Votre profil Booknode a été créé !

Vous êtes  
 
Votre année de naissance  
 
Découvrez
vos lectures
de demain
Nouveau ? Inscrivez-vous, c'est gratuit !
En cliquant sur "Je m'inscris" j'accepte les CGU de booknode
- Créez votre bibliothèque en ligne
- Découvrez des livres proches des vos goûts
- Partagez votre passion avec d'autres lecteurs

La liste de tous les extraits faits sur les livres de booknode

# Famous
date : 18:54 par Lectureavie voir tout les commentaires de Lectureavieses comms
@jeux_de_Mo J'essaie ce qu'on sert au Burger Barn aujourd'hui. #donnezmoidesfritesavecÇA
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Du miel pour les abeilles
Frankie Green s’éveilla en sursaut, baignée de sueur froide. L’obscurité régnait dans la chambre et Frankie était si désorientée qu’il lui fallut un moment pour se convaincre qu’elle était bien chez elle.
A tâtons, elle attrapa son téléphone portable sur la table de chevet et appuya sur un bouton. Puis, à la lumière de l’écran, elle trouva ses lunettes et parvint à lire l’heure.
Deux heures et quart.
Misère ! gémit-elle.
Une journée chargée l’attendait, elle avait mis des heures à s’endormir, et voilà qu’elle était déjà réveillée.
A côté d’elle, Seth formait une masse allongée sous la couette. Il dormait à poings fermés, ce qui avait le don de la contrarier profondément. Il n’avait pas besoin de se lever le matin, lui.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Du miel pour les abeilles
Elles marchaient ensemble deux à trois fois par semaine, dès que leurs tâches ménagères et leurs autres activités leur en laissaient le temps. A soixante-neuf ans, Viletta était la doyenne du trio. En voyant cette mordue de yoga vêtue de son pantalon de sport et d’un simple tee-shirt, personne ne se serait douté qu’elle avait déjà cinq petits-enfants. Seuls ses cheveux la trahissaient, disait-elle en riant : d’un blanc de neige, raides comme la justice, ils lui tombaient jusqu’au milieu du dos, et elle les nouait pour marcher en un chignon lâche. Doris, une grande un peu ronde avec des cheveux poivre et sel, enviait la condition physique de son amie, qui menait la cadence.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Du miel pour les abeilles
Lillie sortit de sa rêverie. Au-dehors, le soleil tapait dur. Le temps était resté très mitigé tout l’été, mais maintenant que l’automne était là, les températures s’envolaient. La veille, la radio annonçait quarante-deux degrés sur la côte. Même enfant, Lillie n’avait jamais adoré la plage et ne pouvait pas se permettre les shorts, les débardeurs et les tongs dans lesquels ses camarades gambadaient toute la journée.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Du miel pour les abeilles
Seth Green répondit aussitôt au mail de Martin. Ce dernier imprima la réponse et la lut à Lillie, mais elle n’aimait pas beaucoup cette histoire de courrier électronique. Elle préférait les lettres et le téléphone. Comment pouviez-vous jauger la personnalité de votre correspondant sans sa voix ou son écriture ? Apparemment, Seth était content d’apprendre l’existence de Lillie, et c’était tant mieux. Mais au fond, elle n’avait pas envie de se laisser perturber dans son train-train quotidien. Seth et Frankie pouvaient lui rendre visite s’ils le souhaitaient. Elle déclara à ses fils qu’elle n’avait pas le temps de voyager.
Charlotte, la mère adoptive de Lillie et la seule qu’elle ait jamais connue, lui avait souvent raconté ce qu’elle savait de son histoire. Elle lui avait expliqué qu’en Irlande, en 1940, les enfants illégitimes et leurs mères étaient tellement mal traités que ces femmes étaient presque toujours contraintes d’abandonner leurs bébés dans des circonstances tragiques. Une religieuse du nom de sœur Bernardine avait été envoyée par sa congrégation au couvent de Sainte-Marie de la Croix à Beaumaris, dans la banlieue de Melbourne. Elle emmenait avec elle la petite Lillie afin de la faire adopter. Mère Joséphine, la supérieure, connaissait le désir d’enfant de Charlotte et Bill après plusieurs fausses couches, et c’était ainsi que Lillie était entrée dans leurs vies.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Du miel pour les abeilles
Dans leur maison victorienne en bois peint, avec son jardin luxuriant et sa jolie galerie décorée de volutes en fer forgé, la cuisine avait toujours été le domaine de Lillie. Non que Sam ne fasse jamais à manger – il entretenait son barbecue avec autant d’amour qu’un charpentier son ciseau à bois. Mais griller de la viande restait un travail de plein air.
