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— Bordel ! Tu lâches jamais le morceau toi…
— Non, pas quand il s’agit de toi. Même si tu me demandais d’abandonner, je resterais là.
— S’il te plaît, Brian.
Il se penche vers moi, la peau de son bras frôle la mienne, une décharge électrique me parcourt et court-circuite mon cerveau.
— Jamais, tu entends ? Jamais je ne t’abandonnerai.
Je détourne la tête et tente de faire abstraction de sa présence. Non sans peine.
— C’est toi. La seule, l’unique. Je te veux toi.
Ses paroles me tuent, me font mal et m’enflamment en même temps. Je le regarde, son visage est si près du mien que je sens son souffle s’écraser sur ma joue.
— Je suis perdue, je lance sans réellement y réfléchir. J’ai envie de te frapper, de me venger pour ce que tu m’as fait, mais c’est si dur, quand je te vois, de t’en vouloir…
Il me sourit, un sourire timide certes, mais bel et bien présent. Ça aussi, ça m’avait manqué.
— Tu m’énerves, grogné-je.
— Et m’embrasser ? Est-ce que t’en as envie ? Parce que moi, j’en meurs d’envie. Il se rapproche un peu plus encore, sa lèvre inférieure pincée entre ses dents, sa cuisse collée à la mienne. Son index dessine de petits cercles sur mon genou, tandis qu’il répète :
— Est-ce que tu veux m’embrasser ?
Afficher en entierJe le pousse et entre dans ma chambre. Je rassemble les affaires dont j’ai besoin et me tourne vers lui, toujours debout dans l’encadrement de la porte, il n’a pas bougé d’un poil. Son regard transpire de regrets. Il se dégage de lui une aura de tristesse et de désespoir. Mais cette fois, il ne parvient pas à m’attendrir. Il est allé trop loin.
— J’ai été stupide. J’ai stupidement pensé que tu étais différent de l’homme contre qui tout le monde me met en garde, craché-je, acerbe.
— Je le suis. Je te promets que j’ai changé pour toi.
— C’est faux ! T’as pas changé du tout ! Tu agis selon tes désirs et tes pulsions te guident. T’as jamais imaginé que ça pourrait me briser le cœur.
Ma voix s’éteint et mes yeux s’emplissent de larmes. Je craque.
— T’as pas pensé que je t’aimais…
— Non…
— Non ? Non ?! C’est la seule chose que tu trouves à dire ?!
Il fait un pas vers moi et tend la main.
— Tu lui as dit que tu l’aimais à elle aussi… Comment as-tu pu ? Et nous Brian ? Comment as-tu pu croire que je n’en saurais rien ? Merde ! Tu venais me rejoindre dans mon lit chaque nuit après avoir couché avec elle, après lui avoir dit que tu l’aimais !
— Mais qu’est-ce que tu crois à la fin ? Que j’ai fait ça de gaieté de cœur ? Bordel, Abby ! Si j’avais rien fait…
— Tais-toi ! hurlé-je. TAIS-TOI ! Dégage ! Va-t’en ! T’es un salaud ! Je ne veux plus jamais te voir !
— Je t’interdis de dire ce genre de chose. T’as pas le droit. Pas toi !
Je lui lance ma trousse de toilette et l’atteins au torse. J’attrape un livre sur mon bureau et lui balance aussi.
— Calme-toi, bon sang !
— Sors d’ici ! Sors d’ici ! Sors d’ici ! scandé-je.
Stupéfait par la violence qui m’habite, il quitte la pièce. Je me laisse tomber sur le sol, abattue et à bout de forces.
Afficher en entierLorsque j’ai été violée, une partie de moi s’est envolée ; un petit bout de mon âme que je ne retrouverai jamais. J’étais si profondément marquée que je me pensais incapable d’aller au-devant de cette épreuve. Mais c’était sans compter ma rencontre avec Chad et Kaden. Ils m’ont tirée vers le haut et m’ont sorti la tête de l’eau, pour mieux m’y replonger. Plus profondément encore. Aujourd’hui, alors que je pensais que Brian mettrait fin à ce cercle infernal, le voilà qui gâche tout.
Afficher en entier— OK, t’as raison, je suis jaloux. Trop jaloux même, avoue-t-il simplement.
