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Les extraits appréciés par aure-sullivan

1er Chapitre

En rentrant chez moi ce jour-là, je trouvai deux hommes assis à la table de ma cuisine. L'un d'eux était mon amoureux, avec lequel j'habitais ; l'autre était l'un de nos meilleurs amis communs. Le premier est un léopard-garou et le second, un loup-garou. Tous les deux exercent le métier de stripteaseurs. Au moins une fois par mois, ils ôtent sur scène bien davantage que leurs vêtements : ils changent de peau et de forme devant un public ébahi. Ces soirs-là, il n'y a que des places debout dans la salle. C'est vrai, il existe des tas d'endroits ou vous pouvez voir des mecs se déshabiller, mais des humains qui se transforment en animaux... C'est un spectacle unique.

Nathaniel se leva pour venir m'embrasser et me serrer dans ses bras. Je glissai mes mains dans l'épaisse chevelure auburn qui cascadait le long de ses larges épaules, du creux de ses reins, de la rondeur de ses fesses et de ses jambes musclées. Nathaniel mesure désormais un mètre soixante-huit, soit trois centimètres de plus de lorsque je l'ai rencontré. Avec mes talons de 7 centimètres, j'étais légérement plus petite que lui. A vingt et un ans, le reste du corps de Nathaniel rattrape enfin sa carrure. Son visage devient moins doux, plus viril. Il sera toujours plus mignon que viril, mais sa structure osseuse s'est modifiée de manière infime, si bien que maintenant, il fait son âge au lieu d'avoir l'air d'un ado.

Il me dévisagea de ses yeux couleur lilas? Sur son permis il est marqué que ses yeux sont bleus, parce que les fonctionnaires n'ont pas voulu qu'il écrive "lavande" ou "mauve". Et il est vrai que ses iris changent de teinte en fonction de son humeur et de ce qu'il porte,mais je peux vous garantir qu'ils ne sont jamais bleus.

Nathaniel glissa les mains sous ma veste de tailleur et effleura le haut de ma jupe. Il hésita un peu en butant contre le Browning BDM que je portais dans un holster d'épaule. les flingues, c'est gênant pour faire des câlins.

J'enlaçai son torse ni et humai profondément l'odeur de sa peau. Comme toujours à cette période de l'année, Nathaniel ne portait qu'un minuscule short de jogging. La plupart des métamorphes se baladeraient à poil s'ils le pouvaient. Sur le principe, ça me gêne un peu ; aussi Nathaniel fait-il cette concession à ma pudeur. certains pensent que je n'en ai plus depuis belle lurette, mais ils se trompent, sans doute parce qu'ils sont jaloux.

Et quand je tiens Nathaniel dans mes bras, quand je respire l'odeur vanillée de sa peau, je peux comprendre leur jalousie. Je sais que même s'ils m'en veulent un peu de coucher avec des tas de beaux mâles, et encore plus d'avoir trouvé un amour véritable auprès d'eux, ces gens envient surtout mon pouvoir. Parce que je suis la servante humaine de Jean-Claude, le Maître de la Ville de St.Louis. Parce que de tous les exécuteurs de vampires qui sévissent aux Etats-Unis, c'est moi qui ai le plus beau tableau de chasse.

_Je donnerais volontier un des organes auxquels je suis le moins attaché pour qu'une femme m'accueille ainsi à la fin de la journée, lança Jason.

Je dus me tordre le cou pour le regarder derrière Nathaniel. Il était toujours assis à la table de la cuisine, un mug de café entre les mains. Du moins, l'odeur me disait que c'était du café, mais Jason tenait sa tasse comme s'il s'agissait de quelque chose de beaucoup plus précieux et de beaucoup plus addictif.

Jason a deux ans de plus que Nathaniel, soit vingt-trois ans. Curieusement, je les ai rencontrés tous les deux quand ils en avaient dix-neuf. Jason fait ma taille, à un centimètre près. Il a cette blondeur qu'affectionnent les stars de cinéma, sauf que la sienne n'est due à aucun coiffeur ni aucun produit décolorant. Ses cheveux sont coupée très court et d'une façon très classique, comme ceux d'un homme d'affaires. J'adore les cheveux longs, mais je dois reconnaître que le beau visage de Jason est mieux mis en valeur ainsi.