La cuisine – avec son papier peint à motifs de fougères verdoyantes, ses pots d’orchidées disposés sur toutes les surfaces disponibles et le gros fourneau couleur crème qu’ils avaient acheté trente ans plus tôt – constituait l’univers familier de Lillie. Arrivée au milieu de la pièce, elle se demanda un instant où elle avait rangé le petit plateau pour les verres à thé.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Du miel pour les abeilles
Toutes deux entendaient leurs copines se plaindre de belles-mères qui auraient mérité d’être enfermées, si une faille du système judiciaire l’avait permis. A leur avis, il aurait même fallu instaurer des camps de travaux forcés particulièrement pénibles à l’intention des mères qui continuaient d’apporter des repas maison à leurs fils mariés, « pour changer des plats préparés ».
Au bout de quelques semaines, la prédiction de Daphne s’était confirmée. Martin devait compter des termites parmi ses ascendants, car il avait creusé avec acharnement le moindre recoin de son arbre généalogique, jusqu’à découvrir que Lillie avait été confiée dès sa naissance à un couvent de Dublin par une certaine Jennifer McCabe. Le nom du père restait inconnu.
Après avoir annoncé la bonne nouvelle à Evan, Martin avait encore approfondi ses recherches. Il apprit ainsi que Jennifer McCabe avait épousé quelques années plus tard un certain Daniel Green, et qu’un garçon était né de leur union. Ce fils, prénommé Seth, était maintenant âgé d’une cinquantaine d’années.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Du miel pour les abeilles
C’était Martin, l’un des deux fils de Lillie, qui était à l’initiative de tout le processus.
Peu après la mort de Sam, il s’était mis à la généalogie et avait passé de nombreuses heures à rechercher des traces de son passé sur Internet. A l’instar de son père, Martin était grand, doux et très intelligent. En tant que maître de conférences en histoire, il se demandait pourquoi il n’y avait pas pensé plus tôt.
— C’est l’histoire de notre famille, j’aurais dû commencer ce travail il y a des années ! Où pouvais-je bien avoir la tête ? s’était-il exclamé en passant la main dans sa tignasse noire et bouclée, que Lillie aurait volontiers raccourcie à grands coups de ciseaux, comme quand il était petit.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Du miel pour les abeilles
S’il vous plaît, venez. J’aimerais tant vous rencontrer, et Frankie aussi. Voyez-vous, pour moi qui suis resté enfant unique pendant plus de cinquante ans, c’est merveilleux d’apprendre que j’ai une sœur en fin de compte. Je n’étais pas au courant de votre existence, Lillie, et je le regrette beaucoup.
Je suis également désolé d’apprendre le décès de votre mari. Vous devez être ravagée de chagrin. Pardonnez-moi si ce conseil vous semble impertinent, mais ne pensez-vous pas que c’est précisément le bon moment pour venir nous voir ? Et si un grand voyage vous aidait à traverser ce moment difficile ?
La seule chose dont je suis sûr, après quelques décennies sur cette planète, c’est que l’on ne peut jamais savoir ce que l’avenir nous réserve. Pour ma part, j’ai perdu mon emploi il y a trois mois, et le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne m’y attendais pas !
Nous serions ravis de vous recevoir chez nous, vraiment ravis. Venez, je vous en prie. Et comme je vous le disais, Lillie : mes paroles sont peut-être déplacées, puisque je n’ai jamais traversé ce type d’épreuve, mais cela pourrait vous faire du bien ?
