Les extraits ajoutés par Mirlina
J’enroulai mes doigts dans ses cheveux, quelque peu haletante, enivrée de ses baisers, de ses caresses. Avant même que je m’en rende compte, nous avions quitté la fête pour nous retrouver seules et loin de tous regards indiscrets dans la petite ruelle qui longeait la maison. Sa tête disparaissait dans mon cou, ses lèvres glissaient sur ma peau. Je n’étais même pas capable de dire comment nous étions arrivées là. Comme si ce premier baiser que nous avions échangé avait pris le pas sur nous, notre raison, jusqu’à nous amener ici. J’ignorais tout d’elle. Bordel, je ne connaissais même pas son nom ! Et… je m’en foutais éperdument. J’étais plongée dans l’instant, soupirant à chaque fois que ses lèvres se pressaient contre ma peau, profitant de purs moments de volupté. Je n’avais jamais rien ressenti de tel avec qui que ce soit. Ils étaient promesses de milles délices auxquels je succombais sans retenue. Mes mains se perdaient dans ses cheveux, appuyaient doucement contre son crâne, l’incitant à poursuivre ses œuvres. Ma tête partait sur le côté pour lui offrir mon cou tout à loisir, rythmant ses attentions de soupirs équivoques qui semblaient l’encourager à poursuivre avec toujours plus de sensualité. Sa langue dansa sur ma peau, la taquina avant que ses lèvres ne poursuivent. C’était si bon… Parfois, elle pinçait la peau dans sa bouche et il m’arrivait de sentir ses dents racler. Je m’étais attendue à avoir mal, mais en fait, c’était loin d’être désagréable. Bien au contraire même. Cela rendait la zone plus sensible, m’arrachant moult frissons qui ne faisaient que s’accentuer quand ses lèvres revenaient me picorer avec douceur. Elle était… plus que douée. J’étais déjà totalement charmée, à sa merci et elle le savait, s’amusant avec moi, comme un prédateur avec sa proie. Mes mains se pressaient contre sa tête, tentaient de la guider, mais elle n’en avait cure. J’étais sa chose, soumise à son bon vouloir et elle en jouait sans retenue faisant monter aussi bien ma frustration… que mon excitation. Et j’adorais ça. Je me pinçais les lèvres avec délices, mon cou devenu si sensible que le simple effleurement de sa bouche suffisait à me faire perdre pied, me faire gémir de plaisir.
Un gémissement… qui se transforma en un petit cri quand ses dents se plaquèrent une fois encore contre ma peau, la taquinèrent. Le pincement s’accentua et un grondement se fit entendre. Alors, une douleur explosa dans mon cou et un liquide chaud coula et imprégna ma peau. Je tentai maladroitement de me débattre, par pur réflexe, mais j’en étais incapable. Ses bras étaient plaqués dans mon dos, ses mains refermées sur mes épaules et elle me maintenait bien droite, fermement, avec une sacrée poigne. Presque tout mouvement m’était interdit et je ne pouvais qu’offrir mon cou tout à loisir. Mais qu’est-ce qui se passait ? Qu’est-ce qu’elle faisait ? Je gémis de plus belle, gagnée par une fatigue soudaine. Et… qu’est-ce qui m’arrivait ? Je commençais à avoir la tête qui me tournait, à me sentir groggy. La douleur demeurait présente mais perdait en intensité progressivement. Pourtant, je sentais toujours que quelque chose s’enfonçait dans ma chair. Mes doigts se crispèrent dans ses cheveux.
— Je…
La douleur revint brièvement, puis s’estompa, de même que le pincement et elle se recula. Je la regardai, le souffle court, quelque peu tremblante. Ses yeux scintillaient d’un éclat rouge et quelques gouttes de sang imprégnaient ses lèvres, roulaient sur son menton. Je portai une main à mon cou et ne pus contenir un frisson quand mes doigts se couvrirent d’un liquide poisseux, caressèrent le contour de deux trous. Elle essuya son menton d’un revers de sa main avant de la lécher, affichant un petit sourire en coin.
— Sucré.
Je… Un Vampire ?… La fille sur qui je venais de flasher, de passer ma soirée, d’embrasser, était… un Vampire ?…
Je sentis mes jambes tanguer et m’appuyai maladroitement au mur. De la sueur roulait sur mon front, piquait mes yeux.
