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De l’oreiller émanent des effluves de parfums, qui ne lui appartiennent pas. S’y mêlent les confidences de l’importun, on fait l’amour sans joie. Dans l’obscurité froide, il se livre, je me tais. Intimité d’une heure, demain évaporée, tout comme les volutes de cette cigarette d’après la volupté, dont le bout rougeoyant éclaire à peine la pitoyable scène d’un amour mué en haine. Bruit de fond, un homme, une femme se chantent leur passion que nous salissons, de notre malencontreuse union, à faire l’amour sans âme. Courageux mensonges qui me tuent, prononcés sur ce lit qui vit naître notre bonheur perdu. Dehors et dedans, c’est l’ombre et la nuit, je me donne le rôle d’une garce finie, je veux que son cœur saigne. Il part ; la tête haute, et moi, le cœur blême. Dans Paris endormi, le bruit de mes larmes seul retentit, qui pleurent l’inconsistance de ma vie… mon désespoir… désespoir constant pour quelques instants de joie…
Afficher en entierLe bonheur... L'homme n'en entrevoit que des apparences, celles qu'essaie de lui donner le voisin. Mais n'enragez pas du bonheur du voisin. Il est pédophile, héroïnomane et schizophrène. Et par-dessus tout, il enrage de l'image d'harmonie absolue que vous et votre famille lui offrez en permanence. Il ignore que votre femme vous bat et que vos enfants ne sont pas de vous.
Le bonheur est une illusion d'optique, deux miroirs qui se renvoient la même image à l'infini. N'essayez pas de remonter à l'image d'origine, il n'y en a pas. Ne dites pas que le bonheur est éphémère. Le bonheur n'est pas éphémère. Le sentiment ressentit et pris pour le bonheur quand on est amoureux, quand on a réussi quelque chose, c'est le sursis avant de comprendre l'erreur : l'être aimé ne ressemble à rien, ce que vous avez réussi ne rime à rien. Cela ne vous rend pas malheureux, mais conscient. Le bonheur ne se finit pas, il se rectifie.
Nous avons inventé la lumière pour nier l'obscurité. Nous avons mis les étoiles dans le ciel, nous avons planté des réverbères tous les deux mètres dans les rues. Et des lampes dans nos maisons. Eteignez les étoiles et contemplez le ciel. Que voyez-vous? Rien. Vous êtes en face de l'infini que votre esprit limité ne peut pas concevoir et vous ne voyez plus rien. Et cela vous angoisse. C'est angoissant d'être en face de l'infini. Rassurez-vous; vos yeux s'arrêteront toujours sur les étoiles qui obstruent leur vision et n'iront pas plus loins. Aussi ignorez-vous le vide qu'elles dissimulent.
Afficher en entierPendant six mois, ça a été parfait, j'étais heureux, je n'ai rien à dire de cette période, des souvenirs dont la simplicité me fait mal à présent. Juste elle, et moi. C'est tout. Et puis un soir on est sortis, son démon l'a reprise et, à partir de là, tout a basculé, on s'est mis à traîner dans des endroits glauques qui l'attiraient et la consternaient à la fois, elle en ressortait satisfaite mais blessée à mort. Elle voulait se salir, elle en avait besoin, mais ça la tuait. Elle prenait de plus en plus de saloperies, et je m'y suis mis aussi, pour que ça ne l'éloigne pas d'elle et aussi parce que j'en avais besoin pour tenir avec tout ce qu'on buvait et les endroits où on allait. Je craquais doucement, mais je ne l'aurais jamais laissée. Je l'aimais. Et puis, elle est partie.
Six mois de bonheur... la chute lente... Et un jour on se retrouve à jouer seul. L'autre retire ses billes, reprend ses cartes, et vous restez là, comme un con, devant une partie inachevée... A attendre. Parce que vous ne pouvez faire que ça, attendre. Cesser d'attendre, ça voudrait dire que c'est fini.
Vous attendez en vain qu'elle relance les dés, vous pensez qu'il vous reste des cartes maîtresses que vous n'avez pas encore abattues, et qui changeront le cours de la partie.
Mais vous avez perdu.
Moi, j'ai perdu.
Non, je suis perdu.
Je l'aime... Tout le temps, toujours, à en crever.
Afficher en entierOn vit... comme des cons. On mange, on dort, on baise, on sort. Encore et encore. Et encore. Chaque jour est l'inconsciente répétition du précédent: on mange autre chose, on dort mieux, ou moins bien, on baise quelqu'un d'autre, on sort ailleurs. Mais c'est pareil, sans but, sans intérêt. On continue, on se fixe des objectifs factices. Pouvoir. Fric. Gosses. On se défonce à les réaliser. Soit on ne les réalise jamais et on est frustré, pour l'éternité, soit on y parvient et on se rend compte qu'on s'en fou. Et puis on crève. Et la boucle est bouclée. Quand on se rend compte de ça, on a singulièrement envie de boucler la boucle immédiatement, pour ne pas lutter en vain, pour déjouer la fatalité, pour sortir du piège. Mais on a peur. De l'inconnu. Du pire. Et puis qu'on le veuille ou non, on attend toujours quelque chose. Si non, on presserait sur la détente, on avalerait la plaquette de médocs, on appuierait sur la lame du rasoir jusqu'à ce que le sang gicle.
