Les extraits ajoutés par Bookbiglove
« Le silence qui entoure le drame est plus traumatisant que l'événement » paraît-il. Pourtant, j'aurais préféré rester sourd à ce qui ne cesse de faire écho maintenant.
« Bienheureux sont les pauvres d'esprit » a dit Saint Matthieu dans l'évangile. Finalement, peut-être que j'étais heureux, en étant dans l'ignorance et dans l'humilité de ce que j'avais vécu. Ma notion du Mal était on ne peut plus basique et enfantine, mais au moins elle me permettait de ne pas souffrir. Aujourd'hui, on me fait mettre des mots sur mes ressentis, des pensées obscures et pleines de culpabilité sur mes actions, et utiliser des termes comme « traumatisme », en faisant de ma mémoire une maladie.
On ne me laisse pas le choix. Je dois faire de la « survivance » sur ce que j'ai vécu, et mettre en pratique une thérapie qui m'est étrangère, à moi et à la communauté qui était la mienne.
En voulant me sauver, ils ont fait de moi une victime. Je sais bien que je l'étais déjà, une victime de la guerre. Par sa faute, j'étais orphelin et j'avais assisté à toutes formes de barbarie. Mais dès lors, je suis une victime des angoisses que mes sauveurs m'ont créées. Je me sens comme ces peuples des terres arides, appelés « sauvages » par les intellectuels occidentaux, et qui ne savaient même pas qu'ils l'étaient !
Le voile que mes sauveurs ont levé est plus violent que ce que je croyais avoir perçu de mon histoire. La connaissance est douloureuse et donne à mon vécu une tragédie que j'aurais préféré ne pas voir.
« Ce que tu as vécu est inhumain », insistent-ils. Sauf que pour moi, cela ne veut rien dire. Est-ce que justement ce ne sont pas les humains qui font la guerre ? En toute logique, en quoi est-ce donc si inhumain, hein ?
Voilà sur quoi on m'a ouvert les yeux. Sur la perversion de l'homme. Le Mal dans toute sa splendeur. Et je suis l'un d'entre eux. Un homme. Un être humain.
Afficher en entier...« syndrome de stress post traumatique » (...) est une chose universelle ou n'est que le reflet de ce besoin qu'ont les occidentaux de ressasser et de se créer des maladies mentales supplémentaires. (...) ce sont les sociétés qui créent leurs fous.
Afficher en entierParfois, la souffrance que l’on ressent nous donne l’impression d’être brisé, d’avoir perdu une part de soi, mais en regardant au loin, on la voit, qui attend. Le moment venu, nous la retrouverons quand nous aurons parcouru assez de chemin seul. Ce jour-là, fort du temps passé, nous serons à nouveau entier, prêt à affronter d’autres obstacles. Ainsi va la vie, faite de séparations, d’épreuves et de retrouvailles…
Afficher en entierLa rivière descend toujours de la montagne, toujours… (...). Si elle rencontre des obstacles, elle les contourne, elle se scinde en deux pour se retrouver plus loin, plus forte, plus puissante sans jamais regarder en arrière. Il faut accepter de ne jamais pouvoir arrêter son court ni le faire remonter. Seul son objectif compte : rejoindre l’océan.
Afficher en entierPar moments, nous sentons qu’un changement majeur s’opère dans notre existence. Tout ce qui nous entoure devient plus clair. Nos sens s’aiguisent et le temps se fige, même si nous sommes incapables d’identifier et de nommer ce grand bouleversement.Il faut pour cela être à l’écoute de notre instinct, percevoir les signes et se permettre de ressentir et de vivre des émotions sincères.
Afficher en entierEn vieillissant, et en gagnant en sagesse, je me rends compte que les amitiés que nous entretenons sont précieuses et inestimables. Les négliger et les sacrifier au nom de l’amour, ou pour toute autre raison, nous isole et nous donne la fausse impression que nous contrôlons notre vie, que celle-ci sera sans taches. Les amitiés que nous chérissons nous prémunissent contre le désespoir, nous comblent et nous remettent en question.
Afficher en entierLorsqu’on subit une terrible perte, on traverse tous cinq étapes.