— Qu’est-ce que…
Mes jambes fléchirent et je partis en avant, atterrissant directement dans ses bras.
— Houlà. Eh bah alors, on ne tient plus sur ses jambes ?
Je gémis pour seule réponse. Je me sentais de plus en plus faible, nauséeuse.
— Hm, il semblerait que j’y sois allé un peu trop fort.
Un peu trop fort… ?
Je voulus lui demander ce qu’elle entendait par là, mais ma bouche demeurait fermée, ma voix muette. Mes yeux se fermèrent… et puis…
— T’en fais pas, j’habite pas loin. On sera tranquilles.
Tranquilles… pour… en finir ?
Alors suivit la peur… et les ténèbres.
Afficher en entierLes choses étaient allées si… vite. Je peinais à vraiment réaliser ce qui se passait, et plus encore à y croire. Pourtant… Ses lèvres si douces et délicieuses collées aux miennes, son corps ondulant légèrement contre le mien… Et son parfum, enivrant, entêtant… Était-elle réellement là, avec moi ? Ou n’était-ce qu’un rêve ? Ou une hallucination provoquée par l’alcool ? Toute cette soirée me paraissait tellement… irréelle.
Des amis m’avait invitée à une fête. Mais, rapidement, ils m’avaient délaissée pour aller draguer à droite à gauche, me laissant seule dans mon coin. Je ne leur en voulais pas, j’y étais malheureusement habituée. Mais je me demandais toujours pourquoi ils m’invitaient et surtout, pourquoi j’acceptais. Une soirée seule, je pouvais aussi bien la passer chez moi, devant ma télé. Je laissai mon regard errer parmi les invités, accoudée au bar (qui avait un bar chez lui?), en sirotant mon verre. Beaucoup de couples se formaient dans ces soirées, la plupart éphémères, sans lendemain. Contrairement à mes amis, ce n’était pas vraiment ma tasse de thé. Oh, bien sûr, je m’étais déjà laissée tenter par ces expériences sans lendemain, et à plusieurs reprises. Mais ce n’était pas vraiment ce que je cherchais. J’avais une âme plus… disons plus romantique. J’avais le désir de nouer quelque chose, de ressentir un sentiment si fort que j’en serais transportée ! Simple, pas vrai ? Les rêves d’une jeune fille qui n’y connaissait rien surtout. Si l’on écartait les plans culs, mes relations n’avaient jamais été réellement longues ni même intenses ou encore véritablement sincères. Tout au plus des atermoiements d’adolescents, et encore. Mes connaissances en amour venaient surtout de la culture populaire : livres, séries, films, jeux… En d’autres termes, c’était limité et fortement fantasmé, notamment sur l’idée de coup de foudre et d’amour véritable. Alors, forcément, mes relations ne duraient pas. Je finissais toujours laissée sur le bas-côté, par manque d’implication, d’un côté comme de l’autre. Un peu ce que je vivais avec mes amis en quelque sorte…
Je vidai un autre verre, étouffant un soupir. Peut-être que j’allais me laisser tenter par un plan cul pour la soirée… à condition que quelqu’un veuille de moi.
Je balayai une fois de plus la salle du regard, sans vraiment y croire, et me figeai en rencontrant le sien. C’était une femme d’une beauté… surnaturelle, à m’en faire rater un battement de cœur. Elle avait une présence marquante, un charme plus qu’évident. Son visage était fin, ses lèvres sensuelles, ses cheveux argentés, sa peau blanche et sans le moindre défaut apparent… mais ce qui marquait le plus était ses yeux : Ils luisaient d’un éclat rougeoyant et hypnotique. Tout chez elle semblait idéalement proportionné, une forme de… beauté parfaite, de perfection incarnée qui me laissa le souffle coupé. Et bien sûr, tous les regards ou presque étaient tournés vers elle, suivaient chacun de ses pas. Comment aurait-il pu en être autrement ? Elle attirait littéralement les regards. Un certain nombre de prétendants gravitait déjà autour d’elle et d’autres se levaient pour tenter d’engager la conversation, d’attirer son attention. Son regard, captivant et qui n’avait pas lâché le mien durant de longues secondes, m’abandonna finalement pour se tourner vers ses aspirants. Je me détournai à mon tour, la gorge sèche et bus une nouvelle gorgée de mon verre, essayant de reprendre mes esprits. Aborder quelqu’un m’était déjà difficile en temps normal, mais alors elle, même déchirée, j’en serai incapable ! Et j’étais loin de l’être. Juste un peu plus… pompette qu’il ne faudrait. Je jetai un nouveau coup d’œil dans sa direction. Je ne la voyais même plus à travers la foule. Elle avait certainement dû trouver chaussure à son pied. Ce genre de créature ne restait jamais longtemps seule. Je secouai doucement la tête, partagée dans mes sentiments. C’était ridicule. Je n’aurais pas franchi le pas, même si elle était venue jusqu’à moi. Je n’aurais pas osé. Alors, pourquoi est-ce que j’avais l’impression d’avoir laissé passer ma chance ?
