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Les extraits ajoutés par cynthia75

Sans me quitter des yeux, Michael croise calmement les bras et lance par-dessus son épaule :

— Lucius… Vous pouvez venir faire connaissance avec votre nouvelle partenaire.

Aussitôt, les portes coulissent et l’intéressé entre dans la pièce d’une démarche féline, comme s’il s’était tenu en faction dans le couloir, attendant son heure. Il est humain, comme mon père adoptif, mais beaucoup plus jeune, grand et musclé que lui.

Lorsqu’il s’arrête au pied de mon lit, une odeur de pin, de savon et d’homme assaille mes narines. Et bien qu’il ne soit pas suffisamment proche pour me toucher, je sens la chaleur qui émane de lui dériver jusqu’à moi et m’électriser la peau. Il ne m’en faut pas davantage pour comprendre que c’est cet homme qui m’a transportée dans ses bras, qui m’a donné à boire la nuit précédente, et qui m’a déshabillée et soignée lorsque j’étais inconsciente. J’aimerais rester de marbre, mais je ne peux ignorer le frisson qui s’empare de moi à l’idée que ses mains se sont posées sur ma peau nue.

Ses lèvres, roses et ourlées, ressemblent à de délicats pétales. C’est bien tout ce que l’on peut trouver de fragile en lui… Sur son visage, tout n’est que dureté de granit et traits anguleux. Des pommettes taillées dans la pierre, un nez aquilin coulé dans l’acier, de forts sourcils noirs pour chapeauter deux yeux d’un bleu de glacier. On lit dans son regard d’aigle qu’il a vu plus d’horreur que d’innocence dans le monde et ne s’illusionne plus à son sujet. Mais pour l’heure, c’est avec un ennui condescendant qu’il me considère.

Il porte un tee-shirt aussi noir que ses cheveux et aussi ajusté que son jean. Dans le registre de la virilité, inutile pour lui d’en rajouter. Il lui suffit d’exister tel qu’en lui-même. Allongée comme je le suis, à peine habillée, faible et sans doute aussi impressionnante qu’un chaton malade, je me sens soudain vulnérable. Je ne connais pas ce mec et préfère éviter qu’il ne voie en moi une faible femme. Avec ce que j’espère être un sourire de dédain suprême, je le détaille de la tête aux pieds.

— Salut, dis-je d’un ton indolent. Déjà tué quelqu’un, Frankie ?

J’ai cherché à prendre l’avantage en le plaçant sur la défensive. C’est raté. Son visage ne trahit pas la moindre émotion. Il reste campé au pied du lit, indifférent, silencieux, distant.

Décidée à l’ignorer comme il m’ignore, je tourne la tête vers Michael.

— Je ne veux pas d’un partenaire. Je n’en ai pas besoin.

Il me sourit, mais je lis dans son regard que sa décision est irrévocable.

— Tes protestations n’y changeront rien, Eden. Je veux que tu fasses équipe avec Lucius. Tu n’as pas le choix. C’est un ordre.

— Je ne le veux pas dans mes jambes. Il va me gêner.

— Il sait ce qu’il a à faire.

— Ça m’étonnerait. Je sais à quoi m’en tenir, avec les types comme lui. Tout en muscles, rien dans la tête ! Je ne peux pas faire mon boulot convenablement si je dois veiller en plus à sa sécurité.

L’homme se décide enfin à intervenir. Il le fait d’une voix rauque et basse, comme si ses cordes vocales avaient subi quelque dommage.

— Écoute-moi bien, Cookie… Si je dois un jour me résoudre à ce que tu veilles à ma sécurité, je n’aurai plus qu’à changer de métier. Je me déciderai peut-être pour le clonage des fleurs, ou le dressage des chiens-robots. Je verrai ça en temps utile. Mais d’ici là, tu veilles sur tes fesses et moi sur les miennes. O.K. ?

Sur ce, il sort de la pièce aussi silencieusement et avec la même grâce féline qu’à son arrivée. Dès que la porte s’est refermée derrière lui, je fixe Michael d’un œil incrédule.

— Dis-moi que je rêve… Il vient bien de m’appeler « Cookie » ?

— Tu l’as cherché, non ? répond-il d’un air amusé.

— Je n’en reviens pas que tu m’imposes de travailler avec un mec pareil !