Ce jour-là, il portait un tee-shirt bleu qui faisait paraître ses yeux encore plus bleus - la couleur d'un ciel, non pas printanier mais estival, avant que frappe la canicule mais alors que mai est déja loin derrière. Ses fringues dissimulaient le fait qu'il était encore plus appétissant nu, comme je suis bien placée pour le savoir. Si je ne sors pas avec Jason, ce n'est pas parce que je ne le trouve pas mignon ou désirable. C'est parce qu'il est mon ami, et réciproquement.

_ Et Perdy ? demandai-je. Vous sortez officiellement ensemble, pas vrai?

Jason eut un large sourire.

_ <Sortir ensemble> ? Tu es mignonne.

Je fronçai les sourcils.

_ Tu appelles ça comment, toi ?

Nathaniel m'embrassa sur le front.

_ C'est vrai que tu es mignonne?

Je m'écartai de lui et foudroyai les deux hommes du regard.

_ Non, mais sérieusement, vous appelez ça comment, vous ? Perdy n'est pas un coup d'un soir, ni une copine avec qui on couches juste pour le fun. C'est ta petite amie officielle.

_ A t'entendre, on dirait que je lui ai donné la chevalière de la fac, Anita. Perdy et moi étions amants, et elle tenait à ce que nous soyons monogames.

_ Je croyais que c'étais le cas.

_ Mis à part le fait que je couchais toujours avec toi, ça l'était.

_ Attends. Pourquoi tu parles au passé ? Tu as rompu avec Perdy?

_ Elle lui a posé un ultimatum révéla Nathaniel. ( Il laissa glisser sa main le long de mon bras tout en s'éloignant.) Je vais te servir un café.

Je m'approchai de la table et m'assus sur la chaise qu'il venait de libérer.

_ Quel genre d'ultimatum ? demandai-je.

Jason perdit son regard dans son mug de café.

_ Elle voulait que je cesse de coucher avec Jean-Claude, avec Asher et avec toi, répondit-il.

_ Mais... tu be couches ni avec Jean-Claude ni avec Asher ! protestai-je? A moins, évidemment, que tu aies négligé de m'en parler.

Jason sourit.

_ Si tu voyait ta tête! ( Il leva deux doigts, reproduisant le salut des boy-scouts.) Je ne couche pas et n'ai jamais couché ni avec Jean-Claude, ni avec Asher.

Nathaniel posa un mug de café fumant devant moi et s'assit de l'autre côté de la table. Ainsi,nous pourrions regarder notre ami tous les deux. Et nous ne pourrions guère faire plus que nous tenir la main, ce qui était sans doute une bonne idée. Nathaniel et moi avons tendance à nous distraire mutuellement.

_ Mais Perdy ne t'a pas cru, devinai-je.

_ Non, en effet.

Jason sirota une gorgée de café.

_ Pourquoi donc ?

_ Je ne sais pas trop.

_ Si le fait que je t'utilise pour nourrir d'ardeur perturbait ta petite amie, tu aurais dû me le dire.

(...)

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Jason et moi étions par terre. Adossé au chambranle de la salle de bains, Jason me plaquait contre lui le plus étroitement possible ; il avait même crocheté ses jambes autour de ma taille. Je sentais son cœur cogner à tout rompre contre mes omoplates, et j'éprouvais le goût métallique de sa peur sur ma langue. Je n'avais pas besoin de regarder par-dessus mon épaule pour savoir qu'il avait les yeux écarquillés, les lèvres entrouvertes et le visage blême.

A genoux, Richard nous toisait. Ses yeux étaient redevenus normaux.

- Je sens combien vous avez peur de moi, tous les deux.

- Tu as essayé de rouler mon esprit, Richard. Tu as voulus me priver de mon libre arbitre.

- Je veux que tu ne désire que moi, Anita. Je le veux si fort que parfois, ça me rend fou. Je déteste te savoir avec d'autres hommes.

