mieux. S’il distrayait les gens avec ses écrits, cela lui convenait. Mais il savait que, quelle que soit la réaction des critiques ou des lecteurs, cela ne l’empêcherait pas d’écrire. Son travail et son intimité étaient les deux choses qui comptaient le plus dans sa vie.

Il ne se considérait pas vraiment comme une personne solitaire ou asociale. Il vivait simplement comme il l’avait décidé, comme il vivait six ans auparavant, avant que le succès, la célébrité et l’argent ne couronnent son travail.

Sa vie n’avait en rien été bouleversée par tout cela. Il était déjà écrivain avant En attendant le diable, qui l’avait propulsé en tête des listes du New York Times.

D’aucuns suggéraient que son style de vie était calculé, et qu’il essayait, à dessein, de se faire passer pour un excentrique.

Il tapota sur son clavier et ouvrit un nouveau chapitre. Le chapitre suivant, le mot suivant, le livre suivant avaient bien plus d’intérêt pour lui que n’importe quelle analyse de sa personnalité.

Il avait travaillé pendant six heures, ce jour-là, et il pensait qu’il lui faudrait deux heures de plus. L’histoire lui semblait s’écouler de lui comme l’eau d’un glacier. Elle était froide et claire.

Ses mains qui jouaient avec le clavier attiraient toujours l’attention. Elles étaient fines, longues et puissantes à la fois. En les regardant, on aurait pu penser qu’il composait des concertos ou des poèmes épiques. Elles orchestraient en fait des mauvais rêves et des frayeurs nocturnes. Elles façonnaient des monstres. Pas de ceux qui sont couverts d’écailles dans les mauvais films, mais des monstres suffisamment réels pour donner la chair de poule. Car ses romans étaient toujours assez réalistes pour que l’horreur devienne normale et plausible. Il y avait toujours une créature étrange qui hantait les placards sombres de ses histoires, et cette créature était la peur de chaque lecteur. D’abord il trouvait cette peur, puis, centimètre par centimètre, il ouvrait la porte du placard.

Sa cigarette finissait de se consumer dans un cendrier prêt à déborder. Il fumait trop. C’était peut-être le seul signe extérieur de la pression qu’il subissait. Une pression qu’il n’aurait jamais toléré que quiconque lui impose. Il voulait avoir terminé son livre avant la fin du mois. C’était le délai qu’il s’était lui-même imparti. Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait accepté de participer à une conférence à Flagstaff durant la première semaine de juin.

Il refusait la plupart du temps d’apparaître en public. Pourtant, cette fois, il avait fini par donner son accord, sachant qu’il n’y aurait pas plus de deux cents écrivains confirmés ou débutants à cette manifestation, et qu’il pourrait participer à l’un des ateliers, répondre à quelques questions et rentrer rapidement chez lui.

Au cours de cette seule année, Hunter avait décliné des invitations provenant des maisons d’édition les plus prestigieuses du pays. Le prestige ne lui faisait ni chaud ni froid, en revanche, il considérait que sa contribution à l’Association des écrivains d’Arizona serait une façon de payer la dette qu’il avait envers cette institution. Hunter avait compris que dans la vie rien n’était gratuit.

En fin d’après-midi, le chien étendu à ses pieds leva brusquement la tête. C’était un chien fin, au pelage gris et au regard perçant de loup.

— C’est déjà l’heure, Santanas ?

Hunter passa la main sur la tête de l’animal avec douceur. Bien décidé à reprendre son travail un peu plus tard, il éteignit son ordinateur.

Suivi de son chien, Hunter sortit du chaos de son bureau pour entrer dans un grand salon bien rangé. La pièce sentait la vanille et était entièrement vitrée sur l’un de ses côtés.

Il fit coulisser l’une des portes-fenêtres et entra dans un grand patio. Son regard se perdit un instant dans l’immensité des bois qui entouraient la maison. Ces bois le protégeaient et maintenaient les curieux à l’écart. Hunter avait besoin de cela. Il avait besoin de paix, de mystère et de beauté, tout autant que des immenses falaises rouges des canyons. Le seul bruit qui venait troubler le silence était celui de l’eau du ruisseau qui coulait en contrebas. Il inspira profondément l’air pur et frais. Il savait que tout cela était un vrai luxe.

Il la vit alors, avançant tranquillement le long du sentier qui menait à la maison. Le chien se mit à remuer la queue.

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