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Extrait ajouté par Melodie-26 2020-12-17T21:44:46+01:00

« -Samuel, je te connais…

-Et quoi? Répliqué-je sèchement.

-Tu as cette femme dans la peau. Tu ne vas pas avoir l’audace de le nier?

-Et cette même femme a la frousse de moi.

-C’est vrai que tu es taillé comme une crevette anorexique.

Je le foudroie du regard tout en comprenant son argument. Seulement, ce n’est pas parce que je ressemble à un Viking que je suis aussi violent que ces guerriers du Moyen-Âge. Et encore, je ne suis pas certain qu’ils l’étaient avec leurs femmes, qui se comportaient en véritables guerrières. »

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Extrait ajouté par Melodie-26 2020-12-17T21:44:30+01:00

« -J’ai appris à me faire encore plus discrète : pas de bruits, pas de miettes… »

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Extrait ajouté par Melodie-26 2020-12-17T21:44:20+01:00

« Elle m’a suivi. Son Viking a pris du plomb dans l’aile. Il s’est laissé terrasser par une créature haute comme trois pommes. D’une pression sur mon omoplate, elle me communique toute sa force. »

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Extrait ajouté par phelie258 2020-12-06T00:48:24+01:00

Je lui accorde le point. Léopoldine baisse le visage, dissimulant un grand sourire et des joues rouges qui me donnent à penser que cette démonstration digne d’un homme des cavernes a finalement joué en ma faveur.

— Action ou vérité, Carine ? demande Yann.

— Vérité !

Mon ami marque une petite pause avant de poser sa question :

— Quelles autres activités aviez-vous proposées ?

— Parce qu’on doit tous répondre ? m’alarmé-je.

— Cette question-là est gentille, gronde Yann.

Après une brève réflexion, je note que mes huit propositions ont toutes été tirées au sort.

— « Cours de cuisine », déclare Carine. Je crois que c’est celle des miennes qui n’est pas sortie.

— « Boire un verre » pour ma part, ajoute Yann. Et toi, Léo ?

— Je ne me souviens plus…

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Extrait ajouté par phelie258 2020-12-06T00:47:16+01:00

— Pourquoi, dans un couple, seule la femme doit-elle souffrir de l’enfantement ? me demande-t-elle exaspérée. Pourquoi l’homme ne peut-il pas lui aussi connaître le bonheur de la rétention d’eau, des envies de pipi intempestives et des faims inextinguibles ?

Nouveau silence, que je ne trouble pas, de peur que ma furie de sœur ne s’attaque à ma virilité malgré la distance.

— Et toi, tu ne trouves rien à redire à tout ça, je suppose ? grogne-t-elle.

— J’ai le droit de répondre ?

— Oui, mais à condition que tu ne me dises pas que ma réaction est exagérée, qu’il ne s’agit que d’un simple beignet !

Mon sourire s’agrandit. Tout en luttant contre une folle envie de rire, je m’enquiers sérieusement :

— À quoi était-il fourré ?

— Après tout ce que je t’ai dit, tu veux savoir à quoi était ce maudit beignet ? s’écrie-t-elle.

— Vu que c’est le cœur du problème, oui.

— Passe-moi, Carine ! m’ordonne-t-elle.

— Et peux-tu me dire ce qui te fait croire que ma voisine est avec moi ?

— Vous n’avez pas une activité ce soir ? réplique Sarah sèchement.

— Si, théâtre. Seulement notre rendez-vous n’est pas tout de suite…

— S’il te plaît, gémit-elle. Au moins, elle pourra m’aider à maudire tous les hommes de la Terre. Au premier rang desquels mon mari et mon frère.

— Toujours agréable…

— Tu as raison ! m’interrompt-elle. Léo, trouve-moi Léo ! Elle saura me calmer.

— Si tu pouvais éviter de me dénigrer à ses yeux, lui rappelé-je.

Heureux d’avoir un prétexte pour voir ma voisine avant l’heure, je sors de chez moi sans prendre la peine de mettre des chaussettes et encore moins des chaussures. Le froid me cueille sans pour autant me détourner de mon objectif. Je frappe deux fois et attends peu avant que la porte ne s’ouvre sur la femme qui hante mes jours et mes nuits.

— Bonsoir, lui dis-je en me penchant pour lui voler un baiser.

— C’est quoi cette voix de mâle mort d’amour ? questionne ma sœur dans mon téléphone. En tout cas, pas besoin de demander qui est devant toi !

Mécaniquement, je lève les yeux au ciel et résume la situation à Léopoldine dont le visage rayonne de joie.