Je m'abstins sagement de répondre, parce que j'avais conscience que Richard aimait me regarder coucher avec Jean-Claude - parfois. Il aimait me partager avec notre maître - parfois. Mais, comme beaucoup de chose en lui, il refusait de l'accepter. Si je lui posais la question, il dirait qu'il me partageait avec Jean-Claude parce qu'il n'avait pas le choix, et qu'il le faisait rarement parce que ça ne lui plaisait pas. Mais je pense que c'est faux. Je pense qu'il le fait rarement parce qu'il aime ça, et que ça le dégoûte d'aimer ça.

- Tu me serres trop fort, Richard.

Il regarda l'endroit où ses doigts avaient laissé des empreintes dans ma chair comme s'il ne se souvenait plus qu'il me tenait. Puis il me lâcha et s'assit sur ses talons, l'air perplexe.

- Je ne voulais pas te faire de mal.

- Je sais.

Jason continuait à me serrer contre li, et son pouls ralentissait peu à peu.

- Si Jason n'était pas intervenu, tu aurais fait tout ce que je voulais. Mais j'y croyais aussi, Anita. Je croyais de nouveau à une fin heureuse, "ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants". Je croyais...

- J'ai senti que tu y croyais, acquiesçai-je.

- Mais tu y croyais aussi, dit-il en me dévisageant - si sincère, si convaincu de sa propre vérité !

- Tu m'as forcée à le croire. Mais c'était ton idée, pas la mienne. Je n'ai plus envie de m'excuser pour ça, Richard. Tu viens à peine d'hériter de l'ardeur, et d'entrée de jeu, tu étais prêt à l'utiliser de manière aussi impitoyable que tous les vampires que tu as pris à partie à ce sujet.

- Tu es injuste, protesta-t-il.

- J'ai senti ce que tu lui faisais, Richard, intervint Jason. Tu l'as privée de son libre arbitre, et à la place, tu l'as remplie de ce faux bonheur.

- Ce n'est pas un faux bonheur.

- Ce n'est pas sa vision du bonheur, Richard : c'est la tienne.

- Tu n'as pas à t'interposer entre ton Ulfric et sa lupa.

- Peut-être pas, mais je ne pouvais pas rester les bras croisés alors que je sentais ce que tu lui faisais. Anita m'a demandé de l'aider, et j'ai été obligé d'obéir.

Je touchai ses bras qui m'enveloppaient toujours.

- Comment ça, tu as été obligé d'obéir ?

- Tu es mon amie, et la copine de mon meilleur ami. Je ne pouvais pas le laisser tr violer comme ça.

- Ce n'est pas ce que je faisais, protesta Richard.

- Selon la loi, utiliser la magie ou une capacité psychique qui prive quelqu'un de son libre arbitre pour coucher avec lui, c'est du viol, dit Jason.

Ce qui était, à la virgule près, ce que j'étais en train de penser.

Je sentis Jason se figer contre moi, et j'en fis sans doute autant dans son étreinte.

- Tu viens de dire à voix haute ce que j'étais en train de penser ? demandai-je.

- Je ne sais pas. Tu crois ?

- Je suis presque certain que oui, déclara Richard.

Il se pencha vers nous en reniflant. Même si je fréquente des métamorphes depuis un bail, je continue à trouver ça bizarre quand ils ont des attitudes typiquement animales sous leur forme humaine.

Jason eut un mouvement de recul, comme s'il pouvait passer à travers le mur et m'entraîner avec lui pour nous soustraire à l'attention de Richard.

- Qu'est-ce que tu essaie de sentir ? interrogea-t-il/

A quatre pattes devant nous, Richard nous surplombait, ses cheveux tombant en ondulations épaisses autour de son visage, de sorte que je ne pouvais pas déchiffrer son expression. Mais à mon avis, Jason y arrivait.