D’abord, on passe par le déni, car la disparition d’un être cher n’est pas envisageable ; on ne veut pas, on ne peut pas imaginer que ce soit vrai. Alors on commence à s’énerver, contre soi-même, contre les autres – ceux qui sont encore là. Cette colère enfle et il est difficile de la retenir. On commet des erreurs, des injustices. On cherche des coupables et on s’en prend aux mauvaises personnes. Constatant que cette colère ne nous est d’aucun secours, on change de tactique. Vient alors le temps des négociations. On implore, on supplie, on irait jusqu’à offrir son âme en échange d’un jour de plus avec l’être perdu. Mais ces arrangements demeurent vains et les espoirs déçus nous entraînent vers la dépression. Aveuglé par le chagrin, on imagine que plus rien ne vaut la peine d’être vécu, et cerné par le désespoir, on abandonne. L’abandon est la dernière portion du chemin avant l’ultime étape. Peut-être est-ce aussi la plus longue.
Le temps passe et on s’interroge. Pourquoi ça bloque autant, pourquoi ça fait tellement mal. Mais ce dont on doit se souvenir, c’est que ça peut changer, que ça va changer, que l’intensité de cette douleur n’est pas éternelle. Et c’est en sachant ça qu’on survit dans cette mer de tristesse insondable, flottant entre le fond et la surface. Alors on commence à accepter la présence des autres, leur main tendue. On cherche des moyens de se reconstruire et, petit à petit, on admet la réalité. C’est la dernière étape : l’acceptation.
Le chagrin est un sentiment commun à tous, mais il est différent pour chacun, et quoi qu’il arrive, on ne peut pas le contrôler. À la minute où on pense l’avoir surmonté, ça recommence. La douleur renaît, toujours plus intense. On étouffe, on se noie et on se dit que cette fois, on n’aura plus la force de se battre. Pourtant, on continue. On continue, car un jour, on sait que ça changera.
Quand on subit une terrible perte, on traverse tous cinq étapes : le déni, la colère, les négociations, la dépression, l’acceptation. C’est douloureux, mais nécessaire, car au bout du chemin, on trouve la paix.
Afficher en entier...j’avais enfin pris de la distance avec tout ça, même si, dans mes bagages, j’avais ramené mon chagrin. Car j’ai vite compris que, quels que soient les kilomètres, un trauma – qu’il soit physique ou moral, ou pire, les deux – laisse inévitablement des cicatrices. Il nous suit chez nous, s’installe dans nos vies et les modifie à tout jamais.
(...)
Un trauma perturbe notre monde, ne nous laisse pas un instant de répit, mais c’est peut-être ça le but.
(...)
Spoiler(cliquez pour révéler)Je me suis terré chez moi, sans quitter mon lit, je broyais du noir. J’ai bu, beaucoup bu ; cela ne résout rien, mais pendant quelques heures, la peine, la douleur, la peur de continuer, tout cela fait semblant de s’atténuer.
(...)
Survivre aux blessures persistantes d’un trauma, c’est peut-être ça qui nous fait aller de l’avant, qui nous pousse.
(...)
Une chose est sûre, il faut d’abord toucher le fond et réaliser qu’on a tout perdu avant d’être en mesure de dépasser un trauma.
Afficher en entierLa douleur n’est pas seulement une sensation physique, c’est un mal fourbe qui ronge de l’intérieur. Un sentiment qui coule dans nos veines, atrophie nos artères, se répand dans nos tissus et nous fait suffoquer.
La plupart du temps, elle est surmontable. Mais parfois, alors qu’on pense avoir dépassé le pic de la souffrance, elle s’abat de nouveau. Elle attaque en traître, par surprise, et ne nous lâche pas. Alors il faut recommencer. Reprendre les armes et résister à ses assauts, car la douleur, on ne peut pas l’éviter.
Et la vie nous en fournit toujours plus.
Afficher en entierC’est étrange, on gaspille tant d’instants de notre présent à s’inquiéter de l’avenir, à faire des projets, des prédictions. Trouver des solutions à des problèmes dont même la réalité future est incertaine. L’avenir, on croit pouvoir l’imaginer, mais tout ce que l’on suppose est faux. Irrémédiablement, chaque seconde qui passe, chaque inspiration, chacun de nos mouvements et de nos décisions modifie l’avenir. Penser savoir à l’avance n’amortit pas le choc, car quand le voile se lève, l’avenir est bien différent de ce que l’on avait pu imaginer. Et on se le prend de plein fouet.
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