— Ma sœur en a après la gent masculine dans son intégralité, à cause d’une histoire de beignet.

— Passe-la-moi ! hurle Sarah.

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Extrait ajouté par phelie258 2020-12-06T00:45:39+01:00

Elle bafouille pour accepter, puis se lance dans plusieurs tentatives de début de phrases qui se soldent toutes par un échec.

— Pas de panique. J’ai laissé ma hache et mon scramasaxe à la maison.

— Ton scramasaxe ? répète-t-elle en reculant d’un pas.

— C’est un grand couteau courbé. Ça date des Vikings…

Elle hoche la tête avant de me demander avec une pointe d’anxiété :

— Tu en as vraiment ? Une hache et un scramasaxe ?

Déstabilisé par sa question, je mets un peu trop de temps à lui répondre, puisqu’elle se sent obligée d’ajouter d’une voix contrite :

— Désolée, ça ne me concerne pas.

— Je n’en ai pas, dis-je avec un petit sourire, mais j’en ai vu dans un musée.

Avec difficulté, elle lève son visage vers le mien. Pour la première fois, je croise son regard et remarque les taches d’or dans le brun de ses iris. Le contact visuel est léger, rapide et pourtant il m’ébranle.

— Dans un kart, il y a deux pédales…

Prenant garde à maintenir la distance qu’elle a instaurée entre nous, je lui explique comment piloter. Je me doute qu’elle ne cherchera pas à aller le plus vite possible, et encore moins à gagner la course, mais je lui donne des conseils pour éviter les tête-à-queue et les sorties de piste.

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Extrait ajouté par CrystalM 2020-11-28T21:41:10+01:00

PROLOGUE

Mardi 3 novembre

— As-tu fini, Léopoldine ?

Avec un sourire bienveillant, je me tourne vers ma supérieure et acquiesce avant de lui montrer l’écran de mon ordinateur. Aussitôt, elle vient se placer derrière moi et relit consciencieusement tout ce que j’ai rédigé cet après-midi pour notre newsletter mensuelle. Des petits sons lui échappent, marquant son approbation. Pas question d’espérer plus de cette femme qui dirige notre bibliothèque d’une main de fer.

— Très bien, nous en reparlerons demain, dit-elle en se redressant.

Mme Mancini est l’incarnation de la bibliothécaire telle qu’on la voit toujours caricaturée. Ses cheveux d’un blanc cotonneux, ondulés sur le dessus de la tête et retenus en un strict chignon, témoignent plus de sa sagesse que de son âge. Ses lunettes demi-lune d’une autre époque annoncent élégamment l’arrivée de la cinquantaine et d’une légère presbytie. Elles pendent bien souvent à son cou, retenues par une chaînette à la fois vintage et moderne. Oui, le mélange des genres est étrange, mais convient parfaitement à cette femme mûre qui nous supervise avec exigence.

— Bonne soirée, Léopoldine, lance-t-elle tout en se dirigeant vers le rayon jeunesse où Élise, ma collègue responsable du secteur, semble peiner.

Heureuse que la journée touche à sa fin, je file dans le vestiaire et revêts mon gros manteau, le ferme jusqu’au menton, passe une épaisse écharpe et finis par mon bonnet. Cette semaine, les températures sont exceptionnellement basses et la neige ne devrait pas tarder à venir couvrir les Vosges. Les services municipaux ont déjà tout préparé pour déneiger les routes afin que nous ne soyons pas contraints de rester cloîtrés chez nous.

— Au revoir, Masha et Michka ! dis-je en me tournant vers une affiche qui représente une petite fille blonde comme les blés accompagnée d’un ours.

Amusée par la bouille de ces deux personnages que nos jeunes lecteurs aiment tant, je sors de la bibliothèque. Le froid me frappe de plein fouet. Mes mains se glissent aussitôt dans mes poches et ma bouche disparaît dans mon écharpe. L’odeur de la lessive et de l’adoucissant me rassure et me fait presque oublier la période qui s’annonce.

Enfin, l’occulter totalement serait impossible quand on sait que nous ne parlons que des animations planifiées pour décembre, ou encore des vacances que chacun prévoit de prendre. Il m’est impossible d’ignorer la saison des fêtes, et la fin de l’année qui approche à grands pas. Instinctivement, je me recroqueville. Cette fois-ci, ce n’est pas la température qui me fait me contracter, mais bien les souvenirs et les émotions qui m’assaillent.

