Les extraits ajoutés par sghorizons
Je me relevai et fit face à un loup. Non. Cette bête à la taille impressionnante ne pouvait être un simple loup. Alors quoi ? Je n’eus le temps de m’interroger plus avant, l’animal bondit sur moi. Je pliai les genoux juste à temps pour le recevoir. Son poids me déstabilisa, me faisant tomber en arrière. Je me saisis des pattes avant de l’animal pour le maîtriser et éviter, dans le même mouvement, sa gueule qui claqua à quelques centimètres de mon visage. Je tentais de le rejeter en nous faisant basculer de droite à gauche lorsqu’un nouveau hurlement m’enserra le cœur de frayeur. Cela me fournit la force nécessaire de repousser l’animal en criant. Je le relâchai d’une main dont je me servis pour lui envoyer un uppercut en pleine face qui fit son effet. Le loup fut sonné suffisamment longtemps pour me permettre de me relever. Je hurlai lorsque les crocs s’enfoncèrent dans mon mollet gauche. Je percutai en avant les quelques marches du perron que je venais juste de gravir. L’instant suivant, je balançai frénétiquement mon pied libre sur l’animal pour le faire lâcher prise. Tant pis pour la douleur. Il me fallait avant tout rejoindre mon épouse, la protéger. À force de coups, la bête finit par me libérer. Je retombai en arrière, les arêtes des marches s’enfonçant dans mon dos. À bout de souffle, effrayé, je me redressai en traînant ma jambe blessée et pénétrai à l’intérieur. Juste à temps. Le loup percuta la porte que je refermai sur lui.
— Natalia ? hurlai-je afin de la repérer.
La maison ne possédait pas d’étages et comportait six pièces.
— Ici !
Ce ne fut qu’un faible râle vers lequel je me dirigeai immédiatement. La cuisine, sur la gauche. C’est un autre bruit, un grognement qui m’avertit du danger. Un autre loup se trouvait là, courant dans le couloir qui me séparait encore de la pièce qu’il me fallait atteindre. J’attrapai la première chose qui me tomba sous la main : la soupière en porcelaine posée sur la commode le long du mur à ma gauche, mon premier cadeau de mariage à mon épouse. C’était peu, mais je n’hésitai pas à la fracasser sur le crâne de la bête. Las, elle ne s’arrêta pas pour autant. Comme son comparse, elle me sauta dessus, et j’allais m’écraser sur le plancher. J’eus juste le temps de lever un bras pour éviter que le loup ne me saisisse à la gorge. Les crocs de l’animal se plantèrent dans mon avant-bras droit, me faisant hurler de douleur. Le loup grogna tout en balançant la tête de gauche à droite en maintenant sa prise. Ma peau se déchira sous le mouvement. De ma main libre, je cherchai frénétiquement quelque chose pour me défendre. Mes doigts se refermèrent sur mon morceau de porcelaine, débris du plat. Je plantai cet éclat dans l’œil du loup qui se mit à gémir de douleur. Il relâcha immédiatement sa prise sur moi et recula. Je le voyais secouer la tête pour endiguer la souffrance avec l’espoir de retirer l’éclat de porcelaine encore planté dans sa face ensanglantée. J’attrapai le balai à ma portée et le fracassai une première fois sur le dos de l’animal. Le coup brisa net le manche. Le loup grogna, menaçant, se ramassant sur lui-même. Son unique œil encore valide alla de moi à quelque chose se trouvant derrière moi. Je ne le lâchai pas du regard pour autant. Brusquement, il détala. Je fixais encore l’espace vide, me demandant pourquoi il avait abandonné ainsi le combat lorsque me parvint son appel. Un appel gémissant.
— Devon !
Je me retournai, puis me redressai en faisant l’erreur de m’appuyer sur mon bras blessé. Je rampais plus que je ne marchais, manquant de tomber à terre. Du sang. Partout. Il n’y avait pas un meuble de la cuisine, pas un espace du plancher qui n’avait été éclaboussé du sang de celle que j’aimais. Elle qui gisait là, plus morte que vive. Je tombai à genoux et me penchai vers elle, ne sachant où la toucher tant son corps avait été meurtri. Elle se vidait de son sang, là, sous mes yeux ahuris.