Le sourire s’élargit sur les lèvres de mon père adoptif, qui soutient sans ciller mon regard courroucé.

— Tu n’as qu’à considérer que c’est en pénitence de tes péchés.

Même si j’aime le voir heureux, je ne suis pas pour autant décidée à laisser sa bonne humeur m’attendrir.

— Tu ne peux pas me faire ça ! Je refuse.

Son sourire se fige et son regard se glace.

— Tu n’as pas le choix, lâche-t-il sèchement. Tu feras équipe avec Lucius pour cette mission, ou tu devras te chercher un job dans une autre agence. C’est compris ?

Il ne plaisante pas. Michael ne lance jamais de menaces en l’air. Vu sous cet angle, je n’ai plus qu’à m’incliner. Les poings serrés le long de mes flancs, je détourne les yeux et acquiesce d’un bref hochement de tête.

— Il sait faire quoi, à part jouer les bellâtres ombrageux ?

Et dangereux. Mais cela, je ne suis prête à l’admettre que dans le secret de mes pensées.

— Attends un peu. Tu ne tarderas pas à le découvrir par toi-même.

Michael n’est pas pour rien mon père adoptif : il peut se montrer encore plus têtu que moi. Inutile donc d’insister. Tout ce que je dois savoir sur le mystérieux Lucius Adaire, il me faudra l’apprendre seule.

Il se lève et vient déposer un baiser sur mon front avant d’ajouter :

— Une dernière chose… Je veux que tu sois sur pied, en possession de tous tes moyens, dans trois jours au plus. Sans quoi je confie cette mission à Lucius et à lui seul.

Il ne me laisse pas le temps de protester. Je le regarde sortir en fulminant, bien décidée à le prendre au mot. Je serai sur pied dans deux jours, et pas un de plus ! Ma fierté autant que mon honneur sont en jeu. Je ne laisserai pas ce Cro-Magnon faire main basse sur ma mission.

Plus que jamais, il me faut faire mes preuves, et pas qu’aux yeux de Michael.

Je ferme les yeux et cède à la fatigue qui d’un coup me submerge, marmonnant dans un demi-sommeil :

— Cookie, mon cul !

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Alec détaillait la longiligne beauté brune qui s'éloignait. Il ne lui restait d'elle que l'image d'une chevelure aile de corbeau, d'une bouche pulpeuse et de longues jambes aux mouvements tout en souplesse. Il lutta de toutes ses forces contre l'envie de lui emboîter le pas mais se retint car il sentait la confusion et la crainte qui animaient la jeune femme. Mieux valait qu'il ne bouge pas, qu'il reste là à subir stoïquement les assauts d'une souffrance térébrante : il désirait cette femme de toute son âme et avait mal à en crier parce qu'elle ne voulait pas de lui.

Comment le lui reprocher? Elle avait raison de s'enfuir, et lui, de ne pas céder aux exigences de ses instincts profonds.

Il demeura immobile, rongeant son frein alors que respirer devenait un effort douloureux et que tous ses muscles semblaient se pétrifier lentement, comme de la lave devenant roc en refroidissant.

Il devait la laisser s'en aller. Tout irait bien, se répétait-il. Une partie de lui-même, celle qui appartenait au monde des ténèbres, la haïssait d'avoir fui, mais il pressentait que cette femme était persuadée de la réalité du coup de foudre, de la passion née du premier regard.

Lui, il réagissait beaucoup moins instinctivement. Il était parfaitement civilisé, désormais. Du moins voulait-il le croire.

Pour le salut de cette femme plus encore que pour le sien propre.

Cependant, quoi qu'elle fît, elle n'était plus maîtresse de son destin car Alexander

Reynard en tenait dorénavant les cartes entre ses mains.

Il patienterait pour s'épargner un risque : entrer de nouveau en contact mental avec elle engendrerait des conséquences trop dures, trop cruelles pour lui.

Aucun doute : approcher la sublime brune était prématuré. Il devait attendre, et cela allait être très difficile : pas un instant il n'avait imaginé qu'il la trouverait si vite, et le fait de la perdre à la seconde même où il venait de la rencontrer le désespérait. Il aurait voulu rejeter la tête en arrière et hurler à la mort, comme il l'avait fait la nuit dernière.

