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― Aline, soupira-t-il, tu sais ce qu’est l’enfer ?

― Oui, dit-elle tandis que ses larmes jaillissaient. C’est essayer d’exister avec le coeur séparé du corps.

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Il proféra un juron et, lui saisissant la tête à deux mains, l'obligea à le regarder.

- Voilà douze ans que je souffre les pires tourments, que je te désire avec ardeur dans mes bras, et que je crois ce moment impossible. J'ai mille raisons de te désirer... non, c'est plus que ça : je ne te veux pour aucune raison en particulier, je te veux parce que tu es toi. Je veux m'enfoncer en toi le plus profondément possible et y rester des heures... des jours... des semaines. Je veux être avec toi le matin, à midi et le soir. Je veux tes sourires, tes baisers... je veux l'odeur de tes cheveux, le goût de ta peau, ton haleine sur mon visage. Je veux te voir à la dernière heure de ma vie... Je veux rendre mon dernier soupir dans tes bras.

Il hocha la tête en la regardant comme un condamné qui découvre le visage de son bourreau.

- Aline, soupira-t-il, tu sais ce qu'est l'enfer?

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- Je ne sais pas si on peut appeler cela se languir, répliqua-t-elle en caressant le carreau du bout des doigts. McKenna fera toujours partie de moi, où qu'il aille. On dit que les amputés gardent toute leur vie un membre fantôme. Que de fois n'ai-je pas senti McKenna à mon côté... Je ne suis jamais seule.

Elle inclina le visage et posa le front sur la vitre froide.

- Je l'aime au-delà de toute raison. Il est à présent un étranger pour moi, mas pourtant si familier. je ne saurais imaginer supplice plus exquis que de l'avoir ainsi, tout près.

Un long silence s'installa.

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Aline, maladroite, ouvrit l’enveloppe et en sortit un feuillet. Il portait quelques lignes d’une écriture sans fioritures.

Ni le désert immense, ni les montagnes altières,

ni l’immensité bleue de la mer

Ni les mots, ni les larmes, ni la peur

Ne m’empêcheront de revenir vers toi.

Manquait la signature : elle était inutile.

Aline ferma les yeux. Des larmes brûlantes sourdaient entre ses cils. Elle pressa furtivement ses lèvres contre la missive.

― C’est un poème, annonça-t-elle d’une voix mal assurée. Il est… sublime.

Jamais elle n’avait lu mots si charmants. Elle se tamponna les yeux avec sa manche.

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Sentant son regard, McKenna leva les yeux et les détourna tout de suite. Il demeura un moment immobile, le visage fermé, puis se résolut à croiser de nouveau son regard. Elle en eut la chair de poule. Il semblait glacial. La passion qu’il éprouvait pour elle se transformait en hostilité.

Bientôt, il la haïrait, si ce n’était déjà le cas.

Il vint à elle. Ils restèrent face à face, tandis que de petits groupes de personnes bavardaient et circulaient autour d’eux. Au prix d’un immense effort, Aline leva le menton et le regarda dans les yeux. Ses iris turquoise si exotiques étaient en partie mangés par la noirceur des pupilles. Il était pâle sous sa peau hâlée, et sa vitalité proverbiale paraissait étouffée par son humeur sinistre.

― Je ne te souhaite que du bien, McKenna.

― Moi aussi, je te souhaite le meilleur.

― J’espère que tu feras une agréable traversée.

― Merci.

Maladroite, Aline lui tendit la main. McKenna ne la prit pas. Elle allait la retirer quand il la saisit et la porta à ses lèvres. Il avait la bouche fraîche et sèche.

― Au-revoir, murmura-t-il.

La jeune femme, la gorge nouée, demeura silencieuse et tremblante, la main en l’air. Elle referma lentement les doigts, posa son poing contre son estomac et se détourna, comme aveuglée.

Elle sentit qu’il la suivait des yeux pendant qu’elle partait. Elle gravit les marches du perron devant l’entrée. Ses affreuses cicatrices lui tiraient la peau, brûlure persistante qui lui faisait monter des larmes de rage.

