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Liste des extraits

Extrait ajouté par Daerinn 2020-03-17T10:41:05+01:00

Elle se demanda d'où lui venait cette étincelle. Quelles épreuves avait-il lui aussi traversées, quelle part d'ombre avait lentement étouffé le feu de sa vie jusqu'à la réduite à cette braise incandescente au fond du regard?

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Extrait ajouté par Daerinn 2020-03-16T10:58:54+01:00

Mélanie naquit quelques mois plus tard.

Mélanie disparut quelques années plus tard.

Un soir d'hiver, gris et brumeux.

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Extrait ajouté par anonyme 2019-09-25T13:47:39+02:00

— Pourquoi restez-vous tous sur l’île ? Pourquoi ne retournez-vous pas sur le continent ? demanda Sandrine en avalant une gorgée de bière.

— Parce que nous sommes prisonniers, jeune fille. Tout simplement, répondit Victor en posant son regard sur les photos.

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Extrait ajouté par anonyme 2019-09-25T13:46:55+02:00

La petite-fille de Suzanne s’émerveilla devant les clichés. La plupart, en noir et blanc, témoignaient de ce qu’avait dû être la vie sur l’île durant les premières années. Sur l’un d’entre eux, une dizaine de personnes posait fièrement, telle une équipe de football, tournant le dos à un énorme blockhaus. Elle reconnut Victor à sa tenue de cuisinier mais eut un doute sur la présence de Simon. La grande taille correspondait, mais le sourire affiché du jeune homme d’alors tranchait rigoureusement avec le marin qu’elle avait rencontré plus tôt. Sandrine chercha sa grand-mère, mais n’ayant aucune référence à laquelle s’accrocher, elle hésita entre les deux femmes présentes, une assez petite, au visage maquillé, et une autre, plus menue et au regard fuyant l’objectif. De plus, la qualité moyenne des images ne lui facilitait pas la tâche…

Plusieurs photos montraient ces mêmes personnes dans différentes situations : en train de jardiner, attablées dans une pièce aux murs colorés, jouant au basket, fumant sur un rocher avec la mer comme horizon… Même l’île rayonne, se dit-elle en observant les quelques clichés en couleur qu’elle devinait avoir été pris au Kodachrome. Elle eut l’impression qu’au fil des ans, la tragédie du camp de vacances avait terni la nature de l’île. À l’époque, les pavillons des habitants étaient agrémentés de jardinières fleuries, la mer semblait plus bleue également, et le ciel bien loin du gris menaçant qui pesait à présent sur la silhouette de l’île.

Mais ce ne fut pas cette dichotomie chromatique qui la mit le plus mal à l’aise.

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Extrait ajouté par anonyme 2019-09-25T13:46:02+02:00

— Voici vos chambres. Vos prénoms sont inscrits sur les portes. Nous allons vous laisser vous installer tranquillement, puis, lorsque ce sera fait, nous nous retrouverons dans la salle que nous venons de quitter pour vous présenter le programme de vos vacances. Ces chambres sont les vôtres à présent, libre à vous de bouger les meubles si l’agencement ne vous convient pas. Prenez votre temps, faites connaissance. Pour ceux qui le souhaitent, une prochaine tournée de chocolat chaud aura lieu dans une heure, mais rien d’obligatoire. Il y a une pendule, là-bas, au fond du couloir. À plus tard.

Les uns après les autres, les pensionnaires disparurent dans leurs chambres respectives. Depuis le couloir, on pouvait entendre leurs rires et leurs exclamations. Car, à la place du ciment fatigué, ici aussi des nuances joyeuses les attendaient. Des clowns peinturlurés, des prairies verdoyantes, des ribambelles d’enfants se tenant par la main, leurs prénoms peints en grosses lettres multicolores…

Suzanne sentit une larme couler le long de sa joue. Heureusement que je ne me suis pas maquillée comme Françoise, se dit-elle en souriant.

Puis elle se retourna et laissa les enfants seuls avec leur émerveillement.

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Extrait ajouté par anonyme 2019-09-25T13:44:47+02:00

Dix minutes plus tard, le bateau s’amarrait. Sandrine fut soulagée de fouler le ponton de l’île. Elle resta quelques instants immobile, respirant à pleins poumons l’air iodé, tentant de faire disparaître ce léger tangage qui persistait à l’intérieur de son estomac. Une fine grève, que les marins surnomment « cimetière des vagues  », s’étirait devant elle. Son sable était gris, très loin de la couleur claire et accueillante d’une plage du Pacifique. Des guirlandes d’algues hachuraient sa surface, tels les oripeaux marins d’un monstre lovecraftien.

