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- Furia ? je l'interrompis. Tu peux bien faire quelque chose pour moi ? Quelques chose d'important ?

- Quoi, gamin ?

- Promets-moi de ne jamais, jamais me donner de conseils amoureux, d'accords ?

Elle gloussa.

- Je crains que ça soit impossible, gamin.

- Pourquoi ?

Elle tendit la main vers mon épaule.

- Parce que tout le monde voit que tu as besoin de conseils, gamin.

Rakis releva la tête d'un tiroir où il avait réussi à s'introduire.

- Kelen, l'Argosi a raison : tes techniques d'accouplements ont vraiment besoin d'être améliorées.

- Toi, retourne à ton inspection du matériel médical, lui dis-je, ce qui était sans doute une erreur, dans la mesure où je venais d'avoir avec lui une dispute cinglante au sujet d'un scalpel qu'il voulait emporter, sous prétexte qu'il trouvait ça "brillant et joli".

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La voie des Argosi est la voie de l’eau.

L’eau ne cherche jamais à bloquer la route d’autrui, en revanche, elle ne tolère aucun obstacle en travers de la sienne. Elle se meut librement, se glisse le long de ceux qui voudraient la capturer, et ne prend jamais rien aux autres. Oublier cela, c’est s’écarter du droit chemin car, malgré les rumeurs qui courent parfois, un Argosi ne vole jamais, jamais rien.

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Recevoir un coup de poing en plein figure, ça fait bien plus mal qu’on pourrait le croire.

Quand les jointures d’une main entrent en contact avec votre mâchoire, c’est comme si quatre minuscules béliers courroucés tentaient de s’introduire de force dans votre bouche. Vos dents vous trahissent en mordant votre langue et en expédiant au fond de votre gorge du sang au goût de fer. Le craquement que vous entendez ? Il est très similaire à ce que vous avez toujours imaginé être le bruit d’un os qui se brise, ce qui est sans doute la raison pour laquelle votre tête a déjà pivoté d’un quart de tour, de façon à quitter la scène de crime en compagnie de votre menton.

Le pire ? Une fois que vous commencez à retrouver l’équilibre et que vous ouvrez péniblement les yeux, vous vous souvenez que votre terrible adversaire est un gamin tout maigre couvert de taches de rousseur qui doit avoir à peine treize ans.

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On se rendit à cheval à quelques kilomètres de la ville, loin des lumières et des gens, ainsi que de tous les artifices de la civilisation. Je frissonnai dans l’air de la nuit. J’étais désagréablement conscient de m’être déjà habitué aux repas chauds et à un lit confortable. Mais contrairement à moi, le chacureuil n’avait même pas honte de son nouveau goût pour le luxe.

– J’ai envie d’un bain, grogna Rakis, qui ne cessait de passer de l’une de mes épaules à l’autre, comme si ça suffirait à nous convaincre de rebrousser chemin.

– De quoi il se plaint ? demanda Furia.

– Il vaut mieux que tu le saches pas, dis-je pour éviter de mettre Rakis dans l’embarras.

Je n’avais pas envie de gérer un chacureuil furieux.

– Je veux un bain, bon sang, insista-t-il. Avec des petits gâteaux. Plein de petits gâteaux. Dis au père de Seneira de pas nous rationner, cette fois.

– Tu sais que ce sont leurs gâteaux, n’est-ce pas ? Je pensais que les chacureuils étaient des voleurs et des assassins, pas des animaux domestiques pourris gâtés.

Rakis se tut. Je me rendis compte que je venais de commettre une énorme erreur. Il sauta de mon épaule au pommeau de la selle et se plaça face à moi avec un regard noir, sa fourrure aussi sombre que la nuit, à part quelques rayures d’un gris menaçant.

– Répète, dit-il avec un petit grognement. Répète, pour que je sois sûr d’avoir bien entendu.

Cette histoire allait mal finir.

– Je ne voulais pas…

– Hé, gamin, lança Furia en croisant mon regard.

En général, elle ignorait Rakis quand il se comportait comme ça, mais cette fois, elle souriait.

– Tu veux que je te montre quelque chose de drôle ? lança-t-elle.

– Euh… Je ne pense vraiment pas que…

Rakis la regarda en grondant. Elle fit mine de l’ignorer. Quoique. Pas tout à fait.

– Oh, mon Dieu, fit-elle en l’observant. Tu as vu cette fourrure ? Comme elle est belle, comme elle est luisante. On dirait le flux argenté d’un fleuve puissant.

– De toute évidence, dit-il, tout à coup occupé à inspecter les griffes de sa patte droite.

– Et ces griffes ! Chacune ressemble à une lame affûtée par un maître forgeron berabesq !

Les poils sur la nuque de Rakis n’étaient plus du tout hérissés. Il leva le menton et fit frémir ses moustaches.

– Au moins, elle, elle n’est pas totalement aveugle. Elle a le droit de garder ses yeux. Pour l’instant.