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Du miel pour les abeilles
Lillie Maguire conservait la lettre dans la poche intérieure soigneusement zippée de son vieux sac à main beige, celui que Sam lui avait acheté un Noël dans le plus beau magasin de Melbourne. Des années d’usure l’avaient rendu souple comme un gant et des pièces de monnaie se cachaient parfois dans les fentes de la doublure, mais Lillie ne s’en souciait guère : c’était un souvenir de lui.
De Sam, elle n’avait conservé que quelques objets, véritables reliques : son oreiller, où elle décelait encore le parfum de ses cheveux, la chemise qu’il portait le jour de son entrée à l’hôpital et la bague de fiançailles qu’il lui avait offerte quelque quarante années plus tôt, sertie d’une minuscule opale. Sans oublier le sac à main beige à la doublure déchirée. C’étaient là tous ses trésors.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Les vraies histoires d'amour commencent à Paris
Chaque soir, la directrice Grace Rhattigan aimait être la dernière à quitter l’école publique de Bridgeport. C’était le moment le plus tranquille pour mettre à jour ses interminables tâches administratives, après que le dernier enseignant eut déserté la salle des maîtres et que tous les enfants – depuis les tout-petits jusqu’aux élèves de sixième, qui à douze ans se considéraient comme des grands – furent rentrés chez eux.
Les agents d’entretien finissaient généralement leur travail avant 16 h 30, mais ce jour-là une explosion de peinture jaune en grande section de maternelle leur avait donné du fil à retordre.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Les vraies histoires d'amour commencent à Paris
Elle était douée pour ce métier – sans quoi le directeur général, Eamonn Devlin, ne l’aurait jamais embauchée. Elle avait travaillé dur pour en arriver là, souvent au sacrifice de ses week-ends. Elle ressemblait en tout point à la photo des magazines, l’image de la parfaite chargée de relations publiques dans le monde des médias, avec sa panoplie de pantalons chic, ses chemisiers et ses tops plus élégants les uns que les autres, ses cheveux méchés qui ne s’échappaient jamais de sa coiffure impeccable… Même si elle prenait garde à ne pas faire d’ombre aux stars qu’elle était chargée d’accompagner, elle arborait un style subtil, assez classe pour que les gens la remarquent.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Les vraies histoires d'amour commencent à Paris
Katy le lui avait dit en face… ça et bien d’autres choses encore. Au bout de six mois, c’était comme si le délai de prescription sur la critique des maris nuls était dépassé. Katy voulait que son amie tourne la page. Hélas, c’était plus difficile qu’il n’y paraissait et toutes deux savaient que Leila pardonnerait immédiatement ses écarts à Tynan s’il lui venait l’idée de lui présenter ses excuses.
En attendant, Katy avait consolé Leila en répondant à ses coups de fil en pleine nuit et en lui envoyant moult SMS d’encouragement. Et elle s’était efforcée d’éviter les critiques, car l’amour avait rendu fragile et vulnérable son amie autrefois si forte.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Les vraies histoires d'amour commencent à Paris
Parfois, ce genre de saillie faisait rire Leila. Mais pas ce jour-là. Elle écoutait à peine, occupée à ressasser ses erreurs. Quel soulagement de donner libre cours à sa souffrance ! Devoir donner le change au travail rendait plus difficile encore le processus de rétablissement.
« J’ai précipité les choses parce que je rêvais de finir mes jours avec lui. Je voulais qu’il soit à moi. Si seulement j’avais attendu, si j’avais pris mon temps… »
En ce temps-là, elle était persuadée que Tynan désirait les mêmes choses qu’elle dans la vie. Le jour du mariage, alors qu’ils tournoyaient sur la piste au son d’une version sirupeuse de It Had to Be You, il n’avait d’yeux que pour sa jeune épouse blonde dont le visage rayonnait (et les cosmétiques n’y étaient absolument pour rien). C’était cela, le bonheur ; elle en aurait mis sa tête à couper.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Les vraies histoires d'amour commencent à Paris
Elles s’étaient installées dans un café chic et Katy parcourait du doigt la carte des boissons chaudes, avec ses sirops aromatisés et ses doubles doses d’espresso.