Afficher en entierMon cœur s’éclatait à faire des cabrioles dans ma poitrine. Je courais comme une dératée. Rien de moins. Il m’était difficile de respirer ou de simplement réfléchir. Pourtant, ce n’était pas faute d’essayer. Mes neurones s’étaient fait la belle, lâches qu’ils étaient. Cela me laissait désemparée et perdue à tenter vainement de retrouver mon chemin à travers ce dédale de couloirs. Plongés en partie dans la pénombre, ils se ressemblaient tous. S’ajoutait à cela la désagréable impression que ces corridors se refermaient sur moi. Ma petite tendance à la claustrophobie était de la partie. Passer plusieurs mois enfermée dans une pièce de 10 mètres sur 10 n’avait pas été sans conséquences. Je suais dans ce corset noir lequel, qui plus est, comprimait mes poumons. Le bon côté des choses était que je portais un caleçon long en cuir noir et des petites ballerines de la même couleur facilitant ma course. Me parvenait aux oreilles le martèlement de mes pas sur le sol pourtant recouvert d’une moquette rouge vieillotte. D’autres bruits se faisaient entendre. Des halètements, preuve que je n’étais pas juste en train de faire un mauvais rêve. Ils étaient bien là, derrière moi. Si proches. J’accélérai. Je n’aurais jamais pensé pouvoir courir aussi vite vu que mon passé de sportive se résumait à arpenter les allées d’un grand centre commercial.
L’hôtel dans lequel je me trouvais me paraissait absolument désert. Pourtant, il y a toujours du monde dans ce genre d’établissement, non ? J’aurais aimé crier, appeler à l’aide, mais je réservais tout mon souffle pour l’effort qu’il me fallait fournir. Un nouveau coup d’œil par-dessus mon épaule pour constater qu’ils étaient toujours là. Mon rythme cardiaque faisait du yoyo dès que j’avais le malheur de regarder le danger qui me guettait. C’était plus que nécessaire. Mes longs cheveux bruns étaient défaits et collaient à ma peau, surtout au niveau de ma nuque. Au bout du couloir, je bifurquai sur la droite. Encore un corridor. Mais bon Dieu, où étaient les ascenseurs ? La cage d’escalier ? Les gens, quoi ! À la recherche d’une quelconque réponse, mon regard balaya désespérément l’espace. Une porte était ouverte, là-bas. Un possible refuge.
Un claquement sec me fit sursauter, m’évitant de justesse d’être mordue au mollet droit. Un couinement se fit entendre. Impossible de me retourner pour voir ce qu’il se passait. Pas le temps, ni l’envie d’ailleurs. Dès que cela me fut possible, je m’engouffrai dans la pièce. Une chambre, semblait-il, si je me fiais au mobilier. Pas d’importance. Agissant dans l’urgence, je me retournai et plaquai les deux mains contre la porte qui se referma dans un fracas sonore, avec le vain espoir qu’elle résisterait à l’assaut.
Là encore, pas de chance. Le choc d’un poids lourd qui s’écrase de l’autre côté du battant me propulsa en arrière. Je tombai et percutai durement accompagné d’un joli cri à faire exploser les fenêtres. La moquette amortit quelque peu ma chute, mais le choc me coupa le souffle. Paniquée, je me redressai à demi pour observer ceux que j’avais tenté de fuir. Ma respiration se bloqua. Mon cœur fit un nouveau looping, moi qui n’avais jamais aimé les sports à sensation comme de monter dans un grand 8. (Oui. Ça compte.) Les loups étaient là bien plus nombreux et plus gros que lorsque je les avais aperçus avant de prendre mes jambes à mon cou.
« Là, je suis dans la mouise. »
Sur les coudes, je m’éloignais d’eux en reculant comme je le pouvais. Ces bêtes féroces s’avancèrent pourtant avec nonchalance vers moi, de quoi me provoquer un arrêt cardiaque. Je me demandai d’ailleurs si cela n’aurait pas été mieux. Cette lenteur avec laquelle ils se mouvaient les rendait d’autant plus inquiétants, comme s’ils savaient déjà ce qu’ils s’apprêtaient à me faire subir. Ils avaient gagné et ô joie ! J’avais le plus mauvais rôle dans cette scène : celui de la pauvre proie sur le point d’être achevée.
