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- Vous êtes quelqu'un de bien, Keir. Et je ne vois aucune objection à votre union. Néanmoins, je dois vous prévenir que les Marsden sont de sacrés têtes de bois, et Merritt ne fait pas exception à la règle. Si je peux vous donner un conseil avisé, fruit de mon expérience...

- Oui, je vous en prie.

- Je fais de longues chevauchées sur mon domaine. Quel que soit le cheval que je monte, je lui laisse le bride sur le cou pour qu'il puisse trouver son équilibre et son allure naturels. Nombre de cavaliers autoritaires contraignent leur monture. Ils ne supportent aucune hésitation, aucun mouvement de tête, et tout est bon pour soumettre la bête : coups d'éperons, de cravache, tractions sur la bouche... De fait, l'animal est maté, mais son tempérament irrémédiablement brisé. Il faut laisser un cheval être un cheval. Vous voyez où je veux en venir ?

- Oui, milord.

- Cette métaphore équine était-elle vraiment nécessaire ? s'enquit Kingston. Tu aurais pu dire plus simplement : "Soyez compréhensif avec mon entêtée de fille et ne la malmenez pas".

- C'est un réflexe, rétorqua Westcliff. Mes fils n'écoutent ce que je dis que quand je parle de chevaux.

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- Je ne ressemble à aucun de vous, grogna-t-il. Je viens d'un monde totalement différent.

- A vous entendre, vous êtes né sur un bateau pirate ou sur une autre planète ! Vous êtes écossais, voilà tout. Vous êtes né à quelques latitudes d'ici, au nord du pays. Et franchement... techniquement... je ne suis même pas sûre que vous soyez écossais.

Keir lui retourna un regard ahuri.

Phoebe s'expliqua :

- Les seuls ancêtres celtes des Challon sont gallois. J'ai étudié la branche familiale de votre mère, les Royston et les Plaskitt, et selon le Debrett il n'y a pas de sang écossais dans cette lignée.

- Je ne suis pas écossais ?

Le désarroi de Keir était tellement palpable que Phoebe s'empressa d'ajouter :

- Mais je ne suis remontée que sur deux générations !

Keir laissa tomber sa tête entre ses mains.

- Vous avez du mal à respirer ? s'alarma Phoebe.

Il secoua la tête. Son souffle sifflait entre ses doigts.

- J'explorerai plus avant votre arbre généalogique, reprit Phoebe. Je trouverai fatalement un ancêtre écossais. Vous êtes écossais, sans le moindre doute, comme... comme... un leprechaun en kilt qui traverserait une lande de chardons sur une licorne !

Keir releva la tête, juste le temps de répliquer d'un air accablé :

- Les leprechauns sont irlandais.

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- Vous êtes censé inspirer par le ventre, insista Merritt, qui consultait toujours Thorax et viscères : manuel thérapeutique, que le Dr Kent lui avait aimablement fourni.

- Un ventre se remplit de nourriture, pas d'air.

- C'est une technique spéciale appelée "respiration diaphragmatique".

- J'ai déjà ma propre technique depuis que je suis né.


- A votre tour, reprit-elle. Pincez la bouche... un peu comme si vous boudiez.

- Je suis un homme, je ne boude pas.

- Que faites vous quand vous n'êtes pas content et que vous ne pouvez pas vous plaindre ?

- J'avale un verre de wisky.

Elle sourit.

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Il reprit ses explications, et une ambiance d'intimité tranquille s'installa. Sans mot dire, Merritt admirait ses épaules puissantes et les muscles denses qui traçaient des cordons obliques de chaque côté de sa colonne vertébrale. Sa peau ferme et satinée luisait doucement à la lueur des flammes.

Comment en était-elle arrivée là ? s'interrogeait-elle. Parfois les évènements s'emballaient, et l'on finissait avec un Ecossais à demi nu sur le canapé du salon.

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- Très bien, je vais vour obéir, dit-il, un sourire dans la voix. Je vais aller me laver dans la pièce d'à côté, puisque vous avez déjà tout préparé. Quant à vous... ne bougez pas. Ne touchez à rien. Parce que je ne crois pas qu'une dame telle que vous aimerait qu'un gaillard comme moi surgisse dans le plus simple appareil.

Voilà qui prouvait, songea distraitement Merritt, qu'il ne connaissait vraiment rien aux dames.

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Lady Merritt Sterling, a beautiful and charming widow, has been running her late husband’s shipping business for the past three years. In this scene, she’s showing a new client, Mr. Keir MacRae, to the company-owned flat where he’ll be staying . . .

Merritt ascended a narrow flight of stairs, while Keir MacRae followed. “I’m afraid the flat has only cold running water,” she said. “But you can heat water for a bath on the stove fire-plate.”

“I can wash with cold water the same as hot.”

“Oh, but not this time of year,” she said. “You might catch a chill and come down with fever.”

Now MacRae sounded amused. “I’ve never been ill a day in my life.”

“You’ve never had fever?” Merritt asked.


“Never a sore throat or cough?”


“Not even a toothache?”