« Non, avait répliqué Leila d’un air sombre. Je déteste le flat white… Toute cette mousse de lait mélangée au café ! Je ne sais pas ce qui s’est passé avec cette fichue cafetière italienne, mais avec lui elle marchait très bien. Pas avec moi. Il a dû l’ensorceler. Je me rabats sur le thé. Irish Breakfast, Earl Grey… peu importe ! Est-ce que quelqu’un a déjà pensé à étudier les effets chimiques d’une séparation sur les papilles gustatives ? C’est la seule explication. Sinon, c’est qu’il a emporté à Londres une poupée de cire à mon effigie et qu’il lui plante des aiguilles dans la bouche. »
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Les vraies histoires d'amour commencent à Paris
Pour un peu, Leila aurait juré que son assistante essayait de lui remonter le moral. Mais Ilona savait – Leila le lui ayant affirmé – que sa patronne n’avait aucunement besoin qu’on lui remonte le moral.
Non, il n’y avait rien de particulier à signaler chez Eclipse. Leila Martin n’était pas du genre à donner dans le chagrin d’amour. Et ses collaborateurs n’y voyaient que du feu, à n’en pas douter.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Les vraies histoires d'amour commencent à Paris
Assise à son bureau au cinquième étage de l’immeuble en verre turquoise où siégeaient les films Eclipse, Leila Martin huma le thé à la rose que son assistante Ilona venait d’apporter pour elles deux sur un plateau.
Il dégageait un parfum exquis ; même l’emballage était sublime : illustrée dans le style des années 1940, peinte à l’aquarelle, sur la boîte figurait une tasse en porcelaine, d’où s’échappaient des volutes de vapeur, entremêlées de toutes petites roses.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Les vraies histoires d'amour commencent à Paris
Personne n’était au courant, pas même son père. Il avait failli en parler à sa mère, qui lui aurait répondu à coup sûr : « Fonce, je l’aime comme ma propre fille, tu le sais. »
Ses copains objecteraient peut-être qu’il avait bien le temps de se caser, mais ils se raviseraient en songeant combien elle était lumineuse, aussi belle à l’intérieur qu’à l’extérieur, intelligente et pas pédante.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
Les vraies histoires d'amour commencent à Paris
Il tenait la bague de fiançailles au fond de sa poche. Terrifié à l’idée qu’il pourrait la laisser tomber – pendant toute la montée en ascenseur vers le haut de la tour Eiffel, serré parmi la foule, il se demandait ce qu’il ferait si elle lui échappait. Il était impératif que ce moment mémorable ne se borne pas à un pauvre prétendant à quatre pattes sur la plate-forme, à la recherche de son écrin perdu.
Non, ce qui était inoubliable, c’était le cadre ; Paris qui scintillait autour d’eux, et les autres touristes qui rayonnaient à la vue de ce spectacle. Paris, ville de l’amour… pas de je te dis que j’avais la boîte dans la poche et qu’elle est tombée, aide-moi à la chercher, nom d’un chien !