Il n'avait d'autre choix que d'apprendre à vivre avec ce manque. Il dominerait le désir qui l'avait embrasé à l'instant où ses ondes mentales s'étaient connectées à celles de la femme.

Il supporterait ces frustrations jusqu'au moment où il serait en mesure d'offrir à cette beauté la compagnie d'un homme, et non d'un monstre.

La suivre aurait été un jeu d'enfant : son parfum laissait un sillage enivrant dans l'air, son aura scintillait, discernable en dépit de la foule. Les signes de vie des autres humains ne parvenaient pas à l'estomper.

Pourtant, il emprunta résolument la direction opposée à celle qu'elle avait prise. Un premier rendez-vous dans un troquet voisin, puis un deuxième, infiniment plus important, en fin de matinée dans un autre point de la ville l'attendaient. Il était venu

à Los Angeles pour ce rendez-vous-là, et il respecterait son planning. Mieux, il tiendrait le coup, quelles que soient ses souffrances.

Oui, il tiendrait le coup... Il laissa ses mains crispées se détendre, ses jambes se décontracter.

Il traversa le marché et ressortit de l'autre côté. Comme prévu avant l'incident

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Valerius s'empressa d'appeller Acheron, qui décrocha tout de suite.

- J'ai besoin d'aide!

C'est la premiere fois depuis l'invention du téléphone que Valerius téléphonait à son chef. Ce qui n'empêcha pas celui-ci de l'identifier immédiatement.

- De l'aide pour quoi, le Romain?

Valerius comprit à sa voix enrouée qu'il avait réveillé Acheron. Et zut! De mauvaise humeur, l'Atlante risquait de l'envoyer paître.

- Je me trouve chez une femme completement aliénée qui prétend te connaître. Viens me chercher immédiatement, Acheron. Peu importe ce que ton intervention me coûtera.

- C'est midi. Toi et moi on devrait dormir. Mais ou es-tu?

Valerius balaya la chambre du regard. Autour d'un grand miroir étaient accrochés des masques de carnaval. Sur le sol, au lieu d'un tapis persan, il y avait une immense carte routière pour enfants, le genre de chose stupide sur laquelle ils faisaient rouler des autos miniatures. Certains objets ou astuces de décoration étaient d'un goût sans faille, d'autres carrément à vomir... ou à frémir, comme cet autel dédié au vaudou, qui lui faisait froid dans le dos.

- Je ne sais pas où je suis. A un moment, quelqu'un a sonné à la porte et ça a déclenché une vraie fanfare, il y a un coucou armé d'une hache, un travesti et une maniaque du couteau.

- Oh! Tu es chez Tabitha?

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- Si vous voulez connaître mon nom, répondit-il enfin, vous n'avez qu'à m'ordonner de vous le donner.

Sa voix rocailleuse, grave et profonde, la fit frissonner. Outre que ce n'était pas la voix d'une illusion, il s'était adressé à elle sur un ton glacial qui l'horripilait.

- Ne soyez pas ridicule ! répliqua-t-elle. Je ne sais pas comment vous êtes entré, ni qui vous êtes, mais vous me regardez comme si j'étais la dernière des dernières, et je n'ai pas mérité cela. Alors, s'il vous plaît, un peu de courtoisie ! Vous savez ce que c'est, au moins ?

L'expression d'une surprise intense passa sur le visage de l'inconnu.

- Vous ne voulez pas m'ordonner de vous obéir ? s'étonna-t-il. Alors, que désirez-vous de moi ?

Prise de court, Delà faillit éclater de rire tant la situation était surréaliste.

- Rien du tout, se força-t-elle à répondre. Armé comme vous l'êtes, je vois mal qui pourrait vous ordonner quoi que ce soit.

- Vous n'avez pas de bataille à mener ? poursuivit-il en plissant les yeux pour la dévisager intensément. Aucun ennemi à assassiner?

Delà n'avait plus envie de rire. Il avait prononcé ces mots avec le plus grand sérieux. Une main accrochée au pli de la serviette qu'elle portait pour tout vêtement, elle tendit l'autre devant elle et recula d'un pas.

- Vous êtes malade ? protesta-t-elle. Je ne souhaite la mort de personne.

Les lèvres de l'homme se pincèrent, et il l'étudia de la tête aux pieds d'un air méprisant avant de conclure :

- Je vois. Vous ne m'avez libéré que pour assouvir votre luxure...

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