Des loups se trouvaient là, à quelques mètres de mes pieds que je ramenais brusquement vers moi, la peur au ventre que l’un d’eux y plante ses crocs et me tire vers eux afin de s’en donner à cœur joie. Ne voyaient-ils pas que je n’avais que la peau sur les os, même pas un peu de gras sur les cuisses ou les fesses. Là encore, mon séjour hospitalier et les trucs infâmes qu’ils osaient appeler nourriture avaient fait leurs œuvres. C’est vrai que tout était relatif dans la vie. Moi qui n’avais eu de cesse de me plaindre de mes petites rondeurs au point de me soumettre à moult régimes par le passé. Je ne quittais pas des yeux ces loups, j’en dénombrai sept. Sept mastodontes, leurs yeux luisants et leurs crocs énormes complétaient la panoplie. Je percutai le mur derrière moi. Il y a des soirs comme ça... où rien ne va.
« Suis fichue. »
Je devais avoir une tête de chouette terrorisée ayant reçu une décharge électrique. Des frissons de peur électrisaient tout mon être. Je tentai vainement de lire en eux pour savoir ce qu’ils me réservaient, anticiper leur réaction afin de pouvoir l’éviter. Rien, pas une seule pensée n’émanait de ces monstres. Après tout, ce n’étaient que des animaux. Quoique vu leur taille et surtout la façon qu’ils avaient de me regarder, j’en doutais. Ce ne pouvait tout de même pas être des loups-garous ! Si ? Pour la première fois, je regrettais amèrement de ne pouvoir faire appel à cette capacité, apparue quelques mois plus tôt. J’avais tant souhaité m’en débarrasser et pouf ! Voici qu’elle me faisait défaut au moment où elle m’aurait été le plus utile. Quand la malchance vous poursuivait, elle ne faisait pas les choses à moitié.
Quoique ! Les bêtes s’étaient arrêtées et m’observaient, et pas seulement comme un morceau de viande. Si vraiment c’était des loups-garous, ça voulait dire que c’était des gens et non des bêtes. Une lueur d’espoir me fut permise. Apparemment, leur chef, enfin celui du milieu et semblait-il le plus hargneux si on pouvait lire ce style d’expression sur une gueule de loup, se décida à agir en s’avançant seul. Il se ramassa sur lui-même et ma respiration se bloqua lorsque je réalisai qui s’apprêtait à bondir sur moi. Mon seul réflexe fut de fermer les yeux, sentant l’heure de ma mort arriver. Encore ! Cette fois-ci, ma vie ne défila pas dans ma tête. Aucune pensée philosophique ne me vint non plus. Je m’entendis juste murmurer un lamentable : « Pitié, ne me mangez pas ! »
« J’ai pas pu rétorquer un truc aussi con, surtout si ça doit être ma dernière réplique en ce bas monde, si ? »
Je n’en revenais pas. Comment une fille aussi banale que moi – enfin si on oubliait le fait que je pouvais lire dans les pensées – avait pu se retrouver dans une situation pareille ? À coup sûr, c’était digne de paraître dans un épisode de « Au-delà du réel ».
Soudain, une voix haletante et essoufflée s’éleva dans la pièce :
— Mais merde, les gars ! Vous savez pourtant que je déteste courir.
Choquée, je réussis néanmoins à ouvrir les yeux (je ne m’étais même pas aperçue que je les avais fermés) pour fixer Victoria, appuyée d’une main contre le chambranle de la porte pour retrouver un semblant de souffle. La pauvre fille n’avait vraiment pas réalisé la situation dans laquelle elle se trouvait à présent. Elle avait dû partir à ma recherche ou entendre mes hurlements. Ah non. Ils étaient restés dans ma tête. Je lui lançai un regard qui disait explicitement : « Casse-toi, pauvre folle. » Mais, non. À défaut d’un manque flagrant de jugeote de sa part, je déglutis avec difficultés pour être capable de lui crier :
— Ne reste pas là !
Tentative manquée vu que ce message d’alerte ressembla davantage à un couinement lamentable de souris.
— Allons bon ! répondit avec désinvolture mon amie qui s’avança en lissant d’une main sa chevelure brune méchée de rouge. À la niche messieurs, et plus vite que ça !