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Quelques torches situées aux points clefs du jardin offraient un éclairage suffisant pour sa promenade. Marchant au hasard, il tomba sur une petite clairière pavée, au centre de laquelle coulait une fontaine. Détail surprenant, une fille s’y promenait. Elle prêtait l’oreille aux échos de la musique provenant des portes-fenêtres ouvertes de la salle de bal. Elle chantonnait doucement et, un verre de vin à la main, esquissait quelques pas de valse. Gideon l’aperçut de profil : ce n’était pas une fillette mais une jeune femme, à la physionomie avenante. Il la prit pour une soubrette, car sa robe était usée et sa chevelure tressée dans le dos de façon lâche. Sans doute une femme de chambre qui avait chapardé un verre de vin. Elle tournait et tournait encore, telle une Cendrillon égarée dont la robe de bal aurait disparu avant qu’elle ne fût arrivée à la fête. Gideon sourit. Oubliant un instant son besoin de boire, il s’approcha. Le bruit de ses pas était couvert par le gargouillis de la fontaine.

Au hasard de sa valse lente, la jeune femme se retrouva face à lui et s’arrêta net. Gideon se fendit d’une élégante courbette et lui sourit non sans ironie. Prise au dépourvu, elle sourit également, ses yeux brillant à

la lueur des torches. Ce n’était pas une beauté de statue grecque, mais elle possédait beaucoup de charme.

― Je me sens humiliée d’être ainsi surprise, dit-elle. Si vous êtes un gentleman, oubliez ce que vous venez de voir.

― Malheureusement, j’ai une mémoire d’éléphant, rétorqua

Gideon, amusé.

― C’est très méchant de dire ça, répondit-elle en riant.

Gideon était déjà séduit. Cent questions lui venaient à

l’esprit. Qui était cette jeune personne ? Pourquoi se trouvait-elle là ? Prenait-elle du sucre dans son thé ? Grimpait-elle aux arbres quand elle était petite ? Quel effet lui avait fait son premier baiser ? Bref, sa curiosité était piquée. En général, les gens lui étaient indifférents, ou il ne s’y intéressait pas assez longtemps pour avoir des questions à leur poser. Sans oser parler, il avança prudemment. Elle se raidit, comme si elle n’avait pas l’habitude de côtoyer des inconnus. De plus près, il constata qu’elle avait des traits réguliers, le nez un peu long, la bouche bien dessinée. Des yeux clairs… verts peut-être, avec des profondeurs inattendues.

―Pour danser la valse, il est plus facile d’être deux. Puis-je vous servir de cavalier ?

La jeune femme le dévisagea comme s’il avait l’esprit dérangé. Dans la salle de bal, la musique allait bon train. Au bout d’un long moment, elle eut un sourire d’excuse.

― Je n’ai pas fini mon vin.

Gideon n’eut pas besoin de se le faire dire deux fois. Il étendit la main, prit le verre et le vida d’un trait, avant de le reposer sur le rebord de la fontaine. Elle rit de bon cœur et lui fit du doigt un signe grondeur. En la contemplant, Gideon ressentit une chaleur dans la poitrine, comme la fois où il avait attrapé la grippe et que sa nurse lui avait fait prendre une inhalation. Il se souvint du soulagement éprouvé après des heures d’étouffement, le rythme de ses poumons qu’il pouvait enfin remplir d’air brûlant et bienfaisant. Curieusement, il avait de nouveau cette même sensation : un soulagement d’origine inconnue.

Il avait retiré ses gants et les avait glissés dans sa poche dès qu’il était sorti dans le jardin. Il tendit donc à sa mystérieuse cavalière sa main nue. Elle hésita, détourna le regard, soudain rêveuse, se mordillant la lèvre inférieure. À l’instant où Gideon se dit qu’elle allait refuser, elle céda à une impulsion soudaine et lui prit la main. Il l’attira si près de lui qu’il sentit dans ses cheveux un léger parfum d’eau de rose. Elle était mince et bien faite, sa taille fine et sans corset était souple sous ses doigts. Gideon sentit monter en lui une bouffée de désir.

Il l’entraîna dans une valse lente, évitant les pièges du dallage irrégulier.

― J’ai déjà vu des fées danser sur la pelouse, une fois où

j’avais bu trop de cognac. Mais je n’avais encore jamais dansé avec l’une d’elles.

Elle tenta de l’entraîner un peu plus loin, et il la retint.

― Non, laissez-moi vous guider.

― Nous étions trop près du bord du dallage, protesta-t-elle.