Sa révélation me décroche un sourire. Il passe ses bras autour de moi. Impossible de rester énervée contre lui plus longtemps. J’en oublie même Zara, et tout le reste. Il me soulève et je passe mes jambes autour de ses hanches. Il me dépose sur le rebord du bureau et enfouit sa tête dans mes cheveux. Nous restons un long moment dans cette position, accrochés l’un à l’autre.
— Tu n’es pas à moi et ça me rend fou. Ça me rend complètement dingue, tu peux le comprendre ? J’en doute, parce que je ne comprends pas moi-même ce que je ressens pour toi. Je me sens jaloux de tous ceux qui t’approchent, parce que moi, peu importe combien je le veux, tu ne seras jamais à moi.
Ses doigts caressent prudemment mes joues, l’arête de ma mâchoire avant de glisser une mèche blonde derrière mon oreille.
— Ça me tue ! Ça me tue complètement. J’en peux plus. Ma belle, je ne veux que toi… Pardon d’être un crétin, lâche-t-il en étouffant un sanglot.
Ses yeux brillent et rougissent. Il… pleure ? Vraiment ? Bon sang…
Je le serre contre moi, m’agrippant à lui pour qu’il ne m’échappe pas. Pour la première fois de ma vie, j’assiste à l’effondrement d’une montagne. Je savais qu’il était fragile à l’intérieur et qu’il cachait ses faiblesses derrière une apparence de mauvais garçon, mais jamais je n’aurais pu imaginer qu’il lui arrivait parfois de craquer. Les battements de son cœur cognent contre ma poitrine dans une cadence affolée. Les petits cris de détresse qu’il lâche sont autant de coups de poignard qui me transpercent.
— Regarde-moi, exigé-je.
Ses yeux me fuient, tentant tant bien que mal de retenir les larmes qui flirtent avec ses paupières.
— Je t’en prie…
Il cède et je devine, dans la couleur à nouveau claire de ses iris, tous les sentiments qu’il éprouve pour moi. Notre amour est réel… Ce n’était pas juste un rêve, c’est vrai.
— J’ai l’impression que tu vois en moi. Que tu vois la personne que j’étais et celle que je suis aujourd’hui. Tu es la seule à faire la différence entre les deux. Tu vois mes vérités avant moi.
Afficher en entierJe me laisse aller contre mes oreillers en repensant à ces deux jours passés à Santa Barbara et au Brian que j’ai connu là-bas et qui y est resté. C’est difficile de faire face au mec qui est revenu avec moi, car il est froid et distant, mais je m’y attendais. Par contre, la douleur est pire que ce que j’avais prévu. C’est si difficile à vivre… Être près de lui et ne pas pouvoir le toucher est quelque chose d’inhumain.
Même si la situation me rend amère, je m’endors avec ces magnifiques souvenirs… Son sourire, nos éclats de rire, la façon dont il m’a fait l’amour et tous nos moments ensemble.
Afficher en entier— Je suis instable, désordonnée, fragile et violent. Toi, Abby, tu es une vraie force de la nature, une petite nana brisée qui continue de tout surmonter la tête haute. Tu te relèves chaque fois que tu tombes, moi, je ne suis plus sûr d’y arriver. On n’est pas faits pour être ensemble…
Derrière chacun de ses mots, se cache une fragilité évidente, un sentiment qui me touche au plus profond du cœur. Je digère chacune de ses paroles, les scellant profondément en moi. Mais l’instant n’est pas au deuil d’un amour embryonnaire.
— Il nous reste à peine douze heures, alors tais-toi et embrasse-moi, ordonné-je.
Surpris, il s’exécute malgré ça. Le baiser qu’il m’offre est le plus précieux qu’il m’ait été donné de recevoir ; tendre, passionné et débordant d’un amour vain. Il me touche, accentuant ses caresses à chaque frisson. Ses mains se faufilent sous mon haut. Bon sang ! J’aime ce type, sans doute plus que je n’aurais jamais pu l’imaginer, et lorsque nous retournerons à la réalité, nos souvenirs ensemble seront tout ce qu’il restera.
Je le repousse doucement et pose mon front contre le sien.
— Je t’aime, murmuré-je.
Comment ai-je pu croire, à cet instant, que ces trois petits mots apaiseraient ses souffrances ?
Afficher en entier— Ma belle, ne sois pas gênée, tout le monde doit être jaloux du plaisir que je vais te donner.