- Jean-Claude aurait pu m'arracher Anita. Et peut-être Micah ou Nathaniel, parce qu'ils ont un lien métaphysique avec elle. Damian aurait pu lui communiquer sa froideur, sa maîtrise de lui, et l'aider à me bloquer. Mais il est son serviteur vampire. (Richard se pencha davantage, m'écrasant presque le visage contre sa poitrine pour pouvoir renifler celui de Jason par-dessus mon épaule.) Toi, en revanche... tu n'es que sa nourriture. Tu es la pomme de sang de Jean-Claude, mais tu n'es rien de spécial pour Anita.

C'était un peu difficile de m'exprimer fermement dans la position où je me trouvais, prisonnière des bras et des jambes d'un homme et à demi écrasée sous le torse d'un autre, mais je fis de mon mieux.

- C'est mon ami.

J'entendis Richard prendre une grande inspiration. Puis il se rejeta en arrière comme s'il avait reçu un coup.

- Il est plus que ça à présent, chuchota-t-il.

- De quoi parles-tu ? demandai-je, les sourcils froncés.

- Ne le sens-tu pas ? Jason est ton animal à appeler.

Jason se raidit contre moi.

- Quoi ? m'exclamai-je.

- Avant, il avait l'odeur de la meute. Maintenant il porte aussi la tienne, comme Nathaniel ou Micah.

- Je vis avec eux. C'est normal que nous ayons développé une odeur commune.

Richard secoua la tête.

- Non, Anita. Ne mets jamais en doute l'odorat d'un loup. C'est comme s'ils portaient un petit morceau de toi incrusté sous la peau. Micah sent comme ça depuis que je le connais, mais Nathaniel... son odeur a changé ces derniers temps. Celle de Damian aussi. Et maintenant, c'est le tour de Jason.

- Je la tiens contre moi, Richard. C'est pour ça que je sens son odeur.

Richard fit un nouveau signe de dénégation.

- Non, Jason. Je sais faire la différence entre une odeur empruntée et une odeur qui émane directement de quelqu'un.

- Je n'ai pas pu faire de lui mon loup à appeler, Richard, argumentai-je. Je ne me souviens pas l'avoir fait.

- Tu as oublié le plus gros des deux derniers jours, me rappela-t-il.

Je réfléchis. Je voulais lui prouver qu'il avait tort, mais un nœud dur et froid commençait à se former dans mon ventre. Dès l'instant où je le sentis, je connus la vérité.

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—Tu m'as dit que tu en avais marre que je te « balance constamment des citations à la figure ». J'essaie de te parler plus simplement.

Je hochai la tête.

—Je me souviens, mais... j'ai l'impression que tu m'en veux, et je ne sais pas pourquoi.

—Tu m'as invité dans ton lit. Je partage de nouveau l'ardeur avec quelqu'un. Qu'est-ce qu'un homme pourrait bien désirer de plus ?

—L'amour, répondit Nathaniel à ma place. Requiem tourna son attention vers le léopard-garou, et un éclair de feu bleu passa dans ses prunelles - colère et pouvoir mêlés.

Il l'étouffa très vite, mais je l'avais vu. Nous l'avions tous vu.

—« Quand les deux délibèrent, bien piètre est l'amour: qui a jamais aimé qui n'ait aimé au premier jour ? »

—J'ignore qui a écrit ça, dit Nathaniel, mais Anita ne fait pas dans le coup de foudre. En tout cas, elle n'a pas eu de coup de foudre pour moi.

—C'est extrait de Héro et Léandre, de Christopher Marlowe, intervint Byron. (Tournant le dos à l'autre vampire, il comptait l'argent qu'il avait répandu sur le canapé.) Et ce qui turlupine Requiem, c'est qu'il se trouve merveilleux et qu'il ne comprend pas pourquoi tu ne l'aimes pas.

—Ne me tente pas, Byron. Ma colère n'a besoin que d'une cible, siffla Requiem.

Byron pivota vers lui, une liasse de billets à la main.

—« Je peux résister à tout, sauf à la tentation.» (Il me jeta un coup d'oeil.) Requiem déteste qu'on lui renvoie des citations à la figure.

—Tes paroles dépassent ton dessein, Byron, dit Requiem d'une voix basse, menaçante.