Les yeux écarquillés par l’angoisse, je fixai à nouveau le loup face à moi qui lui ne semblait pas, mais alors pas du tout en mode « obéissance ». Brusquement, une intense lumière m’aveugla. Je n’eus pas le temps de lever un bras pour me protéger de cette soudaine clarté que déjà elle avait cessé. Autant surprise qu’apeurée, je clignai plusieurs fois des yeux, n’arrivant pas à croire au tableau qui s’offrait à présent à moi. Car ce n’était plus des loups qui me faisaient face, mais des hommes... et sacrément nus.
Accroupis, certains se redressèrent. Ô chaleur !
« Des loups puis, abracadabra ! Des Hommes ? J’hallucine ! Et puis, comment se fait-il que Victoria ne semble pas si surprise que ça ? Elle savait ce qu’ils étaient avant même que ces loups reprennent apparence humaine ou il lui manque réellement une case, à celle-là ou bien à moi ? Suis perdue, là. »
Ceux que je fixais comme s’ils étaient des aliens ne semblaient nullement affectés de se retrouver dans le plus simple appareil. Quoique cela pouvait être compréhensible vu leur anatomie à faire pâlir d’envie n’importe quel mannequin de sous-vêtements. Peut-être était-ce une invasion extraterrestre dont l’arme ultime de ces représentants d’une autre planète serait un physique auquel on ne pouvait résister ? Enfin, la gent féminine. Okay, je divaguai complètement. En tout cas, ils pouvaient en effet ne pas être pudiques le moins du monde, montés comme ils l’étaient.
Je fus trop surprise par tout ce qui m’arrivait pour être capable de détourner les yeux. Et puis, après tout, je n’en avais pas la moindre envie. Mon regard se fixa sur les jambes nues de celui face à moi. Il m’aurait suffi de tendre la main pour pouvoir le toucher. Des hanches étroites, un pénis imposant même au repos, un abdomen musclé à souhait, des pectoraux saillants, puis un visage aux traits harmonieux et pourtant si durs. Je croisais ses prunelles ambrées aussi étranges de par leurs luminescences que cette couleur peu commune. Vous allez me dire, moi j’avais les yeux vairons. Un œil vert et l’autre, marron clair. Les siens n’offraient rien d’autre que de la condescendance mélangée à de la colère, visiblement contre moi. Sauf que je n’en comprenais pas la raison. Après tout, c’étaient ces bêtes... enfin ces hommes qui m’avaient prise en chasse à travers tout l’étage de l’hôtel au cœur de Seattle dans lequel je venais de mettre les pieds. D’ailleurs, je n’aurais jamais pensé trouver en ce lieu, des... loups !
« Sauf si ce que je venais de vivre était une hallucination ou un cauchemar ! »
Hélas, vu les détails stupéfiants de réalisme, j’en doutais sérieusement. Aucun des six hommes que je comptais derrière celui qui emplissait mon champ de vision n’émettait un mot ou ne faisait un mouvement. Mon attention s’attarda sur l’un d’eux et on peut dire que sa pilosité pouvait être un indice quant à sa capacité à se transformer en bête. Je contemplais à nouveau le beau brun face à moi dont le torse était légèrement velu à la Chris Evans avant qui se la joue Captain America. Je n’aimais pas ça, mais c’est sûr que je pouvais faire une exception pour lui. Dieu seul savait que cela faisait longtemps que je n’avais pu observer un homme ainsi en réel ou fictif. Il se recula sans pour autant me lâcher du regard.
Les neurones se reconnectant, je sentis mes joues virer au rouge tomate en me rendant compte de la situation. À défaut de pouvoir me lever – sachant par avance que mes jambes flageolantes ne pouvaient me porter –, je me forçai à détourner le regard pour le ramener sur Victoria qui s’avançait dans la pièce, juchée sur des talons aiguilles et sa jupe bouffante ballottant de droite à gauche. Elle passa entre les hommes en les effleurant et vint poser sa main sur le torse nu de celui qui se trouvait sur sa droite. Je sursautai lorsque l’homme grogna... oui oui... un vrai grognement. Cette nana n’avait probablement pas la lumière à tous les étages pour risquer ainsi de se faire déchiqueter par l’un de ces hommes.