— Vantard ! Et si on parlait à Mat ? proposé-je.
— Non, tranche-t-il.
Sa réponse ranime mes appréhensions concernant notre retour.
— Mais pourquoi ?
— Parce que c’est comme ça.
Son ton est sans appel.
— Écoute, Mat me connaît depuis des années. Il ne me fait pas confiance, il a peur que je brise ton petit cœur. Et il a raison, ça pourrait arriver. T’aurais dû rester loin de moi… T’es têtue comme nana.
Afficher en entierLe poids de la décision que nous avons prise hier s’abat soudainement sur mes épaules. Bien que ce fut les meilleurs moments de toute ma vie, que ce séjour avec lui m’a fait ouvrir les yeux sur mes sentiments à son égard, cela finira tôt ou tard par nous retomber dessus. Je suis follement amoureuse de Brian Lewis, ce mec arrogant et prétentieux qui se moque constamment de moi. Il s’est montré honnête avec moi ; oui, il a été parfait. Mais les ennuis commencent déjà…
Triste, mais aussi déçue que cela finisse ainsi, j’affiche un léger sourire, bien trop faux pour tromper qui que ce soit.
— Merci de m’en avoir parlé, Brian.
— Tu es tellement importante pour moi…
Je relève la tête pour me plonger dans ses yeux verts ; y voir autant de sincérité me déchire le cœur. À notre retour à Los Angeles, je serai incapable de faire comme si de rien n’était. Oublier la peine dans son regard, ce « je t’aime » qu’il a prononcé, la gentillesse dont il a fait preuve envers moi, est impossible. Une grosse boule se forme dans ma gorge.
— Tu sais bien que toi aussi…
Il me sourit, caresse ma joue et m’embrasse. Je n’ai jamais connu un baiser aussi doux et amer à la fois. Je vis le plus beau et le pire moment de ma vie. Et lui continue de sourire ; pour l’instant, ça me suffit.
Afficher en entierJe suis dans un état d’euphorie similaire au sien. Je me regarde dans le miroir accroché dans la porte de la penderie : mes joues sont roses et mes yeux sont brillants. C’est grâce à lui, il me rend femme et à ses côtés, je retrouve mon insouciance. Celle que je pensais avoir perdue il y a longtemps. C’est décidé, pour le remercier de faire de moi une femme aussi épanouie, je vais mettre le paquet.
Afficher en entierIl presse ses lèvres sur les miennes et je savoure la chaleur de sa bouche. Nous nous perdons encore quelques minutes dans ce baiser avant qu’il ne se détache de moi.
— Allez, on va faire les boutiques, petite destructrice de réputation.
— Tu n’as jamais été faire du shopping avec une de tes conquêtes, pas vrai ? demandé-je, intriguée.
— Exact. Mais toi, tu n’es pas une conquête.
À la manière dont il prononce ces mots, j’ai le sentiment que c’est la chose la plus évidente qui soit.
— Ah non, alors je suis quoi ?
— Tu m’as entendu ce matin, n’est-ce pas ?
Il a hésité un instant, mais m’a posé la question avec une douceur infinie.
— Euh… Oui, oui je t’ai entendu…
Comment oublier ce « je t’aime » que je n’espérais pas ?
— Alors pourquoi tu n’as rien dit ? Et pourquoi tu ne dis toujours rien ?
À nouveau, mon cœur se serre. Comme j’aurais aimé lui répondre, mais c’est juste impossible…
— Parce que dans dix-huit heures, nous redeviendrons amis.
Je tente tant bien que mal de dissimuler la tristesse présente dans ma voix.
— Et si c’était pas le cas ? Et si dans dix-huit heures, nous étions toujours ensemble ? Et si plus rien n’existait à part nous ?
C’est à son tour d’avoir besoin d’être rassuré. Si seulement, il n’y avait pas de demain, pas de Los Angeles et pas de Mat. Si seulement, nous pouvions rester ici pour toujours. Si seulement, nous ne nous rapprochions pas de la réalité à chaque seconde qui passe…
Je me racle la gorge et commence :
— J’aurais sans doute soupiré ; il faut vraiment être idiote pour tomber amoureux d’une plaie comme moi. Mais j’aurais été honnête et je t’aurais dit que, pour moi, la vie sans toi devient inenvisageable. Je t’aurais ensuite embrassé pour après t’obliger à me faire l’amour.
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