― Non, nous avions assez de place.

Elle soupira en fronçant son joli nez.

―Ah, ces Américains autoritaires… Je suis sûre que je ne devrais pas danser avec un homme qui prétend avoir vu des fées. En outre, votre femme aurait sans aucun doute un avis tranché sur la question.

― Je ne suis pas marié.

― Si, vous l’êtes ! rétorqua-t-elle avec un sourire, comme s’il était un garnement pris en flagrant délit de mensonge.

― Pourquoi en êtes-vous si sûre ?

― Puisque vous êtes l’un des Américains, et qu’ils sont tous mariés sauf M. McKenna. Et vous n’êtes pas M. McKenna.

― Il y a un autre célibataire dans le groupe, insista Gideon d’un air las, en lui lâchant la taille pour la faire tourner d’une main.

Après que le tour fut fini, il la rattrapa par le dos.

― C’est juste, admit-elle. C’est donc que vous êtes…

― M. Shaw.

― Je vois, murmura-t-elle en le regardant avec de grands yeux.

S’il ne l’avait pas tenue si solidement, elle aurait trébuché.

― Je suis censée ne pas vous approcher.

― Qui vous a dit cela ? demanda-t-il, amusé.

― Je suis certaine que la moitié des bruits qui courent sur vous sont vrais… continua-t-elle en éludant la question.

―Ils le sont, et l’autre moitié aussi, confirma Gideon sans honte.

― Dans ce cas, vous êtes un débauché.

― C’est exact, et de la pire espèce.

― Voilà qui a le mérite de la franchise ! s’esclaffa-t-elle en se dégageant. Toutefois, il vaut mieux que je vous quitte à présent. Merci pour la danse, c’était charmant.

― Ne partez pas, implora Gideon. Attendez, dites-moi qui vous êtes…

― Devinez ! Vous avez droit à trois questions.

― Vous faites partie du personnel ?

― Non.

― Impossible que vous soyez une Marsden : vous ne leur ressemblez en rien. Vous venez du village ?

― Non.

― Ne seriez-vous pas la maîtresse du comte ?

― Et non, répliqua-t-elle en souriant. Vous avez épuisé vos trois questions. Au revoir, monsieur Shaw.

― Attendez !

― Et que je ne vous prenne pas à danser sur la pelouse avec les fées. C’est mouillé, vous abîmeriez vos chaussures.

Elle disparut comme par enchantement, ne laissant comme preuves de sa présence que le verre vide au bord de la fontaine et un sourire émerveillé sur les lèvres de Gideon.

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— Pou danser la valse, il est plus facile d'être deux. Puis-je vous servir de cavalier?

La jeune femme le dévisagea comme s'il avait l'esprit dérangé. Dans la salle de bal, la musique allait bon train. Au bout d'un long moment, elle eut un sourire d'excuse.

— Je n'ai pas fini mon vin.

Gideon n'eut pas besoin de se le faire dire deux fois. Il étendit la main, prit le verre e le vida d'un trait, avant de le reposer sur le rebord de la fontaine.

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— Jusqu’à ce jour, tu as remué ciel et terre pour entraver ma relation avec McKenna. Pourquoi as-tu changé d’avis ?

— Parce que tu as trente et un ans et que tu es vieille fille. J’ai réalisé que c’était la seule solution pour me débarrasser de toi.

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A genoux devant elle, McKenna prit un pied glacé entre ses mains chaudes. Du pouce,il frôlait la pointe tendre des orteils .

-Tu portais des chaussures quand c'est arrivé, constata-il en observant la peau fine et lisse du pied, et le filigrane délicat des veines près de la cheville.

-Oui

Il monta les mains sur les chevilles, et elle eut comme un spasme.

-Ça te fais mal quand je te touche?

-Non, répondit Aline en tremblant. C'est-à-dire que... personne ne m'a plus jamais touché les jambes, sauf Mme Flaircloph. Il y a des endroit où la peau est hyper-sensible.

Le fait de voir les mains de Mckenna sur ses mollets ravagés était presque insupportable. Désespérée, tétanisée, elle observait les doigts délicats qui allaient et venaient sur ses cicatrices, d'un rouge violent.

- Si j'avais su ! murmura-t-il. J'aurais été à tes côtés...

Elle avait envie de sangloter.