Repoussant le malaise que je sens s’installer en moi, j’accélère le pas vers mon appartement quand un petit corps me percute à la hanche. Un frisson de peur me parcourt sans réussir à me faire desserrer les dents.

— Pardon, madame !

Le garçon, dont seuls les yeux sont visibles sous d’innombrables couches de vêtements, me fixe dans l’attente de ma réaction.

— Ce n’est rien, répliqué-je en souriant timidement.

— Vous êtes la dame des livres ! s’exclame-t-il joyeux. Ma maman aime trop les livres que vous lui conseillez.

— J’en suis ravie.

Réchauffée par ce compliment, je rougis tout en cherchant à me rappeler sa mère. Je suis attentive aux lecteurs qui nous rendent visite, mais pas franchement physionomiste.

— Papa, il s’est moqué d’elle, parce qu’elle regarde beaucoup la photo du monsieur qui a écrit le livre. Celle derrière !

Sa remarque m’amuse, mais fait également rejaillir le souvenir d’une femme qui m’avait demandé conseil. Elle cherchait un bon thriller. Les polars, c’est mon domaine de prédilection. Elle voulait quelque chose de sanglant et le dernier Thor Eriksen m’a paru idéal. Tout en me remémorant cet épisode, j’interroge le garçon sur ses goûts à lui.

— J’adore les Chair de poule ! Dans celui que je lis, un personnage a eu le bras arraché !

Aussitôt, je tente d’évaluer son âge. Est-ce réellement une lecture appropriée pour un enfant aussi jeune ? Le monde n’est-il pas assez violent pour éviter que ce garçon soit déjà confronté à de telles histoires ?

— Et tu n’as pas fait de cauchemars ? demandé-je en remarquant soudain qu’il est seul.

— Non, je suis un grand, argue-t-il en se dressant de toute sa taille. Plus tard, je lirai les livres de maman avec plein de morts partout.

Charmant ! Enfin je ne me permettrais pas de critiquer : ce serait un peu l’hôpital qui se moque de la charité, puisque je suis plongée dans ce type de récits à longueur de journée et qu’il n’y a malheureusement que cela qui me plaise réellement. Eh oui, je suis une bibliothécaire qui a du mal à sortir de son genre favori, les thrillers. Peut-être est-ce aussi pour cette raison que Mme Mancini est si satisfaite de mon travail.

— Je serais ravie de te conseiller, dis-je à mon jeune interlocuteur en lui souriant.

— Cool !

Avec un petit signe de la main, il me salue et part en courant dans la direction opposée à la mienne. Un moment, je le suis du regard, le perdant de vue lorsqu’il franchit le seuil de la boulangerie. Émue par cet enfant, je me laisse happer par mes pensées et plus particulièrement mes souvenirs. À son âge, j’aimais aussi beaucoup la compagnie des livres. Pour dire vrai, ils étaient mes plus fidèles compagnons et les seuls que je laissais m’approcher. Mais cela n’empêchait pas…

Mon souffle se bloque dans ma poitrine. Par réflexe, je pose ma main dessus pour intimer à mes poumons de reprendre le cours de leur travail. La panique n’est pas loin, néanmoins je la maîtrise. Je sais que mon corps est habitué. Dans quelques secondes, tout redeviendra normal, si tant est qu’avec mon passé je puisse tendre vers la norme.

Soudain, l’air glacial pénètre ma gorge et se fraye un chemin vers mes bronches. La sensation est douloureuse, parce qu’elle demande un effort, mais également à cause du froid qui me brûle. Sans compter qu’elle me fait prendre conscience que la saison des fêtes est officiellement commencée. Jusqu’à la mi-janvier, je ne vais pas cesser de vivre comme sur des montagnes russes, mes nuits vont être de plus en plus catastrophiques…

Pas question de m’appesantir là-dessus et de me laisser ronger par une situation qui contrôle ma vie depuis trop longtemps. Je regrette déjà de n’avoir jamais réussi à maîtriser mon corps assez pour ne plus subir ces crises tous les ans, je ne vais pas en plus laisser mon esprit se faire envahir sans broncher. Avec agacement, je repousse ces pensées et me concentre sur ce qu’il y a eu de positif dans ma journée.

Dès que je me sens prête, je reprends mon chemin jusque chez moi. En cinq minutes à peine, je suis devant la grille d’une maison cossue. La façade d’un blanc légèrement grisé par le temps qui passe est agrémentée de plusieurs fenêtres dont les rebords sont d’un orange clair qui n’est pas sans rappeler la couleur des abricots. Au-dessus du porche et des cinq marches qui mènent à la porte d’entrée, deux baies vitrées font le cachet du bâtiment.