Bon sang, grand-mère, tu ne pouvais donc pas mourir aux Seychelles…

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Extrait ajouté par anonyme 2019-09-25T13:44:09+02:00

— OK, débuta Paul en s’installant un peu plus près de Sandrine. On remonte à la Seconde Guerre mondiale. Durant l’Occupation, l’endroit a servi d’avant-poste à la marine allemande. Ils y ont construit un blockhaus ainsi que des maisons pour le personnel en place. Seulement, à la Libération, l’île a été évacuée et totalement désertée. L’État français a alors décidé de la vendre, comme bon nombre des îlots utilisés par les Allemands, afin de récupérer de l’argent pour rebâtir le pays. C’est à ce moment que l’actuel propriétaire est intervenu. Il semble qu’il avait déjà en tête de redonner son aspect naturel à l’endroit. Cependant, il n’a pas fait détruire les constructions allemandes, car en arrivant sur le site, une autre idée lui est venue à l’esprit : un camp de vacances.

— Un camp de vacances ? s’étonna Sandrine en redressant le col de son manteau.

— Tout à fait, un camp de vacances pour les enfants de la guerre. Il a ouvert à la fin de l’été 1949. Pas trop éloigné de la côte et donc des familles, mais suffisamment à l’écart pour oublier les souffrances et les privations. Pour lancer ce projet, il a fallu recruter du personnel, un cuisinier, des médecins, des gouvernantes, un jardinier… C’est ainsi que les actuels habitants de l’île sont arrivés.

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Extrait ajouté par anonyme 2019-09-25T13:43:47+02:00

— Bon, reprit-il en se redressant, dans ce cas, je vais vous faire un bref historique de l’endroit. Mais à une seule condition…

— Laquelle ?

— Que vous dîniez avec moi à l’auberge ce soir.

— Elle est ouverte ? s’étonna Sandrine.

— Imaginez une poignée d’habitants sur une île. Que faut-il pour que la solitude ne les rende pas fous ?

— Un endroit où se retrouver. Avec de l’alcool, répondit-elle, amusée par cette évidence.

— Exactement ! Et lorsque les scientifiques débarquent, croyez-moi, eux aussi sont heureux de se rassembler au chaud pour boire un verre ! Victor, le cuisinier, l’ouvre tous les jours. En général, il laisse les fourneaux éteints et se contente de servir quelques bières… Mais à chaque fois qu’on arrive, un plat tout juste cuisiné nous attend. Je pense que ça l’occupe, ça lui donne une raison de se lever le matin…

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Extrait ajouté par anonyme 2019-09-25T13:43:02+02:00

— Qu’est… que vais-je trouver là-bas, sur cette île ?

— Hélas, je ne peux vous préciser exactement ce que possédait votre aïeule, elle ne l’a pas vraiment décrit dans son testament. De plus, la maison ne lui appartenait pas, c’était une location. Je pense qu’il s’agira simplement d’affaires personnelles, des vieilles photos peut-être, des bijoux, que sais-je…

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Extrait ajouté par anonyme 2019-09-25T13:41:59+02:00

— Bon, tant pis si je suis maladroit, articula Pierre avec prudence, voilà, j’ai reçu un coup de fil ce matin, d’un notaire.

— Un notaire ?

— Oui, un notaire qui t’a envoyé un courrier il y a quelques semaines et qui a vu sa lettre lui revenir, car le destinataire n’habitait plus à l’adresse indiquée. Il a finalement réussi à savoir que tu travaillais ici et l’a renvoyée. Il m’a aussi téléphoné ce matin, pour me prévenir que c’était urgent.

— Te prévenir de quoi ?

— Ta grand-mère.

Sandrine s’enfonça dans la chaise et resta silencieuse un instant.

Ta grand-mère. Voulait-il parler de « mémé Suzanne  », cette grand-mère maternelle qu’elle n’avait jamais vue parce que cette folle, selon les dires de sa mère, vivait sur une île qu’elle ne quittait jamais ?

Pierre se leva, fit le tour de son bureau et se posta aux côtés de Sandrine en lui tendant un courrier.

— Tiens, voici la lettre. Je crains que ce ne soit une mauvaise nouvelle. Je vais te laisser seule, le temps que tu… enfin, tu sais. Je suis à côté si tu as besoin de quelque chose.

Sandrine attendit que la porte se referme, puis ouvrit l’enveloppe.

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