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J'éprouve plus que de la tendresse à son égard, et cela n'a rien de fraternel. Je suis attirée par lui comme un papillon de nuit par une flamme : dangereusement... éperdument. Peu m'importe d'où il vient, seul compte l'indescriptible sentiment de plénitude qui m'envahit à son côté, comme une trêve durant laquelle l'avenir suspendu n'aurait plus d'emprise sur moi. Maitresse de mon destin.
Afficher en entier— Dois-je vous supplier ? articula-t-il entre ses dents serrées, la respiration saccadée.
Définitivement pas passé.
Mon sang ne fait qu'un tour ; je me retiens de lui jeter la compresse à la figure... puis de détaler comme un lapin. Cela étant, son arrogance me pousse à l'impudence.
— « Je vous prie » suffira, je réplique pour compenser, les joues échauffées.
D'abord, il ne réagit pas. Puis un soupçon d'amusement éclaire soudain sa mine austère, révélant au passage un sourire diablement sensuel qui disparait trop vite. D'un geste sec, Ashlon chasse les mèches rebelles qui lui tombent sur le front, et contre toute attente, il prononce les mots magiques :
— Je vous prie... Sigal.
Afficher en entierJe suis nerveuse. L’adrénaline pulse encore dans mes veines. J’ai besoin de l’évacuer. Comme le temps m’est compté, j’arrête de cogiter et reprends mes échauffements où je les ai interrompus. Je me penche en avant, étire mes bras, mon dos, touche mes pieds nus de mes paumes, puis le sol rêche.
Cling !
Le signal retentit. Et la musique démarre.
Afficher en entierMon cœur se serre à la vue des anciennes cicatrices lardant sa peau. L’une d’elles, en croisillon, signale l’emplacement exact où une flèche a transpercé sa clavicule. Mais ce n’est pas ce qui m’émeut le plus...
Afficher en entier« Ta mère est une lionne emprisonnée dans une cage dont la porte est grande ouverte, mais qu’elle n’ose franchir. Elle est partagée entre son devoir envers la Ruche et celui envers les siens. La rigueur qu’elle t’impose n’est que le reflet de ses craintes. Celles, légitimes, d’une mère pour l’avenir de son enfant. »
Papa avait raison.
Depuis le début, Maman a toujours eu conscience des difficultés que je rencontrerais face à l’autorité, contrairement à ma sœur, le portrait craché de Papa – généreuse, disciplinée, courageuse. Elle s’est montrée plus sévère à mon encontre car elle s’est reconnue en moi : égoïste, têtue, rebelle dans l’âme. C’était comme voir son passé se rejouer dans un miroir.
— Tu peux me juger, dit-elle avec la superbe qui la caractérise. Tu peux aussi considérer que je ne souhaite pas que l’on frappe un jour à ma porte pour m’annoncer que ma fille a pris une flèche perdue, qu’elle est tombée dans une embuscade ou entre les griffes d’un jaguar.
Confrontée aux limites de ma liberté, assaillie de pensées confuses, je la dévisage, bouche bée, pendant que la peur diffuse lentement son poison dans mes veines. Les grilles d’une cage identique à la sienne se referment sur moi.
— Sigal, écoute-moi. Tu es jeune et pleine d’espoirs – nous l’avons toutes été. Tu rêves d’un idéal, or, ce n’est pas en fuyant la réalité que tu l’obtiendras. Si tu ne prends pas ton destin en main, quelqu’un le fera à ta place. Et quand tu comprendras tes erreurs, il sera trop tard et tu vivras dans le regret. Tu te consumeras dans l’indifférence, comme une étoile dans le vent.
Afficher en entierAssise au pied de mon arbre fétiche, les yeux rivés sur mon livre, j’effleure le bas de la page, impatiente de passer au chapitre suivant : « Les Lumières », mon préféré. Le papier est fin, jauni, avec les bords élimés. Je prends mille précautions tant je crains qu’il ne s’effrite sous mes doigts, et pour cause : cet ouvrage est une relique, un objet quasi introuvable ou prenant la poussière dans la bibliothèque de Gaia, notre Reine ; j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Il retrace l’Histoire du monde et des arts, raconte les héros et les guerres, les victoires et les défaites. Il est rempli d’images et de portraits aux couleurs estompées par le temps. Il dépeint des villes d’une grandeur telle que je peine à croire qu’elles aient existé.
Afficher en entierLa Nuit des Voeux. Le bal d'été auquel tous les jeunes gens en âge de se marier sont tenus de participer. Le moment où les prétendants se déclarent, celui où les promis consolident leurs engagements, pour certains arrangés, sous l'oeil bienveillant de notre Reine. (...)
N'étant l'élue d'aucun coeur, ni l'enjeu d'une quelconque alliance entre familles, je suis une proie facile, la candidate idéale. Si l'on me choisit pour épouse... Je refuse d'y songer.
Afficher en entierSa main se retire, laissant sur son sillage l'image persistante de sa peau brûlée - le prix à payer pour racheter sa liberté.
Afficher en entierQuand elle gémira, ce sera sous mes caresses et non les tiennes, quand elle suppliera, ce sera mon nom qu'elle prononcera, pas le tien. C'est moi qui la posséderai tout entière, Ashlon. Pas toi.
Afficher en entier"Conscient que je scrute chacun de ses mouvements, Ashlon se redresse lentement, les mains en l'air et la respiration saccadée - à genoux, il est presque aussi grand que moi. Ses yeux verts se rivent aux miens. Une goutte de transpiration roule sur mon front pendant que nous nous jaugeons. Je réalise que s'il n'était pas blessé, je n'aurais pas eu l'avantage, jamais. (...)
- Qu'attendez-vous de moi ? me demande-t-il d'une voix éteinte en inclinant la tête.
La lueur des bougies danse sur son corps en sueur dont la splendeur n'a d'égal que le charme animal qu'il dégage. Je rougis en songeant à ce que je pourrais obtenir de lui si j'avais l'audace d'une Élite.
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