— Je m’en voudrais de vous sermonner, même si cela pourrait être, hum... excitant disons dans une tout autre situation, mais dois-je vous rappeler qu’il est interdit d’attaquer les employés de notre établissement ?
De surprise, j’en ouvris la bouche à m’en dessécher les amygdales. Vraiment, la teneur des propos de cette femme était en total décalage avec la voix mielleuse employée et l’air coquin qu’affichait celle que je connaissais à peine. En tout cas, il était réconfortant de voir que l’entraide féminine n’était pas un simple concept pour elle. La brunette incendiaire accorda un regard à chacun des spécimens mâles avant de le fixer sur moi. Je devais avoir des yeux ronds comme des soucoupes, car une moue apparut sur son visage en réponse. Comment ne pas être éberluée après s’être fait courser par des bêtes féroces avant de les voir se transformer en chippendales ! Sans compter que tout paraissait normal pour celle qui m’avait accueillie quelques heures plus tôt. Je n’eus pas le temps d’émettre la moindre question que le regard du chef de la bande se fit plus inquisiteur. J’ai cru qu’il me passait au rayon X, me faisant frissonner de peur. L’instant suivant, son visage n’était qu’à quelques centimètres du mien. J’eus un mouvement de recul, ce qui ne l’empêcha pas de se pencher davantage, ses mains en appui sur le sol de part et d’autre de moi. Je perçus son souffle sur ma joue gauche alors qu’il s’était porté sur le côté.
— Qu’est-ce que vous faites ?
J’eus ma réponse quand je compris qu’il me reniflait. Oui... oui. Il me renifla, là, comme ça avant de se placer à nouveau devant moi, me faisant cligner des yeux d’étonnement.
— … Elle ? Une employée ?
« Ah ! Un ton à la limite du mépris. Je ne dois pas être son genre à celui-là. Mais qu’est-ce que je raconte ? Le type voulait me bouffer et je me demande si je lui plais ? Tiens, d’ailleurs son regard trahit un certain intérêt à mon égard, ou alors je me trompe. Il est vrai que ça fait un bail que je n’ai pas été draguée. En tout cas, ce genre d’approche serait une première. »
La seconde suivante, il était à nouveau debout si bien que je me suis retrouvée nez à nez avec son pénis avant qu’il ne fasse plusieurs pas en arrière et sans se presser, mes amis. L’homme, acteur principal de mes pensées, sembla lire en moi. Il mit les mains sur les hanches attirant mon regard dans cette direction. Ce type faisait dangereusement s’emballer mes hormones.
« Non, mais ce n’est pas possible. Il pourrait au moins cacher son sexe ! »
— En effet, mon beau. Alors bas les pattes, répliqua avec autorité mon alliée.
J’avais des difficultés à me concentrer sur ce qui se disait autour de moi. Je regardais de tous les côtés et envisageai de courir jusqu’à la porte. Malheureusement, se trouvaient entre elle et moi, tous ces gens. Et si je faisais semblant de m’évanouir ? Là, tout de suite. Et puis, quoi ? Que se passerait-il ensuite ? Constatant le silence qui s’était installé et surprenant les regards des autres sur moi, je me décidai à parler :
— Mais enfin, que ce passe-t-il ? Que sont ces... qui sont-ils ?
Victoria était presque aussi grande que les hommes au milieu desquels elle se tenait. Elle n’aurait pu se fondre dans le décor étant donné le sex-appeal qu’elle dégageait comme eux, avec leur imposante virilité, en particulier le beau brun. Drôle tout de même, l’air supérieur qu’affichait ce dernier entre la férocité et cet air un rien taquin. Elle tourna le regard vers moi :
— Ma belle, laisse-moi te présenter notre service de sécurité !
À mon avis, c’est à ce moment-là que de la fumée devait sortir par tous les orifices de ma tête, mes neurones commençant à griller.