“How remarkably annoying,” Merritt exclaimed, laughing. “How do you explain such perfect health?”


“No one’s that lucky.” She unlocked the door at the top of the stairs. “It must be your diet. What do you eat?”

“Whatever’s on the table,” MacRae replied, following her into the flat and setting down the trunk.

Merritt pondered what little she knew about Scottish cuisine. “Porridge, I suppose.”

“Aye, sometimes.” Slowly MacRae began to investigate the room as they talked. It was simply furnished with a table and two chairs, and a small parlor stove with a single fire-plate in the corner.

“I hope the flat is acceptable,” Merritt said. “It’s rather primitive.”

“The floor of my house is paved with stone,” he replied dryly. “This is an improvement.”

Merritt could have bitten her tongue. It wasn’t at all like her to be so tactless. She tried to steer the conversation back on course. “You . . . you were telling me about your diet.”

“Well, mostly I was raised on milk, potatoes, dulse, fish—”

“I beg your pardon, did you say ‘dulse?’ What is that, exactly?”

“A kind of seaweed,” MacRae said. “As a lad, it was my job to go out at low tide before supper and cut handfuls of it from the rocks on shore.” He opened a cupboard to view a small store of cooking supplies and utensils. “It goes in soup, or you can eat it raw.” He glanced at her over his shoulder, amusement touching his lips as he saw her expression.

“Seaweed is the secret to good health?” Merritt asked dubiously.

“No, milady, that would be whiskey. My men and I take a wee dram of it every day, and it keeps us all sound and hale.” Seeing her perplexed expression, he continued, “Whisky is the water of life. It warms the blood, keeps the spirits calm, and the heart strong.”

“I wish I liked whisky, but I’m afraid it’s not to my taste.”

MacRae looked appalled. “Was it Scotch whisky?”

“I’m not sure,” she said. “Whatever it was, it set my tongue on fire.”

“It was no’ Scotch, then, but rotgut. Islay whisky starts with the fire of the devil’s whisper . . . but then the flavors come through, and it might taste of cinnamon, or peat, or honeycomb fresh from the hive. It could taste of a long-ago walk on a winter’s eve . . . or a kiss you once stole from your sweetheart in the hayloft. Whiskey is yesterday’s rain, distilled with barley into a vapor that rises like a will o’ the wisp, then set to bide its time in casks of good oak.” His voice had turned as soft as a curl of smoke. “Someday we’ll have a whisky, you and I. We’ll toast health to our friends and peace to our foes . . . and we’ll drink to the loves lost to time’s perishing, as well as those yet to come.”

Merritt stared at him, mesmerized. How handsome he was, she thought dazedly. His eyes were a piercing shade of ice-blue, with faint whisks at the outer corners, etched by laughter and sun and sharp windy days. He was a big, virile male in his prime . . . and he took her breath away.

“We’ll drink to the loves yet to come for your sake,” she managed to say, “but not mine.”

MacRae’s head tilted as he regarded her thoughtfully. The light slid over his hair and struck gleams of light gold in the thick amber locks. “You dinna want to fall in love?”

Merritt turned to wander around the flat. “I’ve never cared for the phrase ‘falling in love,’ as if love were a hole in the ground. It’s a choice, after all.”

“Is it?” MacRae began to wander as well. He paused at the open archway of the main room to view the connecting bedroom.

“Yes, a choice one must make according to common sense. I waited to marry until I found someone I knew would never break my heart.” Merritt paused with a bleak smile before adding, “Of course, my heart was broken anyway, when his steamer sank in the mid-Atlantic. Nothing would ever be worth going through that again.”

She looked up to find MacRae’s gaze on her, as bright as flicker of moonlight. He made no comment, but there was something curiously comforting about the way he looked at her, as if there were nothing she could say that he wouldn’t understand.

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D'un geste théâtral, Westcliff sortit une lettre de sa poche.

- C'est Lillian qui m'a mis dans la confidence. Sous le sceau du secret. Mais je lui ait dit que je ne pouvais pas te laisser dans l'ignorance. Il a fallu batailler ferme, et en contrepartie j'ai dû promettre... Bref, inutile d'entrer dans les détails. Quoi qu'il en soit, il faudra que tu aies l'air surpris quand l'annonce sera faite officiellement.

- Bonté divine, Westcliff, cesse de jouer avec mes nerfs ! Donne-moi cette lettre.

Sébastian attrapa le courrier d'un geste sec. Il le parcourut rapidement, et un sourire naquit sur ses lèvres.

- Evidemment. Keir est mon fils, et notre lignée est d'une virilité inégalée.

Westcliff hausse les sourcils d'un air faussement sévère.

- Tu te rends compte que le premier de mes petits-enfants a été engendré par ton bâtard ?

- Oui, oui. Qui se soucie de cela ? Cet enfant sera magnifique ! Il aura mon physique et ton intellect.

- Ou peut-être l'inverse, malheureusement.

- Ne sois pas si pessimiste. Et apporte donc la bouteille de cognac par ici. Nous avons des tas de projets à faire.

Et, souriant, les deux vieux amis levèrent leurs verres pour trinquer.

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