Afficher en entierJorl conduisit la jeune femme jusqu’à une grotte à l’orée du village, fermée par une lourde portée de bois. Il frappa contre l’imposte à plusieurs reprises. Il ne fallut pas longtemps pour que du bruit, parfois sourd, se fasse entendre de l’autre côté du battant, accompagné de jurons.
— C’est qui ? (s’enquit une voix pressante et agacée.)
— Jorl. (répondit le garde avec patience.)
La porte s’ouvrit presque dans l’instant, dévoilant un homme au visage buriné et au regard perçant qui dévisagea le duo. Ses yeux s’attardèrent sur Helya avant de revenir à Jorl.
— Le paquet ?
Celui-ci opina. L’homme soupira et s’écarta.
— Je n’imaginais pas les choses ainsi… (marmonna-t-il en jetant un regard bref à la jeune femme.) Bref. J’espérais que tu ne viendrais pas en fait. Ça m’aurait arrangé de garder cette bouffe. Mais j’ai un chariot attelé. Il ne reste plus qu’à charger le tout.
Le couple entra dans la grotte.
— Alors voilà ce qui doit traverser la montagne au plus vite… (fit le contact, songeur.)
Jorl échangea un regard avec Helya. Celle-ci fit non de la tête et il haussa les épaules, vaincu, avant de revenir à l’homme.
— En réalité, les choses ont changé.
L’intéressé plissa les yeux, méfiants.
— Comment ça ? Je peux rien réunir de plus et j’ai pas de place pour plus de monde.
— Rien de tout ça. (intervint Helya.) Je ne vais plus au sanctuaire.
— Au quoi ?
Jorl soupira.
— Le mortel l’ignorait, Helya. Sa mission était uniquement de nous conduire de l’autre côté de la montagne, à travers les réseaux de tunnels labyrinthiques qui courent sous la surface.
— Woh, woh, woh ! Un sanctuaire ? Genre, un temple ?
— Rien qui te concerne, Daran. Tu ignores son emplacement et tu ne pourrais y pénétrer. Seuls ceux de sang divin le peuvent.
— Bordel de chiotte… Vous avez vraiment aucune gêne, vous les Divinités, Ascendants ou je ne sais quel autre petit nom vous vous donnez ! Vous vous gardez des petits sanctuaires, bien cachés, pendant que nous, ici, on crève !
— Nous ne sommes pas décideurs, Daran.
— Argument un peu facile !
— Je veux me battre. (déclara Helya d’une voix forte.)
Daran la dévisagea comme pour la première fois.
— Te battre ? T’es folle, ma pauvre ! On ne se bat pas contre la mort.
— C’est en réalité la raison pour laquelle nous sommes ici. Toi qui as des contacts, qui as vent des rumeurs, aurais-tu entendu parler de poches de résistance ?
Daran les regarda tour à tour en reniflant.
— Vous arrivez un peu tard, les loulous. Je sais pas si vous avez remarqué, depuis votre tour d’ivoire, mais l’humanité, il en reste pas grand-chose. Les combattants, ils sont déjà parti au front et ça n’a servi à rien !
— Il doit bien rester des gens prêts à se battre ! Les mortels ne peuvent pas tous attendre la mort !
— Mais t’es siphonnée ou quoi ?
Jorl se plaça devant Daran, le toisant avec colère.
— Attention à tes paroles, humain. C’est Sa fille.