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
L'Hibiscus Pourpre
Ce soir-là, je restai au lit et ne dînai pas en famille. J’avais contracté une toux et mes joues étaient brûlantes sous le dos de ma main. Dans ma tête des milliers de monstres jouaient une douloureuse partie de balle, mais au lieu d’un ballon, c’était un missel relié de cuir qu’ils se lançaient. Papa entra dans ma chambre ; mon matelas s’enfonça quand il s’assit et me caressa les joues en me demandant si je voulais autre chose. Marna me préparait déjà du ofe nsala. Je dis que non et nous demeurâmes assis en silence, en nous tenant par la main, pendant longtemps. Papa avait toujours eu la respiration bruyante mais là, il haletait comme s’il était essoufflé, et je me demandai à quoi il était en train de penser, peut-être était-il en train de courir dans sa tête, de courir pour fuir quelque chose. Je ne regardai pas son visage parce que je ne voulais pas voir les boutons qui s’étendaient sur chaque centimètre carré de sa peau, si nombreux, si également répartis qu’ils lui donnaient l’aspect bouffi.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
L'Hibiscus Pourpre
Mauvais signe. Il ne parlait pratiquement jamais ibo et même si Jaja et moi le parlions avec Mama à la maison, il n’aimait pas que nous l’utilisions en public. Nous devions paraître civilisés en public, nous disait-il ; nous devions parler anglais. La sœur de Papa, Tatie Ifeoma, avait fait remarquer une fois que Papa était un pur produit du colonialisme. Elle avait dit cela avec douceur, indulgence, comme si ce n’était pas la faute de Papa, comme on parlerait de quelqu’un qui hurle du charabia parce qu’il souffre d’une forte poussée de malaria.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
L'Hibiscus Pourpre
« Ke kwanu ? » lui demandai-je, même si je n’avais pas besoin de lui demander comment il allait. Il me suffisait de le regarder. Des rides s’étaient formées sur son visage de dix-sept ans ; elles zébraient son front et, au creux de chacune, une tension sombre s’était coulée. J’attrapai sa main et la serrai brièvement avant d’entrer avec lui dans la salle à manger. Papa et Mama étaient déjà assis, et Papa se lavait les mains dans le bol d’eau que Sisi lui tendait. Il attendit que Jaja et moi ayons pris place en face de lui et commença le bénédicité. Pendant vingt minutes, il demanda à Dieu de bénir la nourriture. Après, il psalmodia plusieurs titres différents de la Sainte Vierge, tandis que nous répondions : « Priez pour nous. » Son titre préféré était « Notre-Dame, bouclier du peuple nigérian ». Il l’avait inventé lui-même. Si seulement les gens l’utilisaient tous les jours, nous disait-il, le Nigeria ne tituberait pas comme un Homme important aux jambes frêles d’enfant.
Pour le déjeuner, il y avait du foufou et de la sauce d’onugbu. Le foufou était lisse et onctueux. Sisi le faisait bien ; elle écrasait énergiquement l’igname en ajoutant quelques gouttes d’eau dans le mortier, et ses joues se contractaient avec le boum-boum-boum du pilon. La sauce était pleine de morceaux de bœuf bouilli, de poisson séché et de feuilles d’onugbu vert foncé. Nous mangions en silence. Je roulais monfoufou en boulettes entre mes doigts, le trempais dans la sauce en veillant à attraper des morceaux de poisson, puis le portais à ma bouche. J’étais certaine que la sauce était bonne, mais je ne sentais pas son goût, n’arrivais pas à le sentir. Ma langue était comme du papier.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
L'Hibiscus Pourpre
J’étais encore à la fenêtre quand Mama entra dans ma chambre. Tous les dimanches avant le déjeuner, pendant que Papa faisait la sieste, Mama me tressait les cheveux, tout en disant à Sisi de mettre tantôt un peu plus d’huile de palme dans la sauce, tantôt un peu moins de curry dans le riz à la noix de coco. Elle s’asseyait dans un fauteuil près de la porte de la cuisine et moi par terre, la tête nichée entre ses cuisses. La cuisine avait beau être aérée, les fenêtres toujours ouvertes, mes cheveux s’imbibaient quand même du parfum des épices et après, quand je portais le bout d’une tresse à mon nez, je sentais l’odeur de la sauce aux egusi, des feuilles d’utazi, du curry. Mais Mama ne vint pas dans ma chambre avec le sac de peignes et d’huiles capillaires en me demandant de descendre. À la place, elle me dit : « Le déjeuner est prêt, nne. »
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
L'Hibiscus Pourpre