Quand j’ai visité cette demeure désormais lotie en deux appartements, il y a trois ans, c’est ce détail qui m’a charmée d’abord. Le deuxième élément qui m’a plu est l’agencement des pièces. Loin d’avoir séparé simplement les deux étages pour obtenir deux logements distincts, le propriétaire a choisi de faire deux duplex.

Depuis, beaucoup d’autres choses sont venues gonfler les rangs des points positifs que possède à mes yeux cette maison, comme Carine, ma colocataire. Au début, je n’étais pas sûre d’être faite pour vivre avec quelqu’un. Durant mes études, j’avais tenu à financer un studio, mais il était si petit que j’avais plusieurs fois songé qu’il ne possédait pas les neuf mètres carrés de surface habitable réglementaires. Cependant mes cauchemars m’interdisaient toute vie en communauté, à moins de raconter le pourquoi de tous ces cris, de ces pleurs et…

J’inspire et me concentre sur Carine. Lors de notre première rencontre, je l’ai trouvée pétillante, charmante et intelligente. Il émanait de sa personne une telle gentillesse que j’ai immédiatement su que tout se passerait bien avec elle. Grande et métisse, elle arbore une coupe à la garçonne qui dégage son visage aux traits fins. Elle est l’incarnation de ce que j’aimerais être : une femme libre de tous démons.

— Pardon !

Tout en baissant la tête, je m’écarte pour que le passant puisse me contourner. Plongée dans mes souvenirs, je n’ai pas réalisé que je me tenais au beau milieu du trottoir, dont les dimensions sont telles qu’il est difficile de croiser quelqu’un.

— Veuillez m’excuser…

Cette fois-ci, c’est un déménageur qui me demande de m’écarter de son chemin. Il passe la grille et rejoint un camion derrière moi. Nos nouveaux voisins doivent être arrivés. Carine ne me parle que de ça depuis que notre propriétaire nous a annoncé avoir trouvé quelqu’un pour le deuxième appartement. Elle a tout envisagé, même la famille nombreuse aux enfants bruyants mais adorables. Sa préférence allant à la réalisation de son rêve : des jeunes ayant environ notre âge avec qui nous pourrions organiser des soirées.

Avec un petit rire, je m’avance vers le perron. S’il y a bien une chose que je ne souhaite pas, c’est organiser des soirées. Le contact avec les autres m’est plus agréable qu’avant, mais il me demande encore un réel effort, pour ne pas dire qu’il représente un supplice. Certaines personnes me mettent immédiatement mal à l’aise et je dois tant prendre sur moi pour éviter toute réaction déplacée que je finis exténuée.

Dans le hall, je trouve Carine qui me sourit sans interrompre sa conversation avec… Mon souffle se coince de nouveau dans ma gorge alors que l’homme à qui elle s’adresse se tourne vers moi. Aussitôt mes terminaisons nerveuses se braquent, balançant des messages d’alerte frénétiques à mon cerveau tétanisé. Grand et musclé sans l’être trop, il est aussi impressionnant qu’effrayant. Oui, cet homme me fait peur, d’autant plus que son visage est dénué de toute expression.

— Je vous présente ma colocataire ! s’exclame Carine. Nous pourrions peut-être nous tutoyer ?

Elle pose sa main sur l’avant-bras de son interlocuteur, qui reporte son attention sur elle. Bien que nous n’ayons jamais discuté de mon passé, mon amie se doute qu’il n’a pas été simple et elle sait repérer les moments où je me sens mal.

— Si vous voulez, répond l’inconnu d’une voix rauque.

Un frisson me parcourt alors que je m’aperçois avec horreur que mes jambes refusent de m’obéir. Je suis incapable de bouger, encore moins de feindre un accueil chaleureux.

— Oserais-je insister et te demander si nous pouvons nous appeler par nos petits noms ? continue Carine, charmeuse.

Du coin de l’œil, elle m’observe avec crainte. Hier, elle m’a surprise tremblant de tous mes membres devant la boîte aux lettres. Je venais d’y trouver une enveloppe blanche sur laquelle était inscrite mon adresse dans une écriture fine et serrée, une graphie reconnaissable entre toutes.

— Samuel.

Sa voix est tombée tel un couperet et m’a surprise au point que j’ai laissé échapper un petit cri apeuré. Oui, je suis pathétique, mais pourquoi est-il si grand et si imposant ? D’un mouvement fluide, il se tourne de nouveau vers moi et me fixe avec insistance. Rien dans son regard qui traduise une quelconque malveillance, pourtant, là encore, mon corps semble vouloir se recroqueviller sur lui-même pour me faire disparaître dans un coin.