L’humain soutint le regard du garde.
— Ouais, j’l’avais bien compris, t’en fait pas. Même si je me demande bien qui est le père… Une idée ? (Devant le silence de Jorl, il coupa court et concentra son attention sur Helya.) Y’a pas à dire, tu lui ressembles beaucoup… Mais ta mère n’était pas du genre à accepter qu’on fasse fi de ses ordres. Je doute qu’elle serait d’accord avec cette idée.
— Aucune chance, en effet. (indiqua Jorl.)
— Là n’est pas le sujet ! Je veux arrêter tout ça, mais seule, je ne pourrai rien faire ! Il me faut de l’aide. Tu as forcément entendu parler de quelque chose…
Daran se gratta le menton, songeur, avant de secouer la tête en soupirant.
— Ouais. Il y a quelques gars qui passent de village en village, pour essayer de lever une force. Ils ont une sorte de magicien, ou de druide à leur tête. Il dit pouvoir lutter contre le grand froid. C’est bien le cadet de nos soucis, le froid. C’est la mort qu’il faut arrêter. Et ça, c’est pas possible.
Jorl dodelina de la tête.
— À dire vrai, les deux sont liés.
— Je ne suis même pas surpris. Je vais vous indiquer leur prochain arrêt. Par contre, je serais vous, je m’abstiendrais de parler de mes origines divines. Ça pourrait poser problème.
Jorl et Helya échangèrent un long regard, lourd de sous-entendus. La jeune femme brisa le contact en soupirant.
— Tu parleras.
— Merci pour ton aide, Daran.
L’homme acquiesça et tendit un papier au garde.
— Si vous vous dépêchez, vous pourrez arriver à peu près en même temps qu’eux.
— Helya, te sens-tu prête à partir sur le champ ?
— Absolument.
— Alors allons-y sans tarder.
Daran se racla la gorge.
— Et la bouffe ?
Le garde considéra les caisses et les sacs, puis interrogea sa compagne du regard.
— Garde-les. (dit celle-ci.) On prendra un seul sac, au cas où.
— Je suppose que vous vous attendez à des remerciements.
Elle haussa les épaules et ils quittèrent la grotte. La neige avait commencé à tomber, recouvrant le sol. Helya resserra son manteau sur ses épaules.
— Nous pouvons prendre le temps de nous reposer, si tu le souhaites.
Elle secoua la tête.
— Il n’y a pas de temps à perdre.
Afficher en entierLe monde avait changé. Les plaines et les forêts, autrefois luxuriantes, avaient péri les unes après les autres, ne laissant que des déserts arides et gelés. Les océans s’étaient figés, les marécages asséchés. La faune avait subi les mêmes affres que la flore, ses représentants disparaissant petit à petit jusqu’à tous s’éteindre ou peu s’en faut. Il ne restait plus que des carcasses laissées à l’abandon, pourrissant sous un soleil dénué de chaleur qui ne parvenait qu’à grande peine à traverser les épaisses couches nuageuses et grisâtres. La civilisation humaine n’avait pas été épargnée et ses traces se réduisaient à peau de chagrin. Ne restaient que de rares maisons éparpillées qui s’écroulaient au fil des jours, sans âme qui vive alentour, abandonnées au milieu d’étendues gelées. Seuls quelques villages parsemés subsistaient encore, restes d’une humanité sur le déclin. Une humanité à bout de souffle qui avait perdu tout espoir. Un espoir… qu’Ils n’avaient pas réussi à faire subsister ni à insuffler.
La décadence n’avait pas été instantanée. Elle s’était installée progressivement, rongeant peu à peu tout au fil des années. La mort planait désormais, ombre invisible aux griffes acérées prêtes à se planter et se repaître de la chair des rares survivants. La nourriture, autrefois abondante, était devenue si rare que beaucoup mourraient de faim, presque autant que d’épuisement ou de maladie. Le givre prenait tout. C’était la fin d’une époque. La grande faucheuse se dressait. Et son regard était désormais posé sur une nouvelle personne, perdue au milieu d’une tempête de neige. La jeune femme s’avança d’un pas, sa botte s’enfonçant jusqu’au genou dans l’épaisse couche de poudreuse. Avec un tremblement, elle fit glisser l’autre jambe, incapable de ne serait-ce que la soulever.