—Mon dessein ? (Un instant, le pouvoir de Byron étincela dans ses yeux gris tel un éclair silencieux. Il posa ses billets sur la table basse laquée et fit face à l'autre vampire.) «Je manque de cet art onctueux et poli, de parler sans avoir dessein d'accomplir 1 », déclama-til. Puis il s'assit sur les genoux de Nathaniel, étendant ses jambes en travers de mes cuisses.

Presque machinalement, Nathaniel passa un bras autour de ses épaules tout en me jetant un regard qui signifiait : « Que se passe-t’il ? » Mais, puisque je l'ignorais, je n'avais pas de réponse à lui fournir. C'était comme si nous avions été entraînés malgré nous dans une bagarre dont je ne soupçonnais même pas l'existence. J'avais les mains en l'air, au-dessus des jambes de Byron. Désormais, la plupart du temps, j'arrive à ne pas prêter attention à la nudité des gens qui m'entourent mais, quand les gens en question sont à moitié vautrés sur mon petit ami et sur moi, c'est plus difficile. Je ne suis pas à ce point douée pour feindre la cécité. Au bout d'un moment, je commençai à me sentir un peu idiote et finis par poser mes mains sur les tibias de Byron. S'il s'était assis sur mes genoux plutôt que sur ceux de Nathaniel, je l'aurais juste poussé pour le faire tomber. Mais, puisqu'il avait impliqué Nathaniel, je ne pouvais pas me contenter de réagir instinctivement : je devais réfléchir. Or réagir instinctivement est toujours beaucoup plus facile. Pas forcément plus judicieux à long terme, mais à court terme, ça soulage.

—Que se passe-t-il ? lançai-je à la cantonade.

—Demande à Byron, répondit Requiem. Je ne sais absolument pas pourquoi il se comporte ainsi. Je tapotai le mollet de Byron.

—Que fais-tu vautré sur nous ?

Byron passa les bras autour des épaules de Nathaniel et frotta sa joue contre celle du métamorphe tout en me regardant fixement de ses yeux gris. Je réprimai un frisson - un frisson, non pas de peur, mais de désir.

Nathaniel semblait légèrement perplexe. Ce fut le regard ouvertement provocateur de Byron qui me poussa à glisser sur le côté pour me débarrasser du poids mort de ses jambes et me lever.

—J'ignore à quoi tu joues, Byron, mais ça ne nous intéresse pas, Nathaniel et moi.

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Nous étions redevenus enfants, et Nicholas agonisait. En heurtant sa tête, la batte de base-ball avait émis un craquement mouillé, écœurant. Il gisait sur le sol, une main tendue vers nous. Il y avait du sang partout, et l'homme nous surplombait tel un géant ténébreux.

- Cours, Natty, cours! suppliait Nicholas.

Et, des années après, Nathaniel hurlait de nouveau :

- Non!

Enfant, il avait obéi. Mais il n'était plus un petit garçon effrayé. Levant la tête, il dit :

- Je ne fuirai pas.

Je scrutais ses yeux lavandes. C'était bien le présent qu'ils voyaient ; pas ce souvenir de douleur et de mort. Des larmes maculaient son visage, mais il chuchota :

- Je ne fuirai pas.

J'avais huit ans, et mon père était sur le point de m'annoncer les mots qui chambouleraient ma vie. Ma mère était morte. Mais je ne m'étais pas enfuie. Et Nathaniel avait pris ses jambes à son cou uniquement parce que son frère le lui avait demandé. C'est mon père qui s'était effondré, pas moi. Je ne m'étais pas enfui à l'époque, et je ne m'enfuirais pas maintenant.

Retrouvant l'usage de ma voix, je lançai :

- Nous ne fuirons pas.

Non, confirma Nathaniel en secouant la tête, les joues encore ruisselantes.

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-Dans ce cas, qu’est-ce qui vous tiendra éloignée des bras de votre maître?

-J’ai un rendez-vous. Non que sa vous regarde.

-Mais pas avec Jean-Claude ou Asher, donc?

Je secouai la tête.

