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CHAPITRE 13
Une apocalyptique bataille de cailloux
1
Bill est là le premier. Il est assis sur l’une des chaises de la salle de lecture, et observe Mikey qui s’occupe des quelques derniers abonnés de la soirée – une vieille dame avec tout un assortiment de livres de poche sur le Moyen Âge, un homme qui tient un énorme volume sur la Guerre civile et un adolescent maigrichon avec un roman d’où dépasse le titre de prêt de sept jours. Sans la moindre impression qu’il s’agisse là d’un hasard extraordinaire, Bill constate que ce livre est son dernier roman. Il a le sentiment qu’il est au-delà de toute surprise, que les coïncidences stupéfiantes sont des réalités auxquelles on veut bien croire et qui se révèlent n’être que des rêves.
Une jolie jeune fille, sa jupe écossaise maintenue fermée par une grosse épingle de sûreté dorée (Seigneur, cela fait des années que je n’en ai pas vu, reviendraient-elles à la mode ? songe-t-il), alimente en pièces un photocopieur et reproduit des tirés à part, un œil sur la pendule placée derrière le bureau. Ce ne sont que bruits étouffés et rassurants de bibliothèque, chuintement des semelles sur le lino noir et rouge, battement régulier de l’horloge qui égrène les secondes à coups secs, ronronnement de petit félin du photocopieur.
Afficher en entierIl pense que c'est bon d'être un enfant, mais que c'est aussi bon d'être un adulte et de rester capable de prendre en compte les mystères de l'enfance… ses croyances, ses désirs. J'écrirai un jour quelque chose là-dessus, pense-t-il, sachant qu'il ne s'agit là que d'un songe nocturne, d'une pensée née du rêve. Mais il est agréable de s'y complaire quelques instants, dans l'impeccable silence de l'aube, de se dire que l'enfance possède ses propres et doux secrets et confirme notre mortelle condition, laquelle définit tout ce qui est courage et amour. De penser que ce qui a regardé en avant doit également regarder en arrière, et que chaque vie imite à sa manière l'immortalité : une roue. Ou du moins c'est ce que songe Bill Denbrough en ces heures du point de l'aube, après ses rêves, quand il se rappelle presque son enfance et les amis avec lesquels il l'a vécue.
Afficher en entierPeut-être que ces histoires de bons et mauvais amis, cela n'existe pas ; peut-être n'y a-t-il que des amis, un point c'est tout, c'est-à-dire des gens qui sont à vos côtés quand ça va mal et qui vous aident à ne pas vous sentir trop seul. Peut-être vaut-il toujours la peine d'avoir peur pour eux, d'espérer pour eux, de vivre pour eux. Peut-être aussi vaut-il la peine de mourir pour eux, s'il faut en venir là. Bons amis, mauvais amis, non. Rien que des personnes avec lesquelles on a envie de se trouver ; des personnes qui bâtissent leur demeure dans votre cœur.
Afficher en entierCette énergie dans laquelle on puise avec tant de profusion quand on est enfant, cette énergie qui paraît inépuisable, elle disparaît en douce entre dix-huit et vingt-quatre ans pour être remplacée par quelque chose qui n'en a pas l'éclat, loin s'en faut, et d'aussi factice qu'une euphorie à la coke ; des intentions, ou des buts, peu importe le terme, c'est l'esprit chambre de commerce. Ça se passe sans histoires, la disparition n'est pas instantanée, elle ne s'accompagne d'aucun éclat. Et peut-être, est-ce là ce qui fait le plus peur. Cette façon de ne pas arrêter d'un seul coup d'être un enfant, avec un gros boum ! comme un de ces ballons de clown qui explosent pour les besoins d'un gag. L'enfant qui est en soi fuit comme crève un pneu sans chambre : lentement.
Afficher en entier« Quelque chose de nouveau s’était produit.
Pour la première fois depuis la nuit des temps, quelque chose de nouveau.