J’ai… échoué…
Des entailles et des ecchymoses étaient visibles sur ses bras, son visage, son torse. Sa tunique était en lambeaux, ses cheveux collés par le sang. Elle fit un pas de plus avant de que ses yeux ne se révulsent. Elle s’écroula tête la première pour ne plus bouger.
Transie par le froid, frigorifiée, elle reprit connaissance au bout de quelques minutes. Ses membres étaient engourdis, tant qu’elle ne sentait plus ses extrémités, ce qui n’avait assurément rien de rassurant. Elle parvint maladroitement à rejoindre une grotte en rampant pour se mettre à l’abri de la tempête, laissant derrière elle une traînée de sang. La douleur allait et venait par vagues qui allaient en s’accentuant et semblait ne jamais devoir se calmer. Elle se colla dos à une paroi et lutta contre le sommeil qui tentait de s’imposer à elle, consciente que si elle s’endormait, ce serait pour toujours. Elle secoua la tête et tenta de se redresser avant de retomber lourdement.
— AAH !
Elle agrippa sa cuisse des mains, le visage tordu par une souffrance brutale. La jeune femme se massa le membre engourdi durant de longues minutes, faisant fi de la douleur qu’elle s’infligeait, de la morsure du froid, se mordant les lèvres pour ne pas crier. Puis, elle essaya de nouveau de se lever mais s’effondra encore une fois, lâchant une bordée de jurons. Elle déchira alors son pantalon, dévoilant une entaille profonde et noire qui traversait toute la cuisse et remontait jusqu’à son bas ventre. Quand elle la toucha, une nouvelle vague de douleur la traversa, électrifiant toute sa jambe. Haletante et gémissante, la jeune femme essaya de trouver une position un peu plus confortable mais chaque mouvement lui faisait un mal de chien. Au moins n’avait-elle plus envie de dormir pour le moment. Elle laissa sa tête reposer contre la roche glacée, peinant à reprendre son souffle.
— Tout ça… Tout ça n’aura servi à rien… (lâcha-t-elle avec amertume, haletante.) J’ai échoué… Nous avons tous échoué… Y compris les Dieux… Surtout les Dieux… Et seule l’étreinte glacée de la mort demeure, à présent…
Elle grimaça et tendit la main vers des morceaux de bois empilés. Une langue de flamme quitta ses doigts pour venir lécher les bâtons qui s’embrasèrent avec force. Ce n’était pas suffisant pour lutter contre le froid, mais c’était mieux que rien. Son regard se perdit dans les flammes et elle se détendit quelque peu. Ses pensées se mirent à vagabonder, délaissant le moment présent pour revivre les dernières heures en quête d’une réponse à la question qui tournait en boucle dans son esprit : Qu’est-ce qui avait foiré ? Tout, bien entendu… Tout… à commencer par elle…
Afficher en entier— Je t’aime… (murmurai-je.)
Les seuls mots qui me vinrent. Les seuls qui avaient besoin d’être prononcés. Nous restâmes un long moment blotties l’une contre l’autre, enivrées par la présence de l’autre. J’étais heureuse… satisfaite. Comblée. Je pouvais me contrôler. Vivre auprès d’elle...
— Quelques heures encore… Avant l’éternité. (souffla-t-elle avec tendresse.)
Je masquai mon désarroi face à ce dernier mot, consciente que l’éternité m’ouvrait ses bras, à moi et à moi seule… Je ne voulais pas penser à l’après. Pas penser à autre chose qu’à l’instant que nous partagions.
— Quel dommage que nous ne puissions pas nous afficher. Pas d’alliance pour orner nos doigts. (lâchai-je avec un demi-sourire.)
— Nous ne sommes pas obligées d’avoir une alliance ni de nous cacher… (répondit-elle, énigmatique.)
Elle m’embrassa sur le front et se décala pour se lever. J’allais l’imiter quand elle m’arrêta.
— J’ai quelque chose pour toi, ne bouge pas. (dit-elle.)
Je me rallongeai, la suivant du regard. Elle disparut dans notre chambre et revint quelques instant après, avec un écrin. Elle se réinstalla à mes côtés et me le tendit.
— C’est un peu grand pour une alliance. (dis-je avec amusement.)