-Peut-être avec votre roi-loup, Richard?

Je fis un nouveau signe de dénégation.

-Pour qui allez-vous les abandonner tout les trois? Ha! Je sais: votre roi-léopard, Micah.

-Encore raté.

-Je suis étonné que vous répondiez à mes questions.

-Franchement, moi aussi. Je crois que c’est parce que vous n’arrêtez pas de me traiter de pute, et que j’aime bien vous donner raison.

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Voici donc où nous en sommes. J'ai failli mourir. Asher a désormais un animal à appeler. Jean-Claude ne l'a pas supprimé pour le punir de m'avoir presque tuée - et moi non plus. Jean-Claude nous a interdit de coucher de nouveau ensemble pour nous nourrir, sans une tierce personne pour nous surveiller. Nous n'avons pas protesté. Nous sommes tous deux conscients du plus noir secrets que nous partageons : c'était si bon, si incroyablement bon, que nous ne nous faisons plus confiance mutuellement pour ne pas recommencer.

Je suis un succube. Je suis une vampire. Je ne bois peut-être pas le sang d'autrui, mais je me nourris de sexe. Si je tente de m'abstenir, je ne drainerai pas seulement l'énergie et la vie de Damian. Nathaniel mourra, et moi aussi. Je crois que Jean-Claude peut se protéger contre moi, et protéger Richard en même temps, mais je risque de nous tuer tous si je n'apprend pas à gérer mon propre triumvirat.

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-Ulfric... ce soir, tu es Clark Kent, pas Superman. Tu dois rejoindre ta cavalière et faire comme si tu n'était qu'un gentil prof de sciences naturelle. Je m'occupe d'Anita.

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"-Je t'aime, Anita.

-Je t'aime aussi, Richard.

-Je te déteste Anita, dit-il sur le même ton.

-Je te déteste aussi, Richard, répondis-je.

Et j'étais sincère sur les deux points."

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-Je sors avec trois hommes, je vis avec deux autres, et je couche occasionnellement avec deux de plus. Ça fait sept. Je suis la Blanche-Neige du porno. Sept, sa me paraît bien suffisant.

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Nathaniel se mit à quatre pattes, abandonnant les draps derrière lui. Il rampa vers moi, nu et splendide.

Je me tenais au bout du lit, et je n'avais nulle part où aller. Mais il s'approcha de moi si vite que je tentai quand même de reculer et me cassai la figure. Je restai assise par terre, nue comme au premier jour, me demandant s'il me restait encore la moindre once de dignité à sauver.

Par-dessus le bord du lit, Nathaniel me regarda en grimaçant.

-Si je te dis que j'ai trouvé ça très mignon, tu m'en voudrais?

- Oui, répondis-je, mais je luttais pour réprimer un sourire.

Nathaniel se pencha vers moi.

- Dans ce cas, je ne le dirais pas. Je t'aime, Anita.

De toute évidence, il voulait m'embrasser, mais j'étais trop loin. Je me dressai sur les genoux pour venir à sa rencontre et chuchotai contre ses lèvres :

- Je t'aime aussi.

- Dis-moi où nous allons, lança Micah, et je m'occupe des réservations.

Je m'écartai juste assez de Nathaniel pour marmonner :

- A Philadelphie.

Nathaniel pressa de nouveau sa bouche contre la mienne, se tenant au montant du lit d'une seule main. Les muscles de son bras saillirent joliment alors qu'il repoussait mes cheveux en arrière de son autre main.

- Tu vas me manquer.

- Toi aussi, dis-je.

Et je pris conscience que c'était vrai. Mais peut-être pourrais-je expliquer la présence d'un assistant... pas celle de deux. Si j'emmenais Nathaniel, les Fédéraux se demanderaient qui étaient ces deux hommes et pour quelle raison exacte j'avais besoin d'eux. Du moins, c'est ce que je me disais.

Scrutant les yeux lavandes de Nathaniel, je me demandai si je me souciais assez de l'opinion du FBI au point de le laisser derrière moi. Et la réponse était : presque pas assez. Presque.

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