Mais Furia poursuivit :

– Et ces muscles. Et ces hanches ! Une femelle ne peut que fondre à cette vue.

Rakis semblait presque gêné.

– Bon, bon, ça va, je sais que je suis beau. Kelen, dis à l’Argosi d’arrêter.

Mais elle n’en fit rien.

– Et je ne parle même pas de cette truffe, dit-elle en se penchant vers lui. On dirait celle d’un lion, mais plus belle encore. Une truffe noble, audacieuse…

Rakis eut comme un tic, puis sa fourrure s’agita. Il se produisait quelque chose. Le noir pâlit, les bandes argentées s’effacèrent.

– Kelen, fais-la taire, maintenant.

Furia ne tint pas compte de ses feulements.

– Et ces yeux… Ils débordent d’intelligence. Et de sagesse, aussi. On dirait deux lacs qui brillent comme des pierres précieuses sous le clair de lune. Des diamants, voilà à quoi ils ressemblent, ces yeux.

La fourrure de Rakis était en train de changer de couleur. Le gris devint blanc, puis le blanc prit une teinte… rose.

– Nan ! protesta-t-il.

Furia partit d’un grand éclat de rire en disant :

– Ça marche à tous les coups.

– Qu’est-ce que tu lui as fait ? demandai-je.

Elle désigna la fourrure de Rakis, désormais entièrement rose.

– Le pelage des chacureuils change en fonction de leur environnement, mais aussi de leur humeur. Et voilà à quoi ressemble un chacureuil qui rougit.

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J’étais assez proche d’elle maintenant, si bien que quand elle se tourna vers moi, je distinguai ses traits à la lueur de la lune. Les marques de l’ombre au noir autour de son oeil tourbillonnaient comme si elles étaient vivantes.

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Je me rallongeai pour chercher le sommeil. Au bout d’une minute à m’agiter, je compris qu’il ne viendrait pas. Ce n’était pas juste la dureté du sol et l’air froid, c’était un bourdonnement constant dans ma tête, qui ne faisait que traduire mon anxiété. Depuis que le mage de la soie m’avait montré l’avis de recherche, je n’arrivais pas à fermer l’oeil sans me demander ce qui allait bientôt me tomber dessus.

Pour ne rien arranger, je ne pouvais pas parler de mes craintes à Furia, maintenant qu’on voyageait avec Rosie et Seneira. Au début, dès que je m’agitais la nuit, Furia se mettait à raconter une histoire ou bien à déblatérer sur une plante ou un insecte en se questionnant sur leur provenance. Mais elle passait désormais chaque soir à jouer aux cartes avec Rosie, sans presque dire un mot. Ça aussi, ça me rendait nerveux.

Pour finir, je pris l’habitude de partir me promener dans le désert dès que je ne parvenais pas à dormir. Dans cette région, le sable était surtout bleu, ce qui donnait l’impression de marcher dans la mer. Ça me plaisait. Loin du feu, la brise faisait comme des vagues dans le sable. Si on regardait assez longtemps, on pouvait presque y deviner des dessins : des animaux, des bateaux, des visages… Ils apparaissaient pendant quelques secondes avant que le vent les chasse et qu’une nouvelle image se forme. Parfois, quand la brise était assez faible, les formes subsistaient et un visage donnait alors l’impression de s’animer, les yeux ouverts, les lèvres à peine mobiles.

Celui que je voyais le plus souvent, c’était Shalla, ma soeur. Parfois, si je clignais des yeux, je parvenais à me la représenter, comme si un vent d’ouest soufflait depuis les territoires Jan’Tep pour reconstituer ses traits en un million de particules, son regard concentré et son froncement de sourcils me signifiant bien que j’étais une perpétuelle source de déception. Évidemment, ce n’était qu’un tour que me jouait mon esprit : la lumière des étoiles et de la lune vous laisse imaginer ce que vous voulez, il suffit d’être assez fatigué pour ça. Et pourtant, je ne pouvais m’empêcher de me demander ce que ma soeur m’aurait dit, si elle avait été là.

Je découvris que je n’avais pas besoin de me poser la question.

- Enfin ! s’exclama l’image de Shalla qui tourbillonnait sur le sable à mes pieds. J’ai cru que tu ne comprendrais jamais.

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Trois silhouettes apparurent sur la route à la lueur de la lune à moitié pleine. Je clignai plusieurs fois des yeux pour mieux les distinguer. La première était celle d’une grande femme vêtue d’une longue tunique blanc et marron serrée à la taille par des lanières de cuir, le bas du visage couvert du même tissu que ses vêtements. Elle portait sur ses épaules, comme un sac de pommes de terre, un vieillard maigre en manteau blanc sale. Et tirait un cheval qui, lui, avait sur le dos une fille habillée de la tenue commune aux terres de la Frontière. Un bandeau de couleur claire lui couvrait les yeux.

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