Elle rit et m’embrassa de nouveau.
— Ouvre-le.
Je m’exécutai. L’intérieur était de nacre. J’y trouvai un pendentif, orné de deux anneaux… Ces deux anneaux. Elle fouilla dans la sacoche de sa robe alors que j’admirais le collier et m’en montra un similaire.
— L’Immortelle et la phénix. (dit-elle avec sensualité.) La tentatrice, et l’objet de son affection, capable de renaître de ses cendres. Pour rester perpétuellement aux côtés de son amour.
Je ne disais rien, mes doigts caressant le bijou. Je connaissais ses talents de joaillière, son amour pour les mythes. Elle venait d’en créer un pour moi. Pour nous… Je n’en l’aimais que davantage et serrai le pendentif contre mon cœur avant de l’embrasser langoureusement.
— Mon phénix… (susurrai-je.) »
Afficher en entierJe me réveillai tard le lendemain. Le réveil indiquait quatorze heures cinquante trois minutes. Il ne m’en aurait pas fallu beaucoup pour me rendormir mais je me forçai à me tirer du lit. Je me fis chauffer du café tout en jetant un coup d’œil à mes mails. Par la fenêtre de mon salon, j’avais vue sur l’immeuble d’en face… et vice-versa. Ce fut donc tout naturellement que mon voisin voyeur d’en face se permit de me lorgner, comme à son habitude. Ce n’était pas la première fois que je me baladais nue dans mon appartement. En vérité, je n’avais aucun complexe à montrer mon corps. Je ne portais des vêtements que pour trois raisons : Me protéger du froid et du vent, par plaisir esthétique… et surtout par conventions sociales. Cela étant, si j’aimais me balader nue et n’était pas complexée par mon corps ou le fait d’être nue devant d’autres personnes, je n’aimais pas me faire reluquer sans vergogne par un porc qui estimait que je n’étais qu’un bout de viande ! Je m’approchai donc de la fenêtre, m’y frottant d’un air bien lubrique et aguicheur avant de fermer les rideaux. Spectacle terminé ! J’eus à peine le temps de le voir saliver que j’en étais déjà écœurée.
J’espère que tu es frustré, gros porc !
S’il n’avait pas été si proche de mon appartement, je lui aurais retourné le cerveau, comme avec Colosse la nuit dernière. Mais je ne voulais pas prendre ce genre de risque. Il connaissait mon visage depuis longtemps, savait qui j’étais. Fouiller dans sa mémoire et ses souvenirs pouvait donc s’avérer bien plus long, compliqué, dangereux. Surtout pour lui. Je soupirai, retournai sur mon ordinateur non sans me servir une tasse de café et consultai donc mes mails. Sans surprise, j’en avais reçu un de Léonard. Il aimait bien m’envoyer ses plans de missions par mail. Contrairement à d’autres, il s’était très rapidement fait aux nouvelles technologies et ne jurait plus que par elles. Ce qui m’arrangeait assez en réalité, adorant moi aussi utiliser un ordinateur et internet. Je décidai de lire les autres mails avant, préférant m’accorder un peu de détente. Hélas, hormis des pubs, il n’y avait absolument rien d’intéressant et je me retrouvai donc à ouvrir le mail de Léonard. Il y avait là diverses photos de la cible, ainsi qu’un court descriptif de ce qu’il aimait. Les Latinos aux cheveux longs. Je soupirai. C’était totalement cliché. Il avait également joint des photos de l’endroit où le dealer passait la majeure partie de son temps le soir. Et s’était bien entendu empressé d’ajouter : Tenue correcte exigée.
— Je t’emmerde. (fis-je en terminant mon café.)
Après un petit tour sous la douche, je me rendis dans ma buanderie et fouillai parmi les quelques vêtements masculins qui me restaient… Effectivement, aucun d’entre eux n’entrait dans la description mentionnée auparavant… Un coup d’œil à mes fringues habituelles me confirma que mon style tout entier ne se prêtait pas à cette dénomination.
— Grmbl, j’ai été trop sympa…
Il allait falloir faire flamber la carte bleue. Je décidai d’enfiler un ensemble de jogging, baskets comprises, attrapai un sac en toile, et quittai l’appartement, direction les Champs-Élysées.
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