On tente de se distraire, on fait la fête, on cherche l'amour, on croit le trouver, puis on retombe. De haut. On tente de jouer avec la vie, pour se faire croire qu'on la maitrise. On roule trop vite, on frôle l'accident. On prend trop de coke, on frôle l'overdose. Ça fait peur aux parents, des gênes de banquiers, de PDG, d'hommes d'affaires, qui dégénèrent à ce point là, c'est quand même incroyable. Il y en a qui essaient de faire quelque chose, d'autres qui déclarent forfait. Il y en a qui ne sont jamais là, qui ne disent rien, mais qui signent le chèque à la fin du mois. Et on les déteste parce qu'ils donnent tout et si peu. Tant pour qu'on puisse se foutre en l'air et si peu de ce qui compte vraiment. Et on finit par ne plus savoir ce qui compte, justement. Les limites s'estompent. On est comme un électron libre. On a une carte de crédit à la place du cerveau, un aspirateur à la place du nez, et rien à la place du cœur, on va en boîte plus qu'on ne va en cours, on a plus de maisons qu'on a de vrais amis, et deux cents numéros dans notre répertoire qu'on appelle jamais. On est la jeunesse dorée. Et on a pas le droit de s'en plaindre, parce que il paraît qu'on a tout pour être heureux. Et on crève doucement dans nos appartements trop grands, des moulures à la place du ciel, repus, bourrés de coke et d'antidépresseurs, et le sourire aux lèvres.
Afficher en entierL'humanité souffre. Et je souffre avec elle.
Afficher en entierNous sommes en quantité infime dans la masse, mais nous nous sentons nombreux car nous ignorons ce qui se passe en dessous, à l’heure où vous vous levez pour aller bosser, nous nous couchons, ivres et béats d’avoir claqué en une nuit le montant de vos courses alimentaires de la semaine, voire votre loyer, voire votre salaire. Et le pire, c’est que c’est normal, et qu’on recommencera demain, et après-demain, et tous les jours jusqu’à ce qu’on s’en lasse.
Ça vous exaspère ? Tant mieux, c’est fait pour.
Je suis un petit con, un sale petit con qui se la pète du haut de ses vingt-deux ans et de ses millions. Mon optique ? Emmerder le monde, vous compris.
Car emmerder le monde est la solution, la panacée contre l’ennui. Enerver, emmerder, exaspérer les hypocrites, les déclassés, les intolérants, les prétentieux sans raison, les voisins, les bourgeois, les radins, les mythomanes, les incurables médiocres, ceux qui s’achètent des grosses voitures à crédit, ceux qui parlent politique, ceux qui traitent les filles de salopes parce qu’ils ne les ont pas sautées, ceux qui critiquent les livres qu’ils n’ont pas lus, ceux qui ne prêchent que pour leur église, ceux qui balancent des billets à la gueule des serveurs, ceux qui n’aiment pas les flics, et j’en passe et des pires.
Je possède deux armes infaillibles pour exercer mon art, la première, c’est mon indubitable supériorité physique, intellectuelle, financière et sociale qui écrase d’emblée mon adversaire et me rend invulnérable à n’importe quelle attaque, la seconde, c’est que je me fous de tout, et que je n’ai honte de rien.
Vous trouvez ça puéril ? J’ai mes raisons.
J’emmerde le monde parce que je le hais.
Afficher en entierLe calme. La solitude, enfin. J’ai enfilé un peignoir et je retourne dans la bibliothèque m’affaler sur mon canapé profané. Je reste immobile, devant ma cheminée où ne brûle aucun feu, je fume clope sur clope. Mes yeux fixes sont tournés vers l’intérieur, vers la lueur éteinte d’un passé révolu, vers les images dorées d’un bonheur rectifié.
N’attendez pas de chute à cette histoire, il n’y en a pas. Il est mort et plus rien n’a de sens pour moi. J’envisage l’avenir comme une éternité de souffrances et d’ennui. Ma lâcheté m’empêche de mettre fin à mes jours. Je continuerai à sortir, à taper, à boire et à persécuter des cons.
Jusqu’à ce que j’en crève.
L’humanité souffre. Et je souffre avec elle.
Afficher en entierDemain, je bazarde ma fierté de con qui sert à rien, et je lui avoue la vérité, je lui dis à quel point je l’aime, que je n’ai jamais cessé de l’aimer. Et puis si elle s’en fout, au moins, je serai fixé. Et je pourrai passer à autre chose, cesser de me torturer, vivre… Il est grand temps. Et si elle ne s’en fout pas… Demain ne sera pas comme hier, comme aujourd’hui, comme tous les jours gâchés de ma misérable vie.
Demain je serai peut-être avec Hell.
Un feu rouge. Place de la Concorde. Jamais personne. De toute façon, peux pas m’arrêter. Roule trop vite. Une voiture noire sur la gauche. Elle roule vite aussi. Le plus beau moment de sa chanson. Je n’ai que le temps de monter le son au maximum avant de sentir mon pare-brise exploser, ma portière exploser, et moi…
Demain aurait été un autre jour… semblable.
Afficher en entierJe ne me suis pas encore présentée. Mes parents m’ont appelée Ella, et j’ai toujours haï ce prénom de petite fille sage et adulée que je ne suis pas. Pour mes amis, j’étais Elle, mais ça ne me plaisait pas plus, m’appeler comme la fille qui passe dans la rue, ou un magazine féminin ou un super-top model, ou celle qui a fait la bêtise.
Alors je me suis rebaptisée pour moi seule, et pour ceux qui comprendront.
Je m’appelle Hell ; je suis prédestinée.
Afficher en entier"Je regarde les gens, leurs pas qui les emportent vers une finalité absente... Et au fond de moi même, son image qui me hante.
Je le connaissais mieux que personne. On avait le même état d'esprit, on méprisait la platitude et la médiocrité, on était prisonniers du fric et ça nous rendait dingues, et on ne savait pas pourquoi on existait.
Maintenant qu'il n'est plus là, je sais pourquoi j'existais.
J'existais pour lui."
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