Avant l’univers, il n’y avait eu que deux choses. L’une
était Ça même et l’autre la Tortue. La Tortue était une antique vieille chose stupide qui ne sortait jamais de sa carapace. Ça pensait que la Tortue était peut-être morte, morte depuis le dernier milliard d’années, à peu près. Même si elle ne l’était pas, ce n’en était pas moins une vieille chose stupide, et même si la Tortue avait vomi l’univers au grand complet, cela ne changeait rien.
Ça était venu ici longtemps après que la Tortue se fut retirée dans sa carapace, ici sur la Terre, et Ça y avait découvert une profondeur d’imagination qui était presque nouvelle, presque inquiétante. Cette qualité d’imagination donnait une grande richesse à la nourriture. Ses dents déchiraient des chairs raidies de terreurs exotiques et de voluptueux effrois :
rêves de monstres nocturnes, de boues mouvantes ; contre leur volonté ses victimes contemplaient des gouffres sans fond ni fin. »
Extrait de
Ça
King,Stephen
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Afficher en entier« Oh, mon Dieu ! » s’écrie-t-il. Il cherche à tâtons la table, se redresse à moitié puis retombe sur sa chaise, lourdement. Il renverse sa bière en voulant la prendre, la redresse, et boit ce qu’il en reste. Il se tourne vers Mike tandis que les autres le regardent avec inquiétude.« La brûlure ! crie-t-il presque. Les yeux qui me brûlaient ! Mike, la brûlure… »Mike hoche la tête, un demi-sourire aux lèvres.« R-Richie ? demande Bill. De q-quoi s’agit-il ? »Mais Richie l’entend à peine. La force du souvenir le balaie comme une vague, le faisant passer par des alternatives de chaud et de froid, et il comprend brusquement pour quelle raison ces souvenirs sont remontés un par un. Si tout lui était revenu d’un coup, il aurait subi l’équivalent psychologique d’une détonation d’arme à feu déclenchée à deux centimètres de son oreille – de quoi vous faire sauter le haut du crâne.« On l’a vu venir, dit-il à Mike. On l’a vu venir, n’est-ce pas ? Toi et moi… ou bien juste moi ? (Il saisit la main de Mike, posée sur la table.) L’as-tu vu, toi aussi, ou moi seulement ? L’incendie de forêt ? Le cratère. »
Extrait de
ÇA 2
STEPHEN KING
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Afficher en entierQui est-tu, et pourquoi viens-tu à moi?
Je m'appelle Bill Denbrough. Et tu sais qui je suis et pourquoi je suis venu. Tu as tué mon frère et je suis ici pour te tuer. Il ne fallait pas t'attaquer à lui, saloperie.
Je suis éternelle. Je suis la Dévoreuse des Mondes.
Ah oui? Eh bien, dans ce cas, tu viens de faire ton dernier repas, frangine.
Tu es sans pouvoir; de mon côté se trouve le pouvoir; éprouve-le, morveux, et viens ensuite me raconter comment tu prétends tuer l’Éternelle. Crois-tu m'avoir vue? Tu n'as vu que ce que ton esprit te permet de voir. Aimerais-tu me voir? Viens donc, alors! Viens, morveux, viens!
Afficher en entier"Tout le m-monde fait des c-conneries. Mais il ne s'agit p-pas d'un e-examen. On se dé-débrouille du m-mieux qu'on peut, c'est t-tout."
Pages 359.
Afficher en entierAndrew aurait voulu soumettre à l'approbation générale l'opinion que ça décoiffait un peu trop, mais il n'y avait personne à qui s'adresser. Et en plus, il semblait en panne de cordes vocales, sans parler de son diaphragme soudain saisit de faiblesse et devenu inutilisable pou crier.
Afficher en entierMais maintenant ce n'est plus une irritation mineure; il y a un fou qui veut absolument aiguiser cette scie, débiter des os, et il se rappelle que c'est ce qu'il a ressenti à l'hôpital, tard dans la nuit, en particulier au cours des trois ou quatre premiers jours... allongé dans le lit, transpirant dans la chaleur de l'été, dans l'attente de l'infirmière et de calmants, tandis que des larmes silencieuses coulaient le long de ses joues et allaient s'accumuler dans le creux de ses oreilles. Et il se disait : On dirait un branquignol qui aiguise sa scie là-dedans.
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