Afficher en entierJe tombai. Mes genoux percutèrent le sol humide, puis mes paumes et enfin ma joue. La mousse formant un coussin moelleux sous mon visage. Je venais de réaliser ce que j’avais fait, le geste le plus douloureux de toute mon existence: celui de le quitter. Cela me plongea dans la tourmente. J’étais prostrée, brisée. Je remontai mes genoux en les serrant contre ma poitrine de mes bras en cherchant désespérément à me réconforter. Sur le côté, en essayant d'enrouler mon corps autour de mon ventre, autour du centre de ma vie. J’avais fait ce pas qui m’avait conduite jusqu'ici. J’avais fait ce pas dans l’état second dans lequel m'avait plongée la vue de mon compagnon, ses cris de colère, mais surtout son regard de désespoir que j’avais eu le temps d'apercevoir. Une douleur sourde, quelque chose se déchira dans ma cage thoracique. Ce n'était pas seulement un déchirement, c'était une compression, un écrasement. Mon cœur venait de se briser.
Un temps imperceptible s'écoula. Quelques secondes ou une éternité ? J'étais parfaitement incapable de faire la différence. Je demeurai là, dans une torpeur d’une tristesse infinie, dans les ténèbres. Je pris conscience que j’étais mouillée. Je basculai sur le dos et ouvrit les yeux sur le paysage uniformément vert. Une trouée dans le toit végétal, au-dessus de moi, me permit de voir le ciel bleu et de sentir la pluie sur mon visage. Le ciel pleurait avec moi me lavant de ma tristesse, me soulageant de mon désespoir.
Afficher en entierC’était la première fois que je parlais et cela n'était définitivement pas moi. Je m'étais exprimé avec une voix masculine et qui plus est dans une autre langue que la mienne. Malgré la sensation que ce langage me paraissait étrange à mes oreilles, j'en saisis néanmoins le sens.
— Freund, dit-il d'une voix douce, en mettant la paume de sa main libre en avant dans un geste conciliant.
Je ne bougeais pas, les souffrances lancinantes de mes blessures continuaient à pulser au rythme des battements de mon cœur. L’ennemi releva subitement son regard et braqua de nouveau son fusil, non sur moi, mais sur une cible se trouvant derrière moi. Il n’eut malheureusement pas le temps d'éviter une balle qui l'atteint à l'épaule. L’homme s'effondra.
Allongé là, il tourna son visage et fixa son regard sur le mien, un filet de sang s'écoulant de sa bouche. Celui qui avait tiré s'approcha de lui et le braqua de sa carabine en lui crachant dessus avant de l'achever. Je sentis mon corps se détendre. Les odeurs et les bruits de la guerre n'avaient pas cessés pour autant. Je me sentis malgré tout soulagée par la venue d'une personne qui visiblement était de mon camp. Même si je ne comprenais pas pourquoi l'un de nos adversaires ne m'avait pas tuée.
— Ça va camarade ? me demanda le nouveau venu qui surplombait le corps sans vie de l'ennemi.
Je levai mon visage vers lui et son expression changea. Ses traits, un instant plus tôt détendus et satisfaits, se déformèrent sous un masque de haine que je n'avais jamais vu. J'aperçus lentement le canon du fusil se retourner et se diriger vers une autre cible : moi.
Afficher en entierEnfin, l’appel d’un cor déchira notre immobilisme. Je vis de chaque côté de notre embarcation des elfes s’avancer sur chaque proue des navires et lever les mains. Un elfe du conseil fit de même en se plaçant devant notre groupe. Et la mer, si plate quelques instants plutôt se déchaîna subitement. Une onde de choc partit de notre position en faisant légèrement tanguer nos embarcations et augmenta en intensité en filant tout droit vers ceux de nos adversaires. Le ciel en réponse à la mer prit une couleur anthracite et déchaîna sa colère. Des éclairs éclatèrent en touchant les navires de métal. La pluie s’abattit sur nous comme pour laver nos corps et nos âmes de ce que nous allions faire, à savoir: tuer.
L’onde de choc se propageant sur la surface de l'eau finit par atteindre la première ligne des navires adverses et une mer démontée malmena cette flotte ennemie. Je pouvais entendre les cris de panique des hommes pendant qu'une cinquantaine d'embarcations basculaient et sombraient corps et bien. Des craquements, des bruits métalliques de navires qui se percutèrent avant d’être engloutis eux aussi par les flots. Je restais là, sans bouger.
