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En me voyant, le jeune mâle interrompt sa cueillette. La pression de son regard sur mon corps fait naître une rougeur sur mes joues, et une profonde fierté. Lorsque j’arrive à son niveau, il me lance une orange, que je saisis au vol de ma main libre, par réflexe. La réception me fait grincer des dents.
- Désolé, je n'avais pas vu ton bandage ! s'excuse-t-il d'un ton rieur.
- Tu devais être concentré sur autre chose..., je sous-entends avec un léger rictus, en marquant une halte le temps de ranger le fruit dans mon sac.
Je relève les yeux et rencontre ceux du cueilleur, qui m'observent, les paupières mi-closes. Un sourire carnassier s'esquisse sur ses lèvres, synonyme d'aveu.
- Comme puis-je me faire pardonner ?
Sa proposition suggère bien plus qu'elle n'y paraît. Une promesse d'abandon à laquelle je ne suis pas prête à céder, si tentante qu'elle soit.
- En continuant ce que tu sembles faire de mieux : rêvasser, je réponds, surprise par ma propre audace.
Là-dessus, je m'en vais.
L’éclat de son rire résonne dans mon dos pendant que je m’éloigne d’une démarche chaloupée, offrant à son imagination ma cambrure marquée.
Afficher en entier- Ton père s’est battu pour moi car j’avais œuvré afin qu’il me désire plus qu’aucune autre femme de cette cité. Tous les partis ne se valent pas, ma fille. Ta sœur l’avait compris, ajoute-t-elle avec une pointe d’amertume, arrangeant machinalement une mèche brune de celle-ci derrière son oreille, puis caressant son front lisse. Réfléchis-y.
Répondre que je ne suis pas Adèle et que mon vœu le plus cher serait que personne ne me choisisse – voire carrément de ne pas assister à cette maudite soirée – me démange, mais je peux toujours rêver. Certes, si un Natif me prend pour épouse, il me sera dévoué corps et âme et m’honorera chaque nuit. Ainsi accomplirai-je mon Second Devoir avec la certitude d’une digne descendance. J’aurai ma place à part entière à l’Essaim, car je ne me battrai plus uniquement en mon nom, mais pour le fruit de ma chair ; mon passé de Cyan sera oublié, je serai respectable et respectée. Serai-je heureuse pour autant ?
Afficher en entierÀ ces mots, Perle me serre dans ses bras.
- Ton corps appartient désormais à l'Essaim, mais ton coeur est resté chez les Cyans, petite vague, me souffle-t-elle à l'oreille avant de se détacher de moi.
- On pourrait croire que c'est un compliment, je réplique, pince-sans-rire.
- On le pourrait ! plaisante-t-elle à son tour.
Afficher en entierLe confort douillet de mon matelas garni de duvet accentue mon malaise ; mon esprit se tourne de nouveau vers la grotte : je me demande s’il a froid et si les bougies brûlent encore. Je n’ose imaginer sa réaction s’il reprenait connaissance plus tôt que prévu. À sa place, je serais terrifiée de me réveiller dans le noir complet, seule et blessée.
À cette lugubre pensée, je roule sur le côté, ramène mes genoux contre ma poitrine et serre le drap tout contre moi. Quand je ferme les yeux, ce ne sont pas les ténèbres qui m’accueillent, mais deux perles de jade émaillées d’or et d’argent.
'Son' regard magnétique m'accompagne dans les méandres du sommeil.
Afficher en entier- Je comprends mieux pourquoi tu rechignais à m'en parler.
Son ton suggestif me fait secouer la tête.
- Belle bête, poursuit-elle avec un sourire en coin. J'hésite à te féliciter.
- Là n'est pas le sujet, Perle ! j'explose à bout de nerfs. Cet homme a pénétré illégalement à Aurora pendant 'notre' tour de garde. Tu sais ce que l'on risque, si quelqu'un l'apprend ?
Afficher en entierMes réflexes de Cyan m’incitent à lui porter secours, mais ma récente initiation en tant qu’Élite me rappelle à l’ordre : la violation de notre territoire est un crime. Je dois le tuer. C’est la loi.
Tout en gardant un œil sur lui et prenant acte qu’il n’est pas armé, je retire vite le projectile anesthésique de ma sarbacane et le range dans la poche avant de ma besace. Je le remplace par un dard létal, imbibé de venin de crotale diamantin, que je manipule avec précaution. Je place de nouveau l’embout entre mes lèvres, vise sa gorge…
[...]
'Un souffle, et ce sera terminé. En abrégeant ses souffrances, je lui rendrai service, ainsi qu’à la communauté.'
[...]
'Il est de mon devoir...'
[...]
Les yeux fixés sur lui, je ravale durement ma salive. Je n’y arrive pas, c’est au-dessus de mes forces ! J’écarte la sarbacane de ma bouche en me fustigeant et en jurant. 'Pourquoi faut-il que cela arrive aujourd’hui ? Pourquoi faut-il que ça tombe sur moi ?!'
[...]
Calista a raison : je suis faible, je ne suis pas digne de l'Essaim. Je ne le serai probablement jamais.
Afficher en entierPerle avait tort, le danger est partout. Ici même, dans nos murs.
J'avise les traces rougeâtres sur le sol et relève haut la tête vers les barbelés, sidérée. Je suis tellement absorbée par ma contemplation du sang suspendu aux pointes de métal, à attendre le moment où une goutte se décrochera pour s'ancrer dans la réalité, que je ne prête pas attention aux buissons qui s'agitent derrière moi.
Afficher en entier_ chaque homme a ses faiblesses, Sigal, reprend-elle dans un doux murmure maternel, comme une berceuse. Exploite-les. Devient sa faiblesse, et il mettre le monde à tes pieds.
Afficher en entierFleur sauvage du pourpre au parme tu te pares et charmes . Ton parfum est sauve , ton goût, aphrodisiaque . En celui qui te cueille, l'amour s'épanouit en silence, mais n'altère en rien la force des sentiments ,l'écho lointain d'un coeur divin.
Afficher en entierJe fixe toujours mon aimé à travers mes larmes, quand je décèle le changement subtil de son regard, qui se durcit imperceptiblement. C'est alors que je remarque la sangle à ses pieds.
« Je ne recule pas devant la tempête. »
Il est la tempête.
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