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— Mon amour pour toi a été la chose la plus forte de ma vie, et la plus authentique.

— Tais-toi, soupira Aline, les larmes aux yeux.

— Je te demande, avec toute l’humilité dont je suis capable, de m’épouser et de venir en Amérique. Une fois Westcliff marié, il n’aura plus besoin de toi comme maîtresse de maison. Tu n’auras plus vraiment ta place à Stony Cross Park. Mais si tu deviens ma femme, tu seras la reine de la bonne société new-yorkaise. Je possède une véritable fortune, Aline, et l’espoir d’en tripler le montant d’ici à quelques années. Si tu me suis, je n’aurai de cesse de te rendre heureuse.

Il parlait de façon calme et méthodique, comme un homme qui joue sa vie entière sur un coup de dés.

— Évidemment, il va t’en coûter de quitter ta famille et tes amis, et l’endroit où tu as vécu depuis ta naissance. Mais tu pourras revenir en visite, la traversée prend douze jours à peine.

Tu pourrais commencer une vie nouvelle avec moi. Dicte-moi tes conditions : je les accepte d’avance.

À chaque phrase, Aline se sentait sombrer plus profondément dans le désespoir. Un énorme poids lui écrasait la poitrine.

— Il faut me croire quand je te dis que nous n’avons aucune chance d’être heureux ensemble. Tu m’es cher, McKenna, mais je … je ne t’aime pas de cette façon, je ne saurais t’épouser.

— Tu n’es pas obligée de m’aimer. J’accepterai tout ce que tu pourras me donner.

— Non, McKenna.

Il s’avança jusqu’à elle, s’accroupit et prit sa main, qui était froide. Par comparaison, il avait les mains brûlantes.

— Aline, je t’aime assez pour deux. Et il y a en moi assez de qualités qui méritent d’être aimées. Si tu acceptais juste d’essayer …

Le besoin de dire toute la vérité la rendait folle. La simple idée de le faire emballait son coeur et des sueurs froides lui couraient sur toute la peau. Elle tenta de s’imaginer dévoilant ses hideuses cicatrices, là, tout de suite. Non. Non.

Elle se sentait prisonnière comme d’un filet, et tentait frénétiquement de se débarrasser des liens du passé.

— Ce n’est pas possible, dit-elle en agrippant le tissu de soie de sa robe.

— Pourquoi ?

Le ton était dur, mais la fragilité qu’il cachait était émouvante, à donner envie de pleurer. Aline savait ce que McKenna voulait, et ce dont il avait besoin : une compagne qui lui céderait volontiers, au lit comme ailleurs. Une femme qui serait fière de lui, et indifférente à sa basse condition. Jadis, elle aurait pu jouer ce rôle. Mais il était trop tard.

— Tu n’es pas de mon milieu. Nous le savons tous les deux.

C’était le seul argument susceptible de le convaincre. Tout américain qu’il était, McKenna était né anglais et il ne parviendrait jamais à se débarrasser de son complexe d’infériorité, forgé en dix-huit ans d’existence servile. Le fait de se l’entendre dire de la bouche d’Aline représentait la trahison suprême. Elle détourna la tête pour ne pas voir son expression. Elle avait l’impression de mourir intérieurement, de mettre son coeur en cendres.

— Mon Dieu, Aline !

— Je suis d’un autre sang, continua-t-elle d’une voix rauque. Ma place est ici, avec … avec lord Sandridge.

— Tu ne me feras pas croire que tu le prendrais plutôt que moi. En tout cas, pas après ce qui s’est passé entre nous, bon sang ! Tu m’as laissé te toucher d’une façon que tu ne lui as jamais permise.

— J’ai eu ce que je voulais. Et toi aussi. Après ton départ, tu comprendras que cela valait mieux.

McKenna lui serra la main plus fort. Puis il lui tourna la paume vers le haut, et posa sa joue dessus.

— Aline, j’ai peur de ce que je deviendrai si tu ne veux pas de moi …

La jeune femme avait mal à la gorge, à la tête. Soudain, ses larmes débordèrent. Elle arracha sa main de la sienne, alors que son seul désir était de la poser sur son sein.

— Ça ira, tu verras, promit-elle, essuyant de la manche son visage alors qu’elle s’éloignait sans se retourner. Ça ira, McKenna. Repars à New York, je ne veux pas de toi.

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