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Si pénible que soit un trajet, il finit toujours par se terminer.
Afficher en entierLe train a pris de la vitesse. La campagne qu’il traverse est couverte de givre, mais nul ne peut la voir : les wagons à bestiaux sont dépourvus de fenêtres.
Des gouttes de sueur baignent le front de Sarah. Ses orbites sont couleur d’encre.
— Où nous amènent-ils ? murmure Tatoo.
— En enfer, dit Sarah.
Et elle s’évanouit.
Afficher en entierTous ceux qui l’ont voulue l’ont eue. Elle se donnait sans réticences, sans restrictions, de la tête aux pieds. De préférence aux mal lotis. C’était sa façon de leur porter secours. Elle a aidé beaucoup de monde à vivre.
Afficher en entierLa rafle est quasi silencieuse et d’une rapidité fulgurante. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, les musiciens, la grosse et les deux toxicos sont embarqués manu militari. Tatoo également, après un vague passage à tabac. Dans le wagon de queue, ils vont rejoindre les quelque vingt vagabonds déjà arrêtés, que terrasse un sombre fatalisme. Puis le métro repart.
— L’appareil à réprimer la misère est en route, dit quelqu’un.
Afficher en entierQuand Tatoo aboutit à la station Auber, des bruits de tam-tam l’accueillent. Trois Ivoiriens en haillons ressuscitent la jungle africaine sur des barils de lessive renversés. C’est si beau qu’elle retient son souffle.
Afficher en entierDes tribus entières, décimées, mutilées, ayant perdu bras, jambes, visages, scalps. Tous ceux-là ne sont pas restés aux portes du paradis sans pouvoir y entrer ! Allons, il est heureux, là-haut, parmi les siens. Il poursuit le bison au milieu des nuages, sans craindre l’incursion du Blanc. Le firmament n’est pas colonisable.
Afficher en entierElle se rapproche ; la voix n’est plus qu’un souffle imperceptible.
— Tue-moi…
A-t-elle mal entendu ? Elle lui caresse le front.
— Tue-moi…, répète-t-il.
On ne désobéit pas à un ordre pareil, dans de telles circonstances.
Afficher en entierQuand la détresse atteint certains sommets, faim et soif n’ont plus cours. Le corps se nourrit de ses substances endocrines et produit ses propres stupéfiants.
Afficher en entierLa mort, en le prenant à la hussarde, lui a rendu sa dignité. Et c’est peut-être ça le plus insoutenable.
Afficher en entierÀ présent que le danger immédiat est écarté, l’horreur la glace. Tout s’est passé si vite qu’elle n’a pas eu le loisir d’y penser. Sauver sa peau d’abord, pleurer ensuite. Là, c’est le moment des larmes. Requiem pour un massacre.
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