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Extrait ajouté par fanfan50 2013-07-11T15:42:43+02:00

Dans son enfance, au cours d'une des promenades qu'elle faisait avec son père, Agnès lui avait demandé s'il croyait en Dieu. Il avait répondu : "Je crois en l'ordinateur du Créateur". La réponse était si étrange que l'enfant l'avait retenue. Ordinateur n'était pas le seul mot étrange, Créateur l'était tout autant. Car le père ne parlait jamais de Dieu, mais toujours du Créateur comme s'il voulait limiter l'importance de Dieu à sa seule performance d'ingénieur. L'ordinateur du Créateur : mais comment un homme pouvait-il communiquer avec un appareil ? Elle demanda donc à son père s'il lui arrivait de prier. Il dit : "Autant prier Edison quand une ampoule grille".

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Extrait ajouté par fanfan50 2013-05-19T15:21:46+02:00

Nouvel extrait : "Qu'es-tu en train d'écrire, au juste ? - Ce n'est pas racontable. - Dommage. - Pourquoi dommage?C'est une chance. De nos jours, on se jette sur tout ce qui a pu être écrit pour le transformer en film, en dramatique de télévision, ou en bandes dessinées. Puisque l'essentiel,dans un roman, est ce qu'on ne peut dire que par un roman, dans toute adaptation ne reste que l'inessentiel. Quiconque est assez fou pour écrire encore des romans aujourd'hui, doit, s'il veut assurer leur protection, les écrire de telle manière qu'on ne puisse pas les adapter, autrement dit qu'on ne puisse pas les raconter."

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Extrait ajouté par Cleophe 2013-04-07T00:24:37+02:00

"Quelle est l'éternelle condition des tragédies?

L'existence d'idéaux, dont la valeur est réputée plus haute que celle de la vie humaine. Et quelle est la conditions des guerres? La même chose. On t'oblige à mourir parce qu'il existe, parait-il, quelque chose de supérieur à ta vie.

La guerre ne peut exister que dans le monde de la tragédie ; dès le début de son histoire, l'homme n'a connu que le monde tragique et n'est pas capable d'en sortir."

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Extrait ajouté par Cleophe 2013-04-07T00:24:14+02:00

" Supposons que vous ayez un ami qui aime Schumann et déteste Schubert, alors que vous aimez Schubert à la folie et que Schumann vous assomme. Quel disque offrirez-vous à votre ami pour son anniversaire ? Du Schumann dont il raffole, ou du Schubert dont c'est vous qui raffolez ? Du Schubert, bien entendu. En offrant du Schumann, vous auriez la désagréable impression d'être insincère, de donner à votre ami une sorte de pot-de-vin pour lui complaire, dans le désir presque mesquin de conquérir sa faveur. Après tout, quand vous faites un cadeau, c'est par amour, c'est pour offrir une partie de vous-même, un morceau de votre coeur ! Aussi donnerez-vous L'Inachevée de Schubert à votre ami, qui après votre départ enfilera ses gants, crachera sur le disque, le prendra entre deux doigts et le jettera à la poubelle."

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Extrait ajouté par Davaud 2010-05-28T09:18:01+02:00

Car on ne peut considérer un geste ni comme la propriété d'un individu, ni comme sa création (nul n'étant en mesure de créer un geste propre, entièrement original et n'appartenant qu'à soi), ni même comme son instrument ; le contraire est vrai : ce sont les gestes qui se servent de nous ; nous sommes leurs instruments, leurs marionnettes, leurs incarnations.

Elle demanda donc à son père s'il lui arrivait de prier. Il dit : "Autant prier Edison quand une ampoule grille."

La vocation de la poésie n'est pas de nous éblouir par une idée surprenante, mais de faire qu'un instant de l'être devienne inoubliable et digne d'une insoutenable nostalgie.

[...] la mort et l'immortalité formant un couple d'amants inséparables, celui dont le visage se confond avec le visage des morts est immortel de son vivant.

L'homme peut mettre fin à sa vie. Mais il ne peut mettre fin à son immortalité.

[...] le pouvoir du journaliste ne se fonde pas sur le droit de poser une question, mais sur le droit d'exiger une réponse.

Rien, en effet, n'exige plus d'effort de pensée que l'argumentation destinée à justifier la non-pensée.

[...] nous n'apprenons jamais pourquoi et en quoi nous agaçons les autres, en quoi nous leur sommes sympathiques, en quoi nous leur paraissons ridicules ; notre propre image est pour nous le plus grand mystère.

J'ose affirmer qu'il n'y a pas d'érotisme authentique sans art de l'ambiguïté ; plus l'ambiguïté est puissante, plus vive est l'excitation.

Je pense, donc je suis est un propos d'intellectuel qui sous-estime les maux de dents. Je sens, donc je suis est une vérité de portée beaucoup plus générale et qui concerne tout être vivant. [...] Le fondement du moi n'est pas la pensée mais la souffrance, sentiment le plus élémentaire de tous. Dans la souffrance, même un chat ne peut douter de son moi unique et non interchangeable. Quand la souffrance se fait aiguë, le monde s'évanouit et chacun de nous reste seul avec lui-même. La souffrance est la Grande École de l'égocentrisme.

Le souci de sa propre image, voilà l'incorrigible immaturité de l'homme.

Être mortel est l'expérience humaine la plus élémentaire, et pourtant l'homme n'a jamais été en mesure de l'accepter, de la comprendre, de se comporter en conséquence. L'homme ne sait pas être mortel. Et quand il est mort, il ne sait même pas être mort.

Chemin : bande de terre sur laquelle on marche à pied. La route se distingue du chemin non seulement parce qu'on la parcourt en voiture, mais en ce qu'elle est une simple ligne reliant un point à un autre. La route n'a par elle-même aucun sens ; seuls en ont un les deux points qu'elle relie. Le chemin est un hommage à l'espace. Chaque tronçon du chemin est en lui-même doté d'un sens et nous invite à la halte. La route est une triomphale dévalorisation de l'espace, qui aujourd'hui n'est plus rien d'autre qu'une entrave aux mouvements de l'homme, une perte de temps.

La honte n'a pas pour fondement une faute que nous aurions commise, mais l'humiliation que nous éprouvons à être ce que nous sommes sans l'avoir choisi, et la sensation insupportable que cette humiliation est visible de partout.

Vivre, il n'y a là aucun bonheur. Vivre : porter de par le monde son moi douloureux. Mais être, être est bonheur. Être : se transformer en fontaine, vasque de pierre dans laquelle l'univers descend comme une pluie tiède.

[...] il n'y a pas pire châtiment, pire horreur que de transformer un instant en éternité, d'arracher l'homme au temps et à son mouvement continu.

C'est affreux, mais c'est ainsi : nous avons appris à regarder notre propre vie par les yeux des questionnaires administratifs ou policiers.

L'humour ne peut exister que là où les gens discernent encore la frontière entre ce qui est important et ce qui ne l'est pas. Aujourd'hui, cette frontière est indiscernable.

Quand une femme rougit, c'est beau ; son corps, en cet instant, ne lui appartient pas ; elle ne le maîtrise plus ; elle est à sa merci ! ah, rien n'est plus beau que le spectacle d'une femme violée par son propre corps !

Mais pour qui n'est pas fou, rien n'est plus beau que de se laisser conduire dans l'inconnu par une voix qui est folle !

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