Afficher en entierSa chevelure blonde flottant autour de son visage comme une couronne d’argent, son envoûtant regard bleu pâle et sa peau diaphane faisait de la jeune femme la plus belle personne qu'il ait contemplé jusqu’à ce jour. Le fait même que ses magnifiques prunelles le transperçaient aussi sûrement qu'une lame ne faisait que la rendre encore plus belle.
Elle ressemblait à une de ces flammes tentatrices qui attiraient irrésistiblement les papillons jusqu’à ce qu’ils viennent si brûler. C’était une femme qu’il voulait posséder même en sachant qu’elle était dangereuse et qu’il pouvait suffire d'un instant pour qu’il se consume en la touchant. Il demeura captif de son regard qui irradiait à présent d'un blanc iridescent. Il se rendit alors compte des dégâts qu’ils étaient en train d’occasionner autour d’eux. Il se contraignit à ne plus riposter étant donné les risques qu'il faisait encourir à son peuple s’ils venaient à provoquer un cataclysme. La confrontation de leurs deux puissances pouvait détruire une bonne partie de ce comté. Avec difficulté, il se maîtrisa et rétracta son aura autour de lui, telle une enveloppe de protection. Il ne souhaitait plus attaquer mais cela n'arrêta pas Abalyne qui, se rendant compte de la faiblesse de son adversaire, augmenta la puissance de son aura. Une main tendue vers lui, elle se mit à absorber celle de l’homme affaissé au sol. La jeune femme se sentit traversée par un phénoménal pouvoir, elle s’enivra de cette force qui lui donnait l’impression d’être enfin elle-même.
Afficher en entierL'elfe avança, sa longue chevelure argentée dansant sur ses épaules, au rythme d'un pas décidé, la main droite reposant sur la garde de son épée. Comme ses congénères, il ne portait qu'un pantalon souple rouge sombre et une large ceinture abdominale. Mais à la différence des autres, il portait en plus, une cape d'un rouge sang qui tranchait sur son visage pâle comme l'aube du jour. Ce qui me marqua chez lui fut son regard. Ce n’est pas tant la couleur mélangeant le bleu pâle au gris anthracite qui me frappa, mais plutôt la dureté de celui-ci. Il respirait la force et l'autorité. En fait, à bien y réfléchir, c’était la première fois que je rencontrai un elfe avec une telle expression à la limite de la haine. Je pensai jusqu'alors que cette race était la douceur incarnée. À nouveau, mon jugement sur les elfes fut mis en déroute par cette nouvelle rencontre.
— Faites avancer ceux qui ont osé pénétrer les territoires qui sont sous la protection de notre peuple.
Je sentis une pression dans mon dos, m'obligeant à avancer. Il me fallut tout mon contrôle afin de ne pas reculer de quelques pas pour éviter de faire face à la fureur de cette personne. Il dut s’apercevoir que notre équipe comprenait deux humaines en voyant son regard haineux se poser sur nous, prêt à nous tuer.
Meneldil s’avança, le salua et prit la parole.
— Que le souffle de l'air libère vos pensées. Je me nomme Meneldil, Haut-Seigneur du peuple du feu, et si nous avons décidé de briser le pacte c’est pour vous annoncer de terribles nouvelles concernant le peuple de l’Air qui… déclara Meneldil.
Mais il ne put finir sa phrase.
— Cela nous importe peu. Le devenir de votre peuple ne nous concerne en rien. Je vous ordonne de quitter les lieux immédiatement sous peine de mort, réprimanda l’elfe d’une voix tonnante.
« C’était donc lui, le Haut-Seigneur du peuple du Feu » pensai-je.
Il était totalement différent d’Anarion, le Haut-Seigneur du peuple de l’Air. Tout du moins concernant leur personnalité. Car si Anarion possédait une beauté physique éclatante comme le soleil, celui qui me faisait face possédait sans l’ombre d’un doute un magnétisme certain. Il ne devait laisser personne indifférent. Il pivota sur les talons dans une envolée de cape et flotta en traversant à nouveau la salle en s'éloignant rapidement de nous.
Afficher en entierL’homme qui me maintenait s’écroula sur moi, une flèche dépassant de son dos. La pression sur mes mains se relâcha subitement, me libérant. Je me dégageai du corps sur moi et reculai frénétiquement sur les coudes.