Après m’être changée, je m’assis à la fenêtre de ma chambre ; l’anacardier était si proche que, sans le quadrillage argenté de la moustiquaire, j’aurais pu tendre la main et cueillir une feuille. Les fruits jaunes en forme de cloche pendaient mollement, attirant des abeilles bourdonnantes qui se cognaient à la moustiquaire de la fenêtre. J’entendis Papa monter dans sa chambre pour sa sieste de l’après-midi. Je fermai les yeux, restai sans bouger, attendant de l’entendre appeler Jaja, d’entendre Jaja monter. Mais au bout de plusieurs longues minutes de silence, je rouvris les yeux et plaquai le front aux lames inclinables de la fenêtre pour regarder au-dehors. Notre cour était assez large pour contenir cent personnes dansant l’atilogu, assez spacieuse pour permettre à chaque danseur de faire les sauts périlleux habituels et d’atterrir sur les épaules de son voisin. Les murs de la concession, coiffés de rouleaux de fil électrique, étaient si hauts que je ne pouvais pas voir les voitures qui passaient dans la rue. Nous étions au début de la saison des pluies et les frangipaniers plantés près de l’enceinte emplissaient déjà la cour du parfum douceâtre de leurs fleurs. Une haie de bougainvillées violettes, taillée au cordeau comme un buffet, séparait les arbres noueux de l’allée. Plus près de la maison, d’éclatants buissons d’hibiscus s’étiraient l’un vers l’autre en s’effleurant, comme pour échanger leurs pétales. Les plants pourpres commençaient à donner des bourgeons ensommeillés, mais c’était quand même sur les rouges que se trouvaient la plupart des fleurs. Ils semblaient fleurir si vite, ces hibiscus rouges, compte tenu de la fréquence à laquelle Mama les coupait pour décorer l’autel de l’église et les visiteurs les cueillaient en retournant à leurs voitures.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
L'Hibiscus Pourpre
Papa balaya rapidement la pièce du regard, comme s’il cherchait une preuve que quelque chose était tombé du haut plafond, quelque chose qu’il ne se serait jamais attendu à voir tomber. Il attrapa le missel et le lança à travers la pièce, dans la direction de Jaja. Le missel manqua complètement Jaja mais atteignit les étagères en verre, que Mama astiquait souvent. Il fêla celle du haut, envoya s’écraser sur le sol dur les figurines beiges en porcelaine, hautes comme un doigt, qui représentaient des ballerines contorsionnées en différentes postures, puis tomba à leur suite. Plus exactement, tomba sur leurs nombreux débris. Et resta là, énorme missel relié de cuir, contenant toutes les lectures des trois cycles de l’année de l’église.
Jaja ne bougea pas. Papa se balançait d’un pied sur l’autre. J’étais sur le pas de la porte, et je les regardais. Le ventilateur du plafond tournait, tournait, et les ampoules électriques fixées à ses pales s’entrechoquaient en tintant. Puis Mama entra, ses pantoufles en caoutchouc claquant, clap-clap, sur le sol de marbre. Elle avait retiré son lappa pailleté du dimanche et le chemisier aux manches ballon. Maintenant elle portait un lappa en tie-dye simple, noué souplement à la taille, avec le tee-shirt blanc qu’elle mettait un jour sur deux. C’était un souvenir d’une retraite spirituelle à laquelle elle avait participé avec Papa ; les mots « DIEU EST AMOUR » s’étalaient en travers de sa poitrine tombante. Elle fixa longuement les débris des figurines par terre, puis elle s’agenouilla et se mit à les ramasser à mains nues.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0
L'Hibiscus Pourpre
Papa, lui, avait toujours le visage neutre quand je le regardais, le même genre d’expression que sur la photo du grand article qu’ils avaient publié sur lui lorsqueAmnesty World lui avait décerné un prix des Droits de l’homme. Ce fut l’unique fois où il s’autorisa à figurer dans le journal. Son rédacteur en chef, Ade Coker, avait insisté en disant que Papa le méritait, que Papa était trop modeste. C’est Mama qui nous l’avait raconté, à Jaja et à moi ; Papa ne nous parlait pas de ce genre de choses. Son visage demeurait empreint de cette expression neutre jusqu’au moment où père Benedict achevait son sermon, jusqu’au moment de la communion. Après avoir communié, Papa se rasseyait et regardait les fidèles se diriger vers l’autel ; ensuite, après la messe, si jamais quelqu’un avait manqué la communion deux dimanches de suite, il le signalait avec inquiétude à père Benedict. Il encourageait toujours père Benedict à aller trouver la personne et à la ramener au bercail ; seul un péché mortel pouvait empêcher quelqu’un de communier deux dimanches consécutifs.
Avez vous apprécié cet extrait ? 0