— Et moi, Carine, déclare ma colocataire dans l’espoir de détourner son attention de moi.

— Je sais.

Ses yeux d’un bleu si clair qu’ils me paraissent blancs ne me quittent pas, comme s’il attendait une réaction particulière de ma part. Peut-être est-ce le cas. Malheureusement je me sens bien trop engourdie pour réfléchir à ce que je devrais faire et dire. Je ne peux que le considérer. Sa barbe, dense et taillée avec soin, lui mange la moitié du visage tandis que ses cheveux sont accrochés en un chignon mal fait.

Un Viking. J’ai devant moi l’incarnation vivante d’un guerrier scandinave des siècles passés. La force qui se dégage de lui en est la preuve, tout comme sa capacité à rester stoïque aussi longtemps en attendant… Mais qu’attend-il ?

Un mouvement dans son dos capte mon attention. Carine fait mine de s’éventer de la main et de se pâmer, témoignant explicitement de son attirance pour cet homme rude. Voilà un point sur lequel nous sommes toutes les deux en désaccord. Les seuls petits amis que j’ai eus avaient à peu près ma taille et ne paraissaient pas prêts à en découdre avec la Terre entière.

— Et vous ? me demande-t-il brusquement.

Sa voix tonne dans le hall et se répercute contre les murs au point que je fais un pas en arrière. Mon dos cogne contre la porte du hall et la poignée s’enfonce douloureusement dans mes reins sans que j’émette le moindre son.

— Léopoldine, répond Carine à ma place. Ou Léo, si tu préfères.

Les sourcils de ma colocataire se froncent. Aussitôt je m’en veux de l’inquiéter de la sorte. Seulement entre ma crise d’hier, celle que j’ai subie sur le chemin de la maison, il y a quelques minutes, et maintenant la présence de cet homme impressionnant, je suis absolument incapable de me contrôler. D’un mouvement gracieux, elle vient se placer entre nous et déclare avec un entrain que je suis loin de partager :

— Il faudra qu’on trouve un moment pour boire un verre ensemble et faire connaissance.

Est-elle sérieuse ? Ne voit-elle pas que je serais incapable de prononcer un mot en présence de ce Viking et que son intrusion dans notre appartement serait une épreuve pour moi ?

— D’accord.

Une chose est certaine, notre nouveau voisin n’est pas la personne la plus prolixe au monde, et cela m’arrange. Sa voix sourde fait naître des frissons sur ma peau, m’ôtant un peu plus mes forces. Une conversation avec lui me pousserait à redevenir cette petite fille craintive que je pensais avoir endurcie, si ce n’est totalement au moins suffisamment pour ne pas perdre ainsi mes moyens en public.

— Nous allons te laisser, s’exclame Carine en me prenant le bras. Si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas !

Oh ! si ! Qu’il hésite ! Je ne supporterais pas d’ouvrir la porte et de le découvrir sur le seuil. Mon cœur ne s’en remettrait pas. Mesurant à quel point je suis affectée par cet homme qui s’est simplement montré courtois bien qu’un peu taciturne, je tente de relever le menton et de lui souhaiter une bonne soirée. Ma bouche s’ouvre, mais c’est ma gorge qui refuse de laisser le moindre son sortir.

Notre nouveau voisin me fixe un instant avant d’entrer dans son appartement et de refermer la porte derrière lui.

— Respire, Léo…

Carine me tient par les épaules et me regarde avec chaleur.

— J’ai ressenti la même chose que toi quand je suis sortie chercher le courrier et que je l’ai vu.

— J’en doute, murmuré-je.

Ses lèvres se tordent en un sourire mutin qui m’amuse.

— Disons que j’ai eu besoin de moins de temps que toi pour m’en remettre.

Elle accompagne sa réplique d’un clin d’œil.

— Je suis morte de trouille, Carine, avoué-je à voix basse pour n’être entendue que d’elle.

— Ça se voit.

Avec une certaine tendresse, elle pose son bras sur mes épaules et m’entraîne vers notre appartement. Dès que mes yeux se posent sur notre canapé et sur le coussin en forme de nuage qui me sert de doudou depuis ma plus tendre enfance, je sens mes muscles se détendre.

— Je ne suis pas sûre que ce soit le bon moment pour te l’annoncer, mais tu as encore une lettre.

Source : kobo.com

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