Quand je vis une silhouette blanche qui virevoltait devant moi. Lame contre fusil s'entrechoquèrent rudement. Des hommes en noir tombèrent face à l’éclat d’argent de la lame qui les touchait, inexorablement. Je restais là, contemplant le spectacle magnifique et sanglant d’un elfe se battant si souplement, si rapidement qu’il ne lui fallut que quelques secondes pour abattre la dizaine d’hommes qui essayaient désespérément de se protéger. Mais peut-on se protéger d’un dieu ?
Anarion baissa la tête et contempla les hommes qu’il venait de tuer d'un air navré. Palentir, un arc à la main me tendit l’autre pour m’aider à me relever. Anarion s’approcha de moi après avoir fait virevolter sa lame rapidement en retirant toutes traces de sang sur celle-ci puis rengaina son épée dans son étui, accroché à sa hanche. Je n’avais jamais eu l’occasion de voir un elfe se battre. C’était un spectacle en soi, si fluide, si fort. Une danse aérienne, mortelle.
Afficher en entier- Tu sais pourquoi je suis venu ? commença-t-il.
Son odeur me heurta comme un projectile dévastateur, une vague qui s'écrasa sur moi. Il n'y avait pas de mots assez puissants pour décrire ce qui m'arrivait. À cet instant, il ne restait rien d'Elynn; plus une trace des lambeaux d'humanité que je m'efforçais de conserver, uniquement ma part sauvage. Je me collai au mur tentant de m'éloigner de lui, de sa présence mâle si tentante.
- Tu n'avais aucun droit de frapper ceux faisant partie de ma meute. Tu n'es pas leur Alpha. Je le suis, réprimanda-t-il.
- Elynn ! Je te pensais plus forte que cela.
Je grognai.
- Il est difficile de maîtriser cette part de sauvage en nous, mais cela ne te donne pas le droit d'agir ainsi (...)
- Va-t’en, soufflai-je.
- Tu ne peux pas m'ordonner quoi que ce soit. Je suis Alpha et... qu'est-ce que tu fais ? grogna-t-il en ne s'éloignant pas.
Grave erreur.
Sans que je puisse me contrôler, je m'étais rapprochée de lui, si proche que je pouvais sentir la chaleur de son corps sur le mien dans la pénombre. Je me mis à humer son odeur dégageant de la force, de l'autorité et autre chose, latent, mais qui augmentait rapidement : du désir. J'approchai mon visage sous le sien qu'il maintenait droit pour sentir la fragrance que dégageait sa peau. Une drogue me faisant perdre les derniers repères qui me raccrochaient à la réalité. Il avait bloqué sa respiration et son corps était tendu à l'extrême, mais non menaçant. Dans le cas contraire, je l'aurais maîtrisé avec facilité pour le soumettre à ma volonté.
Afficher en entierNous courûmes en sachant que nous étions poursuivis par je ne sais combien de personnes. J'avais toujours la main réconfortante de James dans la mienne. Nous arrivâmes à l'extrémité du bâtiment et sautâmes ensemble pour atteindre le toit du bâtiment suivant à moins de deux mètres d'intervalle. Je me permis de tourner la tête vers nos poursuivants qui n'étaient qu'à moins de dix mètres derrière nous. Tout en courant, je me concentrai sur mon pouvoir en déclenchant un vent violent qui balaya le toit. J’entendis les cris de nos poursuivants derrière nous, emportés et jetés dans le vide.
— Attention ! cria James.
L’instant suivant, je fus tirée brutalement vers son corps que je percutai puis le sentis s'enrouler autour du mien d'une manière protectrice avant de ressentir un choc violent. Nous roulâmes plusieurs fois sur nous-mêmes avant que cette impression de tournis ne cesse brutalement.
Je relevai légèrement la tête et constatai que j'étais allongée sur James qui me regardait fixement. Son attention se porta derrière moi puis il m’entraîna avec lui en roulant à nouveau sur le sol bétonné. Nous stoppâmes et mon compagnon se releva légèrement si près de mon visage que je vis des ondes électriques bleutées courir sur la peau de ses bras avant de ressentir une secousse, lorsqu'il envoya une nouvelle décharge probablement sur des hommes derrière moi.
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